Inventer de nouvelles pratiques démocratiques

Intervention de Sabrina Hamadi

Monsieur le Président, chers Collègues, comme l’a dit ma collègue Alix Téry-Verbe, nous sommes en pleine crise démocratique et pleine crise de confiance.

Les politiques en responsabilité ou l’ayant été ont échoué à panser les plaies sociales et à apporter des réponses justes dans un contexte social et économique profondément inégalitaire. Les discours abscons et des lois parfois incohérentes renforcent la frustration et creuse le fossé entre citoyens et élus. Le manque de conviction et de volontarisme se paye toujours.

Le rapport pour une Région participative et citoyenne aspire à renforcer les dispositifs et les pratiques existantes, à réaffirmer le rôle du CESER et de la CRJ et à penser des formes de concertation innovante pour nos procédures. Sans avoir la prétention de réconcilier tous les citoyens avec les pratiques démocratiques, l’objectif du rapport est bien d’inscrire le plus grand nombre d’acteurs dans une dynamique de progrès démocratique, de co-construction de l’action publique et de permettre de faire émerger une parole citoyenne porteuse l’intérêt général.

La politique de démocratie participative est par définition mouvante car la société, l’opinion, les acteurs sont eux, en mouvement. L’action politique émanant de la démocratie représentative – souvent descendante – ne peut plus être l’alpha et l’oméga de la vie démocratique. Les formes participatives permettent un dialogue permanent pour une co-construction efficace.

D’ores et déjà, de nombreuses personnes s’engagent dans des associations, des initiatives solidaires, sociales, environnementales, dans les mouvements sociaux pour faire « leur part » sans attendre. A titre d’exemple, on peut mentionner une forte augmentation du nombre d’AMAP proposant une autre relation entre producteur et consommateur ou encore le « mouvement en transition » qui s’engage pour une résilience de nos territoires face aux crises économiques, sociales, culturelles et climatiques.

Notre monde évolue et nous devons inventer de nouvelles pratiques. La méthode est cruciale pour favoriser l’acculturation de pratiques démocratiques nouvelles au sein des collectivités. Le rapport se veut un point de départ pour une concertation collective afin de dresser des constats, croiser les pratiques et les regards dans la perspective d’élaborer des propositions qui seront par la suite mis au débat. L’objectif est de mettre en place une charte régionale de la participation.

Ce rapport valide le début d’un processus de co-construction de la politique de démocratie participative de la Région. Il acte le lancement d’une grande réflexion multi-acteurs. Il propose de faire appel à la connaissance et à l’expertise du CESER et de la CRJ, il propose de mettre en place des « panels territoriaux » qui sont des espaces de co-production entre citoyens, usagers, universitaires et acteurs locaux. Enfin, et pour donner un peu de hauteur, une concertation avec des experts nationaux permettra de nourrir la réflexion. Nous sommes donc bien au début d’un processus de co-construction.

Le rapport vise l’ouverture et l’expression de tous par la création d’espaces d’expressions appropriés. Il consiste également à gagner en « pouvoir d’agir ». L’expérimentation des budgets participatifs dans les lycées est une manière de favoriser l’autonomie, l’émancipation et la capacité de mettre en œuvre des projets pour et par les lycéens. Encourager l’autonomisation des individus et/ou de groupe d’individus est un préalable à l’émancipation nécessaire à l’exercice de la citoyenneté.

Les procédures de concertation actuelles sont rigides, peu accessibles et pour certaines pas utilisées. Nous devons encourager la participation de la société civile dès le début des processus et s’ouvrir aux solutions alternatives à la proposition principale. La concertation et l’implication citoyenne ne peut plus être vu comme un frein aux projets. On le voit notamment en région avec la maison de la culture de Bourges, et également l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, Sivens ou encore la loi travail. Imposer des projets et/ou des lois est une méthode obsolète et dangereuse et les mobilisations actuelles l’illustrent quotidiennement.

La dynamique de construction du monde de demain sera ascendante, transversale et polycentrique. Nous devons l’anticiper, l’accompagner si nous ne voulons pas faire face à une multiplication de situations conflictuelles. Il y a urgence en la matière, les vieux modèles politique ne sont plus en phase avec les réalités contemporaines.