Accès aux soins : développer la médecine salariée

Intervention de Sabrina Hamadi

 

Comme l’a rappelé m’a collègue Alix Téry-Verbe, nous sommes satisfaits des mesures présentées visant à garantir l’accès au soin pour tous. Au regard des différentes études de ces dernières années réalisées auprès des jeunes médecins, j’aimerais rappeler l’importance de s’adapter à la jeune génération où le salariat est privilégié.

La région Centre-Val de Loire est une des régions les plus impactées par le phénomène de déserts médicaux. Mais le problème de désertification est générale, et concerne l’ensemble des services et des commerces qui concourent à l’attractivité d’un territoire. C’est un problème systémique qui ne pourra pas se régler en traitant spécifiquement le problème des déserts médicaux.  Le cadre de vie ou les médecins font le choix de s’installer est un facteur clé. Pour cela, il faut avoir une approche globale en agissant sur la vitalité du territoire.

La médecine libérale est aujourd’hui moins plébiscitée. Les jeunes professionnels n’ont plus les mêmes attentes que l’ancienne génération. Ils aspirent à travailler différemment, avoir une vie plus équilibrée avec du temps social et familial. Aujourd’hui, 65 % préfèrent avoir des horaires réguliers du salariat : en travaillant dans une maison de retraite, comme urgentiste, pour le compte de collectivités ou de groupements. Et on peut se féliciter de la féminisation de la profession : les femmes représentent 62 % des nouvelles promotions et elles sont bien plus nombreuses à préférer le salariat au statut d’indépendant que les hommes.

Le salariat est privilégié pour ses conditions de travail : il permet de se consacrer à la consultation médicale et sde e décharger des tâches administratives mais également d’exercer en collectif ou en complémentarité aux seins de structures qui regroupent d’autres médecins mais également des spécialistes et des infirmiers.

Pour répondre à cette attente, il faut se prémunir du dumping salarial pour éviter la concurrence entre les territoires. Il faudrait dans les conventions indexer la rémunération des médecins salariés sur la grille des praticiens hospitaliers (4500 et 5000 euros par mois, à ajuster selon l’ancienneté).

Je terminerai par évoquer un sujet qui gêne, celui de la mise en place de dispositifs de régulation pour favoriser l’installation de praticiens en zone carencée. Il faut dépasser les archaïsmes et oser l’expérimentation. Nous ne serions pas défavorables à ce que les étudiants qui le souhaitent se voient offrir, à l’entrée en deuxième année, la possibilité d’opter pour un statut liant une rémunération pendant les études à une obligation de s’installer dans une zone déficitaire, sur le modèle des élèves-fonctionnaires de la fonction publique. A ceci près, qu’il est important de ne pas reproduire les erreurs commises par ailleurs.

J’en profite pour dire l’incohérence du gouvernement sur ce sujet. D’un côté, il fait de belles annonces pour lutter contre les déserts médicaux en mettant la priorité sur la formation et l’installation de jeunes médecins et de l’autre, parce qu’il n’a pas l’audace d’aller chercher des économies ailleurs, il oblige les Agences régionales de santé à opérer des coupes budgétaires menaçant la survie de centres de santé, donc des services de proximité en moins pour les habitants. Dans mon département, les menaces de fermeture qui pèsent sur le centre de périnatalité d’Amboise est emblématique de cette incohérence – voire de cette hypocrisie – à vouloir donner la priorité aux territoires ruraux et semi-ruraux.