Accès aux soins : répondre à la désertification médicale

Intervention de Jean-Philippe Grand

 

Nous sommes à un tournant en termes de prise en charge de la santé de nos concitoyens. Les causes sont aujourd’hui connues : refus d’augmenter le numerus clausus, désintérêt des jeunes médecins pour la médecine générale, mauvaise anticipation des nouvelles pratiques plus collectives du parcours de soin…

Le résultat est là, le phénomène de désertification médicale est constaté non seulement en milieu rural mais de plus en plus en ville. A Orléans, ce sont 40 médecins qui manquent pour atteindre la moyenne nationale. On pourrait, comme certains le proposent, imposer l’installation dans les zones déficitaires mais on s’apercevrait bien vite que cela ne ferait qu’amplifier le phénomène de choix d’autres filières plus rémunératrices et moins contraintes. On pourrait, comme on le voit déjà, s’engager dans une sorte de « course à l’échalote » des territoires pour attirer les médecins. Prime à l’installation, baisse de charges… On voit bien que les idées fusent mais que seuls ceux qui en auront les moyens seront en mesure de capter un nombre suffisant de médecins. Ce n’est pas la voie que nous préconisons.

Le choix de construire des maisons de santé pluridisciplinaires que nous avons fait est une réponse à la demande de travail collectif exprimé par un certain nombre de professionnels de santé. La délégation d’un certain nombre d’actes à des infirmières formées aurait l’avantage de donner instantanément un répit dans la situation critique dans laquelle nous sommes aujourd’hui. D’autant que les actions correctives qui sont mises en place n’auront d’effet qu’à partir de 2025.

Le recours à la télémédecine doit être strictement encadré mais aurait le mérite de limiter les déplacements longs vers des spécialistes qui se concentrent dans les grands centres urbains.

Nous devons regarder également du côté des mesures prises pour limiter le nombre de passages dans le cabinet d’un médecin généraliste.

  • Le choix de passer de 1 an à 3 ans la validité des certificats médicaux pour la pratique sportive peut paraitre anecdotique mais a réduit de plusieurs millions les consultations et «  l’embouteillage » de septembre chez les praticiens.
  • Celui de laisser aux kinésithérapeutes le soin d’évaluer le nombre de séances pour traiter un traumatisme plutôt que de devoir consulter plusieurs fois son médecin généraliste…

Ces idées et bien d’autres doivent pouvoir réduire le nombre de passages chez le médecin qu’il soit généraliste ou spécialiste.

Nous avons besoin d’une véritable décentralisation pour que des plans de santé locaux soient déployés et que des comités d’évaluation suivent les actions entreprises sur notre territoire. Nous pourrons ainsi promouvoir les bonnes pratiques et être acteurs dans notre région pour répondre aux besoins de nos concitoyens.