Adoption du SRADDET (schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires)

Intervention de Charles Fournier

Avant de rentrer dans le vif du sujet, de parler du SRADDET, je souhaitais revenir le mouvement de protestation, dit des « gilets jaunes » qui s’exprime. Si le mouvement est hétérogène, protéiforme, il prend naissance dans le ras le bol de la hausse des prix, en l’occurrence celui des carburants. Si certains politiques se sont empressés de dénoncer une fiscalité écologique punitive comme principale source de mal-être, force est de constater, que les revendications des gilets jaunes sont bien plus larges. Le mouvement des gilets jaunes est donc né d’une révolte contre l’injustice fiscale, pas d’un refus de l’écologie. Il provient aussi d’une source plus ancienne. Cela fait 30 ans que les écologistes se battent contre les zones commerciales périphériques qui allongent les transports, qu’ils luttent contre la fermeture des gares et hôpitaux, et qu’ils réclament que l’on investisse dans les transports collectifs afin de résorber la fracture territoriale.

Le sénateur écologiste Ronan Dantec, il y a un an, lors du débat budgétaire, avertissait le gouvernement qu’une « levée de boucliers massive » contre la taxe carbone pourrait avoir lieu si le gouvernement n’arrivait pas à avoir un « discours politique cohérent » envers « ceux qui sont en périurbain et qui sont condamnés à la mobilité thermique ».  Et en même temps, d’autres mobilisations citoyennes ont lieu, et elles aussi il faut les entendre. Les marches pour le climat, l’appel des coquelicots. Elles ne sont absolument pas antagonistes avec les demandes de justice sociale, de lutte contre la fracture territoriale, de démocratie.  Nous aurons l’occasion de redire tout à l’heure combien ces aspirations sont complémentaires.

Un contexte politique socialement explosif

Certains ont cru avec l’élection du président Macron aux promesses de « modernité » et de changement de fonde en comble.  Ils ont cru à plus de démocratie, plus d’efficacité et plus d’engagement pour le climat. Las, les déceptions sont déjà là même si et nous n’y jouons pas, il est tout aussi déraisonnable de laisser entendre que tout s’effondre depuis un an et demi. Mais malheureusement, en supprimant d’emblée l’impôt sur la fortune, en confortant le crédit d’impôt compétitivité-emploi, en instaurant la « flat tax », en instrumentalisant les enjeux écologiques pour compenser ses baisses d’impôts pour les très riches et pour les grandes entreprises, ils ont allumé la mèche de la révolte. Il serait tout à fait dangereux de penser se refaire une santé sur le dos de ces nouveaux échecs et ne rien changer ou presque.  Les politiques libérales, à l’œuvre depuis plusieurs décennies, ont eu pour effet d’accroître les inégalités. L’austérité, la réduction des services publics, le blocage des salaires, les délocalisations, la précarisation de l’emploi, le chômage de masse, l’évasion fiscale ont sapé la cohésion sociale et la confiance dans les institutions.

Quels sont les messages qui nous semblent devoir être entendus des gilets et jaunes et des différentes mobilisations citoyennes.

  1. Qu’il faut plus de justice fiscale – D’abord dire que ce mouvement fut en premier lieu une réponse à une hausse de taxe sur les carburants, hausse dont la première motivation était budgétaire avant d’être écologique. Il y a eu de la part du gouvernement une instrumentalisation de la taxe carbone, instrumentalisation qui s’est retournée contre lui car au bout du compte, très clairement, c’est la question du consentement à l’impôt, et pas seulement du consentement à la fiscalité écologique, qui est posée.  Ce qui leur est insupportable en réalité, c’est l’inégalité de traitement entre ceux qui ont et ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose. Ce n’est pas pour rien que les premières revendications pour plus de justice fiscale sont le retour de l’ISF et une lutte plus forte contre l’évasion fiscale.  On peut citer le fait que 20 % des ménages les plus pauvres consacrent plus de 7,5 % de leur budget aux carburants, contre moins de 4 % pour les 10 % les plus riches.

Pour les écologistes, il est essentiel, d’une part de mettre en place une fiscalité qui contribue à éradiquer les  pollutions, tout en veillant à ce que cette fiscalité soit juste socialement, c’est-à-dire qu’elle soit progressive et redistributive. C’est la raison pour laquelle elle doit s’accompagner de mesures d’accompagnements sur des critères sociaux et géographiques pour amortir la hausse des prix des carburants, de taxer le kérosène (sur les vols intérieurs a minima) et le fioul lourd tout en investissant fortement sur les mobilités écologiques et particulièrement pour proposer des alternatives dans les territoires ruraux. C’est avant tout un choix politique et budgétaire. Politique dans le sens où il est nécessaire d’avoir une approche globale et volontariste pour investir massivement dans des solutions écologiques. Et budgétaire en choisissant d’affecter une plus grande part des recettes fiscales à la transition écologique (transports, du logement, de l’agriculture …).  

  • Le besoin de vivre mieux – Avant tout, ce mouvement social réclame une vie meilleure. Ce n’est pas complètement farfelu de demander une hausse des salaires quand cela fait quelques années que le coût de la vie augmente mais que les salaires ne suivent pas. Je ne parle pas du gel de l’indice des fonctionnaires et encore moins du salaire des enseignants qui est l’un des bas d’Europe…

Le véritable problème, ce sont les dépenses contraintes (engagées par un contrat, type électricité, téléphonique, etc.), qui représentent une part importante du revenu des plus modestes. Une enquête « Budget de famille » 2011 a montré que le niveau de vie des 10 % des ménages les plus aisés (2 800 euros par mois et plus) est 3,3 fois supérieur à celui des 10 % les plus pauvres (moins de 840 euros), ce rapport passe à 5,7 si l’on prend en compte le seul niveau de vie arbitrable, c’est-à-dire hors dépenses contraintes (2 180 euros, contre 380). Concernant les dépenses « logements », c’est le plus flagrant : 10% des plus précaires dépense environ 40% de leur revenu dans les dépenses de logements ; c’est considérable !  C’est la raison pour laquelle les écologistes appellent à des réponses globales pour réduire les dépenses contraintes. Il faut agir, sur le logement, les transports, l’alimentation pour apporter des réponses structurelles et très concrètes. Mais il faut surtout augmenter les salaires, plutôt que « désocialiser » ou «défiscaliser» .

  • Plus de démocratie – le mouvement des gilets jaunes est une forme de mobilisation spontanée, sans mot d’ordre collectif, sans organisation, sans chefs, avec des revendications et motivations différentes. C’est un mode spécifique d’action, très horizontal, qui échappe à tout cadre et qui pose la question de la place de ce type de mobilisation dans le cadre démocratique tel qu’il est construit. Ce que nous avons engagé avec la démocratie permanente constitue un élément de réponse, un premier cadre non exhaustif et évolutif. L’ambition de la démarche initiée pour la Région était de faire vivre la démocratie partout et tout le temps, en repartant de la vie des gens. Il ne s’agit pas d’opposer démocratie représentative et démocratie participative mais bien de retisser les liens de confiance entre les citoyens et les politiques, y compris en amenant les élus à changer de posture, et en assumant que l’élection n’est pas l’unique garant du fonctionnement démocratique : qu’entre deux élections s’inventent des formes multiples d’implication citoyenne, d’alliance nouvelle entre citoyens et corps intermédiaires, de formes de participation ponctuelle comme structurelle…Nous reparlerons sans doute du RIC lors de notre échange autour d’un vœu que nous proposons. Les écologistes accueillent avec intérêt toute initiative susceptible d’améliorer le fonctionnement de notre démocratie. Pour autant nous ne pensons pas qu’il s’agisse de la bonne réponse. Pour autant,Il est symptomatique qu’au-delà des revendications en matière de pouvoir d’achat, de justice sociale et fiscale, ce mouvement des gilets jaunes débouche sur une exigence politique : donner aux citoyens le pouvoir de participer plus directement aux affaires et aux choix du pays.
  • Enfin le mouvement des gilets jaunes fait ressortir une question territoriale qui ne se réduit pas à une conflictualité entre centralité et périphérie ou urbain et rural. La planification jacobine et la méthode d’aménagement dite du « zoning » a éloigné les lieux de vie des lieux de travail, de commerce, de culture ; éloigné les services publics, supprimé les voix de transport en commun comme les gares en plaçant au centre du modèle : la bagnole. Il y a 45 ans, dans un texte fondateur, « l’idéologie de la bagnole », André Gorz, avait alerté sur les dangers et les illusions de la civilisation du « tout voiture ». Les grands choix d’aménagement depuis 50 ans ont été un peu inconséquents, nos grands planificateurs ont œuvré à rendre les Françaises et les Français dépendant de leurs voitures. Dans le même temps la métropolisation de la France, en concentrant les richesses, a eu pour effet de reléguer nombre de territoires, dont ceux de la région centre Val-de-Loire, hors de la carte mentale des gouvernants. Pour celles et ceux qui décident, ces territoires ne sont pas des territoires où l’on vit. Ce sont, au mieux, des territoires où l’on passe. Nous avons fait de pans entiers de nos terroirs des territoires invisibles et de ceux qui y vivent des intouchables. C’est ainsi que péri-urbains, habitants de la diagonale du vide, où habitants des quartiers populaires, de plus en plus de françaises et de françaises souffrent du même sentiment d’abandon et descendent aujourd’hui dans la rue.

Voilà donc ce que nous entendons des mobilisations actuelles et au moment de voter notre SRADDET, nous pouvons dire que nous disposons là d’un document prospectif qui permet de construire les réponses à ces enjeux. Bien sûr il n’est pas là pour proposer des réponses immédiates mais bien pour préparer l’avenir. Il n’ait pas un schéma de plus. C’est avec le SRDEII, un des deux documents structurants pour notre collectivité et pour les territoires de la région. Il fixe des objectifs, des règles, donne des ambitions  en matière d’égalité des territoires, de transition écologique et des choix stratégiques d’aménagements à privilégier. Il est le fruit d’une concertation large et de négociations aboutis dont nous pouvons être fiers. Je profite de ce satisfecit pour remercier les services pour la qualité de leur travail et tout particulièrement Nathalie Artiges qui a coordonnée ce travail.

C’est aussi pour cela que les écologistes ont écrit un cahier d’acteurs précisant nos propositions pour le sraddet assez largement repris. Le caractère prescriptif de ce document fait du vote du SRADDET un moment historique. Ce n’est pas un schéma de bonnes intentions supplémentaire. Il représente une nouvelle brique de l’édifice commun, une nouvelle page de ce que nous voulons porter pour l’avenir de nos territoires et les habitants de notre région. Un bémol sur la portée de ce document. Sur le caractère prescriptif, nos espoirs ont été un peu douchés au fur et à mesure qu’apparaissaient les limites juridiques de l’exercice. Par ailleurs des intercommunalités se sont empressées de réaliser leur document de planification (PLUi) avant l’entrée en vigueur du SRADDET…

Les priorités du SRADDET sont pour nous les bonnes et ce document est de qualité : lutte contre l’artificialisation des terres, , renforcement de la transition énergétique encourageant la production d’énergie renouvelable, la cohérence du volet transport avec le scénario 100%ENR, lutte contre les pollutions pour un meilleur cadre de vie et la préservation de ce bien commun vital qu’est l’eau.

Nous aurions aimé que certains objectifs soient plus ambitieux et certaines règles plus exigeantes pour répondre à l’urgence écologique et climatique mais le document présenté offre un cadre d’action complet pour que les collectivités volontaires puissent opérer la transition écologique de leur territoire. J

Un SRADDET qui apporte des réponses aux enjeux de la résilience des territoires

Nous sommes donc dans un climat de tensions sociales accrues. Notre SRADDET doit aussi préparer l’avenir pour répondre  aux attentes de nos concitoyens. Pour les écologistes, justice sociale, transition écologique et démocratique ont toujours été le fil conducteur de notre action en faveur des politiques publiques régionales, qu’il s’agisse du SRDEII, de la démocratie permanente, de la stratégie alimentaire ou du dispositif A VOS ID. C’est avec cette même grille de lecture que nous avons travaillé pour accorder, dans la mesure du possible, ce schéma avec les aspirations à plus de justice et de solidarité ; qui s’expriment depuis plus 30 ans et qui n’ont jamais trouvées réponse. Nous avons donc défendu cinq idées forces pour des territoires plus résilients, plus solidaires et mieux organisés pour faire face aux défis colossaux qui sont devant nous.

1 – Lutter contre l’artificialisation des terres

Cela fait 30 ans que les écologistes dénoncent les incohérences et l’irresponsabilité du modèle d’aménagement du territoire : extension permanente des grandes surfaces en périphérie et des zones de lotissements, dépendance à la voiture, perte des services publics, notamment ferroviaire, agrandissement continu des exploitations agricoles, industrialisation des paysages, pertes inexorables de la biodiversité… Voilà les maux d’un modèle de développement aujourd’hui obsolète. Nous avons soutenu des objectifs forts qui trouvent une traduction dans les règles dans ce document

  • Stopper l’artificialisation des terres : Objectif « Zéro artificialisation nette » à l’horizon 2030 figure comme un objectif structurant du document
  • Juguler le suréquipement commercial – Réduire drastiquement l’implantation de grande surface en périphérie pour privilégier les centres villes ou centres bourgs
  • Maitrise foncière : A défaut d’engager la collectivité régionale dans la mise en place d’un Etablissement public foncier,une des recommandations de la règle 5 propose de définirune stratégie foncière concernant le développement économique. Il faut que la question de la production de logements fasse partie de la réflexion. Celle-ci est au moins aussi importante que celle de l’implantation des infrastructures liées aux activités économiques.

2 –  Amplifier la transition énergétique

La question est au cœur de l’actualité : taxe sur les carburants, programmation pluriannuelle de l’énergie actant l’évènement de l’EPR et la prolongation de réacteurs mais aussi la lutte contre la précarité énergétique et la nécessité de rénover massivement les logements. L’ambition que nous avons portée pour ce document réside dans l’accompagnement des territoires vers « l’autonomie énergétique ». Il s’agit d’une thématique transversale qui imprègne l’ensemble du document. Les objectifs sont ambitieux et les autorités comme les acteurs locaux doivent apporter des réponses. Deux sont emblématique de l’actualité de Gilets jaunes : Réduire les consommations d’énergie de moitié d’ici 2050, rénover 25 000 logements sociaux en 10 ans, tout en créant 18 000 permet de répondre à la fois à l’urgence sociale du mal logement, de la précarité énergétique et de lutter contre le dérèglement climatique.  

L’urgence climatique nous impose aujourd’hui d’organiser, d’équiper, d’accompagner les territoires afin qu’ils s’engagent dans la transition énergétique. Cet engagement irrigue déjà nos politiques régionales mais viennent ici trouver un cadre structurant pour amplifier le mouvement. De nombreux élus locaux ont compris l’importance d’engager rapidement la transition énergétique, de produire de l’énergie renouvelable, pour à la fois prendre sa part dans la lutte contre le dérèglement climatique mais aussi réduire sa facture énergétique. Il faut bien évidement le faire en impliquant les acteurs du territoire et les citoyens, par la concertation, la co-construction mais aussi par l’investissement citoyen. Les principales mesures du SRADDET en matière de transition énergétique réside dans :

  • la structuration et la coordination des acteurs et des documents stratégiques afin qu’une feuille de route régionale se dessine selon le potentiel des territoires. Les recommandations jointes aux règles permettent aux élus locaux peu avertis de se saisir d’outils et de propositions. Il s’agit ici de faire de la pédagogie, non pour imposer une théorie hors-sol mais pour proposer des idées, encourager les prises d’initiatives et les expérimentations de solutions écologiques
  • Le développement de la production d’énergies renouvelables pour tous et l’écoconception des bâtiments en rénovation comme en production. Une habitation bien isolée (en paille ou en chanvre) qui descendrait à 15° sans chauffage en hiver, munie d’un bon poil permet de ne pas dépenser plus de 500€ par an de chauffage.
  • le développement d’un réseau d’avitaillement gaz et d’électricité pour accompagner les mobilités plus écologiques : en anticipant les mobilités écologiques, on apporte une réponse de moyen terme aux enjeux des mobilités écologiques et de la réduction de la dépendance au pétrole notamment pour les territoires ruraux ou semi ruraux où les distances sont rallongées.

3– Mettre Cohérence du volet transport avec le scénario 100%ENR

La question de transport est fondamentale pour aller vers une société plus sobre en carbone. Il reste dans le SRADDET de notre point de vue, des contradictions. Très clairement, et cela n’étonnera personne, nous sommes opposés au développement des aéroports en région. Nous sommes très connectés à l’espace parisienne et à l’aéroport de Nantes qui eux aussi possèdent des aéroports. Il ne nous semble pas responsable, à l’heure où la machine climatique s’emballe d’encourager le développer des transports polluants. Le rôle des autorités publiques est d’anticiper la fin de la dépendance au pétrole et la transition vers des solutions de transports moins polluants et plus collective. Il faut rompre avec le mythe du vieux monde qui consiste à faire croire qu’un aéroport pour une agglomération de 300 000 personnes est indispensable au développement économique et à « l’attractivité du territoire ». Les investissements d’avenir doivent se concentrer sur les solutions de mobilité pour le quotidien, pour se déplacer en polluant le moins possible. Ainsi, nous avons souhaité donner la priorité aux déplacements intermodaux, aux mobilités « actives » et à la sauvegarde des petites lignes qui irriguent le territoire. Les exemples allemand et suisse ont démontré que la restructuration des réseaux augmente la fréquentation des trains. Redonner de l’ambition au transport de passagers par le ferroviaire reste une des priorités fortes des écologistes. Il faut aussi redynamiser le fret ferroviaire pour enfin engager le report du transport des marchandises des routes vers le rail. Notre SRADDET affiche un objectif très ambitieux qui consiste à réduire de 5 points la part modale du transport routier de marchandises à l’horizon 2030, et de 15 points à l’horizon 2050. Concrètement, les documents de planification devront fixer un objectif de baisse de la part modale du transport routier de marchandises afin de concourir à l’objectif régional. 

Se déplacer en polluant le moins possible et en dépensant le moins d’argent, ne peut pas se réduire à un changement de technologie, il faut un changement de mentalité et de pratiques. L’idéal, dans un monde aux ressources finis, c’est de partager pour arriver à réduire le nombre de voiture en circulation. Le SRADDET affiche un objectif de diminution de 5 point de la part de voiture individuelle d’ici 2030 et de 20 points en 2050. Cela passe par des solutions innovantes comme l’organisation du covoiturage, de l’auto-partage, de l’auto-stop, mais aussi le transport solidaire pour les plus fragile et et mais aussi et surtout le développement de véritable réseau de transport en commun à l’échelle intercommunale. Les dépenses en matière de transport représentent l’un des premiers postes de dépense contrainte, pesant sur les budgets des ménages, notamment les plus fragiles. Nous devons accompagner au plus vite la transition écologique et solidaire des mobilités, sinon nous prenons le risque de renforcer la désespérance et l’incompréhension des citoyens. Insistons aussi sur le développement du vélo, notamment pour la pratique quotidienne. Notre SRADDET là encore affiche un objectif ambitieux de fixer à 9% la part modale du vélo dans les déplacements à l’horizon 2025.

4 – Lutter contre les pollutions pour un meilleur cadre de vie

Les pollutions ont pris de l’ampleur et ont changé de nature depuis l’évènement de l’ère industrielle et du développement de la civilisation technologique contemporaine. Aux anciennes causes de contamination de l’environnement par les résidus des activités humaines, des causes nouvelles liées à la spectaculaire croissance de la chimie organique de synthèse, du modèle de transport reposant sur le « tout-voiture »,de l’utilisation massive du plastique et depuis les années 1960, de l’énergie nucléaire sont apparus. L’émergence de la problématique des « perturbateurs endocriniens », appellation large signifiant l’ensemble des pollutions altérant le fonctionnement des hormones, des organes et des cellules font des pollutions un sujet de préoccupation majeur pour les populations. L’exemple des pesticides est emblématique d’une nouvelle prise de conscience : c’est l’une des revendications de Gilets jaunes qui revient systématiquement, d’où que proviennent les revendications. On peut également rappeler les 48 000 morts prématurées par ans liées à la pollution de l’air aux particules fines, sans évoquer la pollution de l’eau potable par les pesticides. C’est pourquoi nous avons souhaité agir en priorité sur :

  • La  pollution de l’air : La Règle 35 vise à améliorer la qualité de l’air par la mise en place au niveau local de dispositions permettant de lutter contre la pollution de l’air.
  • L’agriculture Bio : l’objectif visant à « Atteindre 15 % de la SAU régionale en agriculture biologique en 2030 et 45% en 2050 » traduit un volontarisme politique. Il s’agit d’un objectif ambitieux, on est aujourd’hui à peine à 3% de SAU avec des départements comme le 28 où l’on est en-dessous des 1% de SAU. Le marché des denrées bio est en pleine expansion. Pour des questions économiques, d’emplois paysans, de relocalisation des activités agricoles et de climat, il est aujourd’hui urgent de s’engager dans la production biologique.
  • La reconquête de la biodiversité pour lutter contre les pollutions diffuses et les phénomènes climatiques extrêmes notamment par des mesures de protection, voire de restauration des haies bocagères, la préservation des milieux (pelouses sèches et les tourbières) et particulièrement les zones humides. La végétalisation de l’espace urbain comme des espaces ruraux est essentielle pour limiter l’impact des phénomènes climatiques extrêmes.
  • La lutte contre les pesticides : Enfin, et bien qu’il soit difficile de mettre une règles opposables sur ce sujet, il a été acté comme objectif symbolique mais néanmoins ambitieux de « Réduction de la pression phytosanitaire d’un facteur 4 d’ici 2050. » conformément au scénario Afterre régionalisé.

5- L’eau : préserver et restaurer ce bien commun vital

L’eau est un bien commun ; on ne le dira jamais assez. Force et de constater que c’est aussi un bien menacé. Les analyses de l’eau potable en région Centre- Val de Loire que ce soit celles de 2016, 2017 et en 2018 relèvent des niveaux de pollution conséquents et récurrents, en Beauce, dans le Cher ou dans le Val de Loire. Les sources de pollution sont multiples : matériaux des canalisations, cyano-bactéries, rejet industriel ou encore les pesticides.Le bilan établi par l’ARS est particulièrement alarmant et confirme ce que les écologistes disent depuis 40 ans. C’est autant un sujet lié à la pollution des milieux naturels et de l’eau, qu’un enjeu de santé publique. Il ne s’agit pas d’incriminer mais de changer urgemment, d’autant que ce changement sera, à n’en pas douter source d’innovation, de création de richesse, d’emplois et de bienfaits pour l’environnement et la santé. C’est aussi la qualité de l’état du milieu naturel et des masses d’eau. Les données de l’agence de l’eau indique pour 2015 que 39% des masses d’eau de surface des deux bassins hydrologique situé sur le territoire régional sont en bon état écologique et seulement 28% pour les masses d’eau souterraines ! Le SRADDET reprend ainsi les objectifs du SDAGE concernant la restauration des milieux et vise le bon état écologique en moyenne à 60% pour les eaux de surfaces et 80% pour les eaux souterraines. Cet effort nécessaire induit inévitablement une prise de conscience et une action collective. Il porte également l’ambition de réduire les consommations en établissant des priorités d’usages ; l’eau potable étant la priorité (pour l’hygiène et l’alimentation) ainsi que pour l’abreuvement des animaux, et les productions agricoles à forte valeur ajoutée ou destinées au fourrage des animaux.

Evoquons aussi notre vulnérabilité face au dérèglement climatique à l’œuvre. Que ce soit les inondations dévastatrices de 2016, les pluies diluviennes de cette année, la récurrence des canicules, des sècheresses et des tempêtes doivent nous inviter à changer très rapidement notre manière d’aménager nos territoires pour les rendre résilients. Cela passe par l’aménagement de « dispositifs tampon » (augmentation du linéaire de haie, préserver les zones humides, les prairies, les zones ripisylves, enherbement et maintien du couvert végétale) afin de réduire notre exposition aux risques, faciliter l’infiltration de l’eau et limiter les pollutions diffuses, tout en améliorant la qualité paysagère et la biodiversité.

CONCLUSION

Président, chers collègues, pour conclure, je dirais, au nom du groupe écologiste, que ce document est ambitieux et raisonnablement contraignant. Toutefois, j’ai envie de dire que tout reste à faire, tout reste à construire avec les acteurs locaux. Avec ce SRADDET, la Région envoie un message, une orientation générale, un cap pour construire des territoires adaptés aux effets nombreux et diffus liés à l’emballement de la machine climat. Nous devons mener avec nos concitoyens la « mère des batailles », celle de la lutte contre le dérèglement climatique. C’est pourquoi nous prendrons une initiative originale et déterminée dans notre région, avec le lancement d’un COP Régionale, véritable processus de négociation et d’engagements des acteurs dans l’action, pour réussir à faire vivre les objectifs ambitieux de notre SRADDET.