Portrait Pascale Rossler

Crise agricole : aller vers l’agroécologie

Intervention de Pascale Rossler

 

Comme l’a évoqué Charles Fournier, et pour appuyer les propos de Michelle Rivet et finalement d’un assez grand nombre d’interventions, l’agriculture dominante n’est plus une culture, mais un artifice brutal, où le vivant (humain, végétal, animal) est soumis à contrainte, où la pérennité n’est plus de mise ni sur le plan économique, ni sur le plan environnemental, ni sur le plan humain, et encore moins lorsqu’on considère sur ces trois domaines les impacts de ce « modèle » sur la santé, qui n’est qu’une des externalités négatives à prendre en compte, la dette écologique étant bien plus vaste.

Les sols également, véritables réservoirs de biodiversité lorsqu’ils sont sains et vivants (ils en hébergent 80 %) sont les oubliés de l’agriculture dominante, et les grands absents des protections réglementaires.

Et c’est ce divorce entre nature et culture, cette séparation conceptuelle occidentale très récente, qui nous autorise le pillage au nom du rendement à court terme et du profit maximum de quelques uns. C’est cela aussi qui a tant déconsidéré le nécessaire équilibre des sols, les a tant appauvris, qu’on sait aujourd’hui qu’on a passé le « peak soil », c’est à dire le point où la productivité des sols diminue désormais à l’échelle mondiale. Or, leur richesse se constitue dans un fragile équilibre et sur des temps très longs.

Pourtant, l’ago-écologie fait la démonstration d’un équilibre durable à tous les niveaux. ̀Des microfermes naissent un peu partout en France, sur des superficies avoisinant 1 hectare, inspirées de la permaculture, cette culture de la permanence basée sur une loi intemporelle de la nature : diversité rime avec productivité, et je préfère même parler d’abondance.

L’une de ces microfermes est le fruit d’une étude de l’INRA visant a démontrer la viabilité de ce modèle. Soutenue par notre Région au titre de la politique biodiversité, cette microferme d’avenir à la Bourdaisière a reçu le prix de la fondation Nicolas Hulot dans le cadre de la conférence sur le climat en tant que projet pouvant changer le monde. Ils ont en effet réussi a faire la démonstration que ce type de ferme de 1 hectare est rentable au bout de 3 ans, créant 3 emplois et créant de la valeur équitable pour le territoire. Leur comité scientifique mesure les externalités positives que l’on peut retrouver en ligne. Susceptible de réduire les frais de santé, grandissants dans notre pays, elles restaurent tout autant le capital humain, local, le savoir faire et le capital naturel.

A l’heure où 1 milliard d’agriculteurs sur les 1,3 que compte la planète n’ont que leurs mains et 1 hectare de terres, où les taux de suicides sont records dans pays du Sud pour cause de surendettement auprès de firmes qui confisquent le vivant et empoisonnent les terres et les hommes, cet exemple nous montre une fois de plus l’utilité et même l’urgence de réhabiliter l’agroécologie, seul modèle qui a duré, depuis le neolithique et permettra de répondre aux besoins en alimentation de manière durable.

Et à la veille de la COP 21, où l’on sait que ce qui se joue n’est ni plus ni moins que la réversibilité des dérèglements globaux de notre modèle, et que l’enjeu ce sont des guerres partout pour la survie, à celles et ceux qui sont tentés de croire qu’élargir un tel modèle serait utopique, malgré l’évidence des chiffres et des incidences à tous les égards, je répondrais par une formule qui est en passe de devenir la norme dans notre modèle de société du profit roi, profondément malade et qui s’effondre : c’est de croire que les choses pourraient continuer ainsi qui est une utopie.