Alimentation et santé

Intervention d’Alix Téry-Verbe

Président, chers collègues, je commencerais mon propos par ces mots : « et surtout une bonne santé ! ». C’est ce que l’on se souhaite pour la nouvelle année !

Lors de la session de juin, nous abordions déjà le lien entre santé et alimentation et je rappelle ce que disait Hippocrate : « L’alimentation est notre première médecine ».

Alors pourquoi ? Pourquoi feignons nous de ne pas voir, alors que nombre d’études le montrent, que notre système alimentaire actuel engendre une recrudescence des maladies chroniques, de l’eczéma, de l’hypertension ou de l’obésité. Pourquoi ne voulons-nous pas voir ? Pourquoi ne se donne-t-on pas les moyens de changer ?

Il y a dans ces interrogations l’idée – que nous avons déjà émise par ailleurs  – selon laquelle, le principe de précaution devrait primer sur les enjeux de productivité et de rentabilité. Nous considérons que ce principe de précaution n’est pas une contrainte mais un levier pour développer une production alimentaire plus vertueuse en termes de d’environnement et de santé et certainement plus rentable à terme.

La santé n’a pas de prix… c’est ce que l’on dit également ! Or l’on s’aperçoit qu‘elle a un coût… de plus en plus important. Nous savons qu’en limitant l’extension des maladies liées à l’alimentation, nous économiserions des sommes conséquentes grâce à des politiques de prévention efficaces.

Alors qu’entend-on par prévention ? Il faut partir ou  repartir du constat que l’alimentation est la première des médications, la prévention ne consiste pas de dépister précocement une maladie mais à faire en sorte de ne pas l’attraper. Et pour cela nous avons une bonne partie de la solution !

Il faut dire que les politiques publiques et les professionnels ne peuvent  plus occulter le problème de la « contamination chimique » de l’alimentation.

Malgré une prise de conscience grandissante dans la population, il existe une forme de méconnaissance de l’impact réel de cette contamination sur la santé, tant elle est diffuse et difficilement perceptible. Trop peu de données et d’études concernant la contamination des produits alimentaires existent notamment au niveau régional. Pas ou peu de recherche sur les pesticides, perturbateurs endocriniens et cumul d’additifs… et encore moins sur l’effet « cocktail » de l’additions de tous ces produits !

Aux enjeux de santé publique, est souvent opposé l’argument de l’intérêt économique. Force est de constater que celui-ci a pris du plomb dans l’aile. Une étude française de l’INRA de 2016 sur les coûts cachés (internes ou externes) des pesticides montre que les coûts induits par les pesticides dépassent les bénéfices financiers procurés !

Selon les chercheurs, le coût total des pesticides pourrait avoir atteint 39,5 milliards de dollars en 1992, pour un taux bénéfice-coût de 0,7. Ce qui signifie que les avantages financiers qu’il y a à utiliser les pesticides, en termes de productivité agricole, sont 30 % inférieurs aux « externalités négatives ». En l’absence de données plus récentes, nul ne sait ce qu’il en est de nos jours, mais il est peu probable que la situation se soit améliorée.

Il faut également rappeler que cette « contamination » existe également dans les processus de production de l’industrie agro-alimentaire… Les pouvoirs publics ont tendance à privilégier une vision « hygiéniste » (absence de risque microbiologique) certes indispensable, mais ils minimisent là encore trop souvent le risque chimique !

A cette utilisation de la chimie dans les processus de production alimentaire, héritée des années d’après-guerre, succèdent aujourd’hui des solutions technologiques, générant ainsi de nouvelles inquiétudes. Il s’agit notamment des nanoparticules. Elles sont aujourd’hui présentes dans nos assiettes : quelles sont-elles ?

-Le nano-argent, qui possède des propriétés de conservation supérieures aux conservateurs traditionnels. Il permet également d’apporter un aspect de fraîcheur aux aliments. On retrouve ce nouveau conservateur dans certains plats préparés, charcuteries, pâtisseries industrielles, boissons alcoolisées, sodas…

-Les nano-silices, également nommées nanoparticules d’oxyde de silice (E550 et E551), qui sont utilisées pour donner une consistance fine au sucre, au sel, à la farine, à la poudre de cacao. On les emploie également pour donner une texture onctueuse aux sauces, mayonnaises, ketchup, soupes, yaourts…

-Les nanoparticules de dioxyde de titane (E171), qui permettent d’accentuer les couleurs. On les retrouve notamment dans les yaourts, biscuits industriels, confiseries mais également dans des fruits et légumes qui auraient été traités pour bénéficier d’un aspect plus attrayant.

L’impact de ces nanoparticules sur la santé est également pointé du doigt par de nombreuses études. L’Afssa (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) affirmait déjà en 2009 : « la prudence s’impose à l’égard de l’utilisation de nanotechnologies et/ou nanoparticules en alimentation humaine et animale ».

En effet, notre organisme n’étant pas programmé contre les nanoparticules, celles-ci bénéficient de plus grandes propriétés de pénétrations. En raison de leur petite taille, ils franchissent aisément la barrière gastro-intestinale et se répandent dans tout l’organisme via le sang. Ils s’accumulent ensuite dans certains organes comme le foie, la rate, l’estomac, les poumons et le cerveau.

Pour l’heure, il n’existe malheureusement pas d’étiquetage indiquant la présence de nanoparticules dans l’alimentation. Dès lors, pour éviter de consommer des nanos, il convient de pratiquer une fois de plus la stratégie de l’évitement et de supprimer les produits issus de l’industrie agro-alimentaire (plats préparés, yaourts, boissons sucrées…) et les aliments suremballés. Manger frais et cuisiner des produits non transformés reste fondamental si l’on veut bénéficier d’une alimentation saine.

Pour conclure, il faut que nous aidions les populations à se poser les bonnes questions au moment de faire leurs achats d’alimentation.

Une question que l’on devrait se poser plus sérieusement, c’est : pourquoi vouloir s’acharner à préserver les aliments plus longtemps ? Y-a-t-il un intérêt ? Cela ne préserve pas l’ensemble des qualités nutritionnelles et des vitamines. Il faudrait privilégier les courses régulières de produits frais plutôt que de remplir des réfrigérateurs et congélateurs toujours plus gros.

Une autre question est : quel aspect privilégier dans le choix des aliments ? Les fruits calibrés, d’une esthétique parfaite de par leur forme, leur taille et leur couleur ne suffisent plus… il faut que ça brille ! Qu’à cela ne tienne, les nanos sont là pour ça ! Quelle misère gustative… Pourtant la diversité naturelle des aliments n’a pas de limite si on ne se cantonne pas aux fruits et légumes que l’on veut bien nous proposer en supermarchés. Les variétés anciennes regorgent de variétés qui pourraient embellir nos assiettes et nous redonner le goût de cuisiner.