Avis sur le Projet Régional de Santé 2ème génération (PRS2)

Intervention d’Alix Téry-Verbe

 

Monsieur le président, chers collègues, il nous revient aujourd’hui d’émettre un avis sur le Projet Régional de Santé (PRS) qui définit les objectifs pluriannuels de l’Agence Régionale de Santé (ARS) ainsi que les mesures destinées à les atteindre… tout en s’inscrivant dans les orientations de la politique nationale de santé.

Dès la présentation du projet par l’ARS, le groupe écologiste  a pris position pour que l’avis du Conseil régional soit défavorable. Il était en effet difficilement envisageable que la Région donne un avis favorable ou même réservé à un projet qui ne peut que conduire à amplifier la désertification médicale :

  • avec la fermeture d’établissements de santé dans les campagnes ;
  • en donnant un coup de frein au développement des Maisons de Santé Pluridisciplinaires (MSP) du fait de l’introduction de critères beaucoup trop restrictifs.

Ce sont les deux principales motivations de l’avis. Les priorités de la Région sont claires, et nous les avons actées dans un rapport « 35 mesures, pour garantir l’accès aux soins de tous en Centre-Val de Loire : un droit fondamental, une priorité majeure ».

Il est nécessaire d’avoir un maillage territorial d’unités de soin pour garantir aux habitants, notamment des territoires ruraux, un accès aux soins. D’ailleurs, la présence de MSP et d’un hôpital de proximité forme l’ossature de base pour lutter contre la désertification médicale. Cette présence incite souvent des spécialistes et des médecins à s’installer car cela crée un écosystème.

Pour revenir sur la fermeture des établissements de soin, nous partageons les revendications du mouvement social. C’est un combat symbolique car les hôpitaux comme les EHPAD sont emblématiques de la disparition des services publics de proximité et du sentiment bien réel d’abandon des territoires ruraux en particulier. L’accès aux soins est un service vital pour les populations et ne doit pas se réduire à des choix comptables de rentabilité.

Cette politique de réduction des dépenses publiques impacte très fortement les conditions de travail dans les hôpitaux mais aussi dans les EPAHD. Les personnels de soin n’en peuvent plus, le manque d’investissement est bien réel et la qualité de soin est, de fait, détériorée. Cela crée de la souffrance pour les personnels, pour les patients et pour les territoires.

Par ailleurs ces choix économiques participent de la dévitalisation des campagnes, non seulement parce que cela représente une perte de service public mais aussi parce que souvent les hôpitaux sont les premiers employeurs. Les métiers de services et notamment ceux liés à la santé sont des emplois essentiels pour la vie des territoires et ils sont non-délocalisables !

Le second point de clivage avec l’Etat de fait sur l’installation de MSP sur nos territoires qui est une priorité de la Région. L’ARS entend fixer des critères de pérennité des MSP bien trop contraignants, menaçant des projets d’implantation de MSP. La mise en place de MSP est déjà fragile. Le cahier des charges de la Région fixe un seuil minimum de 2 médecins et de 2 paramédicaux quand l’ARS fixe un minimum de 10 professionnels dont au moins 4 médecins et 4 paramédicaux.

Ces critères sont en inadéquation avec la réalité de notre région. Le Centre-Val de Loire est fortement impacté par la désertification médicale. Ces critères ne sont pas responsables. Il faut aussi avoir à l’idée que nous sommes dans une région particulièrement touchée par le vieillissement de la population. L’INSEE rappelle que d’ici 2030, le solde démographique sera négatif. Cela signifie qu’il y aura dans les dix ans à venir une augmentation des besoins en matière de soin.

Je souhaite aborder aussi le thème de la E-santé et la télémédecine car notre position sur le sujet est plus réservée : bien sûr, les progrès techniques sont une avancée pour faciliter la gestion de dossier et la transmission d’informations, ou encore permettre d’avoir recours à des diagnostics de spécialistes. La question se pose par contre sur l’intérêt sociétal de la e-consultation dans une société déjà en manque criant de contact… ces e-consultations seraient là pour palier à la désertification médicale, mais cela ne serait-il pas un constat d’échec et d’abandon que de s’engouffrer dans cette voie ?

Pour les écologistes, il y a enfin une autre raison d’émettre un avis défavorable sur le Projet Régional de Santé. Les maladies chroniques sont en augmentation et touchent des populations de plus en plus jeunes. De nombreuses études montrent qu’elles sont liées aux diverses pollutions (eaux, air, alimentation). Cette problématique santé-environnementale, forte et bien réelle, devrait donc être prioritaire ou a minima être mise au même niveau que les autres dans le Projet Régional de Santé. On peut d’ailleurs se demander pourquoi le Projet Régional Santé Environnement (PRSE 3), validé depuis un an, est traité à part du Projet Régional de Santé. Est-ce que ça signifie que la prévention santé-environnement n’est pas une priorité pour l’Etat ? Voilà une autre raison pour les écologistes, d’émettre un avis défavorable sur le PRS 2.

Au 21ème siècle, une politique de santé ne peut plus être centrée uniquement sur le curatif. Il nous faut passer d’une logique de soins à une logique de santé pensée plus en amont. Il faut agir sur les causes de nos maladies et de nos afflictions.

La prévention, fondée sur la protection de l’environnement, sur l’éducation et la promotion de la santé, est une réponse à développer dans notre système de santé. Les écologistes proposent donc de repenser l’action publique sanitaire non seulement à partir de la connaissance de la maladie et de la médecine, mais en priorité à partir de la protection du bien-être et de l’amélioration de la qualité de vie. La crise de notre système de santé est structurelle et ne se résoudra pas uniquement par la mobilisation de nouvelles ressources financières en direction des soins.

Au-delà du PRS et du PRSE, c’est un changement de société que nous devons prescrire !  Car réduire les inégalités sociales de santé, cela suppose à la vérité de s’attaquer aux causes profondes qui touchent inégalement les habitants de notre région. Si l’on veut aborder sérieusement la santé par le biais environnemental, il faut aussi être conscient des obstacles qui existent, et notamment des lobbies qui agissent pour préserver des intérêts financiers au détriment de la santé publique, comme :

  • le lobby de l’industrie pharmaceutique (cf. l’affaire du Mediator) ;
  • le lobby de l’industrie agro-alimentaire qui est à l’origine d’une alimentation trop grasse, trop salée, trop sucrée, avec trop d’additifs pour masquer et uniformiser le goût ;
  • le lobby de l’industrie des pesticides (qui asservissent les agriculteurs en leur imposant un usage excessif de pesticides sans se préoccuper ni de la santé de ceux qui sont chargés de les épandre, ni de la santé des consommateurs, ni de la qualité des nappes phréatiques, ni de celle de l’air).

Dans ce contexte, et alors que ce n’est pas sa responsabilité directe, le Conseil régional a fait le choix d’un engagement fort par l’étude à venir sur les perturbateurs endocriniens et par le plan d’actions qui sera proposé au terme de celle-ci.

Je vous remercie.