Bilan des aides économiques versées en 2017

Intervention de Christelle de Crémiers

 

Cela a déjà été dit, cet exercice traditionnel du bilan des aides économiques des collectivités qui incombe à la région revêt un caractère spécial pour l’année 2017. Pas seulement parce que c’est la première année d’application de la loi Notre qui consacre le chef de filat économique à la région, pas seulement parce que c est la première année  de la mise en œuvre du SRDEII, mais surtout parce que l’évolution de l’économie a atteint un niveau de concentration des richesses entre une poignée de multinationales et d’établissements financiers jamais connu auparavant. Surtout, enfin, car la politique économique menée par le gouvernement depuis 2017 consacre la primauté des très gros à la fois par la barrière à l’entrée réglementaire et par l’accès réservé au crédit.

Dans ce contexte, la région se retrouve dans le rôle du « dernier rempart ». Dernier rempart pour protéger les petites entreprises, pour entourer la création d’entreprise, pour accompagner les chômeurs vers l’emploi, pour endiguer la désertification d’abord économique puis démographique des territoires. Dernier rempart, en résumé, de l’économie réelle, pas celle de la technostructure ou de la spéculation. Car la fameuse fable du ruissellement est une promesse qui a fait long feu depuis le 18e siècle et l’on voit bien qu’aider les plus gros à plutôt tendance à couler les petits.

La région s’est attelée pleinement à cette tâche. 93% des montants engagés pour les aides économiques sont d’origine régionale. Pour cela, elle a agit selon deux axes stratégiques. Le premier est d’accompagner l’entreprise en fonction de son stade de développement et non en fonction de son secteur économique. Le deuxième est de jouer son rôle indispensable d’ensemblier en créant du collectif, en mettant en réseau, en entrant dans l’intimité du couple chercheur d’emploi et entreprise. En faisant de la dentelle au cas par cas avec tous les fils dont elle dispose : les réseaux initiative, France Active, les chambres consulaires, ARDAN Centre, l’agence régionale DEV’UP et ses six ERC qui en font un exemple national… sans oublier la connexion avec les Cordées du territoire qui sont devenues de véritables rendez-vous d’étape pour le développement économique local. Un seul étonnement à ce stade. L’économie de l’alimentation, pourtant bien présente dans le SRDEII, a été omise alors qu’elle vise à la relocalisation de la production et à l’introduction de nouveaux acteurs économiques de la transformation alimentaire.

La politique économique de la région, résolument tournée vers les territoires, les petites et très petites entreprises et l’emploi mérite d’être saluée et doit être préservée, car sans l’action régionale ce serait certainement, à court terme, morne plaine.

Cependant, il serait imprudent de ne considérer le contexte économique que sous l’angle de la bataille pour la croissance entre des très gros qui jouent au niveau mondial et des petits qui tentent d’émerger dans la réalité de nos territoires. Le dérèglement climatique et la sixième extinction des espèces sont aussi une réalité incontournable qui s’impose à nous avec la même force. La durabilité de la vie sur Terre est menacée par l’activité économique elle même, telle qu’elle est pratiquée. Malheureusement, l’enjeu dépasse largement les efforts louables que la région conduit avec l’ADEME pour les études de rénovation énergétique. C’est tout le système qui doit être revu et, en particulier, la démarche essentiellement quantitative qui parcourt l’ensemble de ce bilan.

Comme on fait son lit, on se couche. Si ni le caractère spéculatif des fonds d’investissement pour l’innovation, ni l’impact environnemental ne sont présentés aux élus, le bilan au final ne risque pas d’être présenté en fonction des avancées qualitatives en matière de lutte contre les gaz à effet de serre, de restauration de la biodiversité ni même sur le plan d’une plus grande cohésion sociale. Il manque à ce bilan un sens, une vision d’un changement systémique qui est en réalité le seul rempart durable contre le rouleau compresseur de la compétition mondiale.

C’est pourquoi le groupe écologiste préconise inlassablement que les aides économiques soient assorties d’un véritable contrôle sur l’effectivité de l’emploi promis, à la charge du bénéficiaire, et qu’elles soient un levier de transformation des pratiques. Le monde économique ne changera pas de paradigme de manière spontanée. C’est aux élus en responsabilité de conduire ce changement indispensable. Nous disposons de peu d’outils pour cela. Les aides économiques sont presque le seul outil pouvant avoir un effet de levier.

Au-delà des questionnements indispensables sur la pertinence de l’aide à des entreprises qui distribuent largement des dividendes comme ce fut le cas pour le laboratoire CHEMINEAU ou l’entreprise TRANSLOCAUTO dont les fonds propres étaient suffisants, nous nous interrogeons systématiquement sur la nature du projet, notamment sur la pollution qu’il va produire. Il ne devrait plus être possible de considérer une entreprise que sous l’angle de sa croissance future. Aujourd’hui, l’essor vertigineux du numérique et des big datas qui l’accompagnent, la robotisation et l’intelligence artificielle, si elles font rêver, leur réalité peut devenir un cauchemar. Extrêmement gourmandes en énergie et en terres rares, elle n’ont rien de virtuel. Un an de données en 2013 représente un mois seulement en 2018. Cette croissance exponentielle s’accompagne d’une consommation exponentielle de matériaux et d’énergie. Il n’y a pas de temps pour se dire qu’on trouvera une solution technique. Le dérèglement de notre environnement avance  à grands pas vers l’irréversibilité. Le changement des pratiques c’est maintenant. Et la région est en responsabilité de le conduire à travers l’effet de levier des aides économiques.