Bilan des aides économiques

Les aides économiques publiques : rustine ou effet de levier ? La question n’est pas nouvelle, mais elle est de plus en plus d’actualité. Le décalage entre les besoins en énergie et en matériaux d’une économie fondée sur la croissance et la rentabilité et un écosystème bouleversé par l’action humaine apparaît d’autant plus terrible, que les réponses économiques, parce qu’elles restent empreintes des mêmes paradigmes, le creusent davantage. Les acteurs institutionnels se livrent une course sans issue pour rééquilibrer la concentration des moyens dans les grandes villes et pour développer l’emploi local. Il n’est pas étonnant que la transition écologique tarde autant, elle n’est pas compatible avec le modèle financier qui dicte le fonctionnement de l’économie. Tandis que l’une est fondée sur la rentabilité, la concentration des capitaux et la spécialisation sectorielle et spatiale, l’autre est fondée sur la proximité, la diversité et la taille humaine… 

Cela veut dire que les élus qui votent les aides économiques doivent accepter de « lâcher » certains projets, même s’ils comportent un intérêt à court terme, pour amorcer une véritable transition écologique : rechercher la compatibilité à long terme de l’activité humaine avec les limites de la planète et les équilibres biodynamiques.

Oui, il aurait fallu lâcher un projet comme celui de VEAUFAST portant sur la puberté et la reproduction précoces chez la génisse laitière. Ce projet, qui avait reçu 200 000 euros en 2016, a reçu 65 000 euros en 2018. Aucune raison, autre que la rentabilité financière des investisseurs, éloignés de toute considération portant sur la nature des activités, ne peut expliquer cet effort pour innover et investir. Est-ce une raison pour l’accompagner avec de l’argent public ?

Oui, il aurait fallu lâcher un projet comme celui de DSV France, leader dans la sélection végétale, qui a largement les moyens de financer sa R&D, qui s’est distingué en 2012 pour avoir commercialisé en Allemagne des semences contaminées avec des OGM non autorisés, et qui a pourtant reçu 400 000 euros.

Oui il aurait fallu lâcher un projet comme celui de LEDGER, leader de la technologie « blockchain » pour le cryptage, en particulier des transaction financières automatisées, qui a reçu 400 000 euros alors qu’il avait levé 80 millions de dollars d’investissement.

Oui, lâcher pour changer. Car ce ne sont aussi que les élus qui votent les aides économiques qui peuvent amorcer la transition écologique. Ce n’est pas la main invisible du marché qui trouvera la solution. En la matière, en plus d’être invisible, elle est aveugle. Ce n’est pas non plus une économie administrée qui trouvera la solution, elle est frappée par la même cécité du productivisme. La transition écologique a ceci de beau, qu’elle s’appuie sur les convictions et l’engagement politique pour la protection de la nature qui est indissociable de la protection des humains. Alors oui, nous croyons dans l’effet de levier de transformation des pratiques par les aides économiques, mais nous savons aussi que nous sommes au pied du mur et qu’il y a urgence à changer.

Christelle de Crémiers