Portrait Jean Delavergne

Budget 2015 : deuxième décision modificative

Intervention de Jean Delavergne

 

Cette Décision modificative sera donc le dernier acte budgétaire de la mandature. Alors que la campagne électorale est déjà bien engagée, la volonté de la majorité régionale est de poursuivre son travail sérieux pour l’intérêt général jusqu’au bout du mandat, sans se laisser dévier par la grogne, la hargne et parfois la haine qui percent trop souvent dans certains discours.

Le travail sérieux c’est à la fois d’adapter, comme nous le faisons tous les ans à pareille époque, nos projections budgétaires aux recettes et aux dépenses prévisibles jusqu’à la fin de l’année 2015. Mais, cette année, nous devons en plus voter des Autorisations de Programme et d’Engagement pour 2016, afin de permettre à la collectivité de fonctionner pendant la période où, élections obligent, il n’y aura pas de session du Conseil régional.

Alors même que la politique nationale d’austérité a privé la Région cette année de 17 milions d’euros de dotations, le Conseil régional continue cependant à maintenir ses priorités, en particulier celles de la formation, en ajoutant encore 0,6 M€ pour les petits travaux dans les lycées publics et en dotant le CFA interprofessionnel de Châteauroux d’1,8 M€ en investissement.

Mais, nous l’avons vu ce matin, la Région sait aussi faire face à l’urgence pour soutenir les éleveurs  affectés une nouvelle fois par une crise, à quoi s’est ajoutée la sécheresse cet été, en y consacrant 2 M€ supplémentaires. La décision modificative est aussi en phase avec les autres rapports examinés ce matin et cet après-midi : 260 000 € sont ajoutés pour les projets de développement rural et 200 000 € pour aller de l’avant sur les questions d’efficacité énergétique.

Bien évidemment, comme d’habitude, nous ne passerons pas sous silence nos interrogations ou même  nos divergences. Interrogations comme le CESER, mais interrogations que pour notre part nous avons exprimées depuis le départ, s’agissant de « Mobililco », dispositif pour lequel il est nécessaire de doter pour 2016 des crédits toujours croissants : 6 M€. Opposition par contre, et là aussi vous ne serez pas surpris, au financement de l’Open Agri Bouffe, la grande opération de « greenwashing » de l’agro-business qui se tiendra le mois prochain à Orléans.

Jusqu’ici donc rien que du très classique : une majorité qui fait le job sérieusement pour la Région sans cacher pour autant les différences de point de vue en son sein mais sans que pendant les 5 années de ce mandat ces différences nous aient empêchés de travailler et de travailler encore pour faire avancer notre région.

Mais je l’ai dit en introduction, ce travail, en général reconnu jusqu’ici explicitement ou implicitement par tous les observateurs un tant soit peu impartiaux, est violemment percuté par les campagnes haineuses de dénigrement systématique non seulement de l’extrême droite mais aussi de la droite. De la première, nous n’attendions pas autre chose, mais la deuxième semble trouver intelligent de se hisser au même niveau. Comment, quand on se réclame des « républicains » ou du centre, peut-on se laisser aller à dire que « cette Région est dans le rouge et nous devons tous refaire » ;  comment peut-on sérieusement parler du « bilan catastrophique » de la majorité actuelle, dire que la « une Région est en panne ». Ne voit-on pas qu’ainsi on ne fait que rabaisser notre région, que mépriser ses réalisations, ses avancées et les hommes et les femmes qui y ont contribué ? Auriez-vous messieurs et mesdames si peu de projets à défendre que vous ne puissiez miser que sur le dénigrement voire l’injure ?

 

Je dis « injure » parce que c’est de ce niveau que relèvent vos attaques plus spécifiquement orientées vers les écologistes. Quand l’un nous traite « d’ayatollahs verts », l’autre nous compare au régime de « Corée du Nord », pas moins ! Et tout cela pourquoi ? Pour avoir souhaité  par exemple avoir l’avis – et seulement l’avis ! – des Comités d’Entreprises avant d’accorder des subventions publiques aux entreprises  de plus de 50 salariés ! Un peu de transparence et de concertation sur les aides aux entreprises et voilà qu’on est accusé quasiment de dictature ! Bien sûr, on pourrait vous remercier de faire savoir urbi et orbi, à travers vos critiques répétées à l’égard des écologistes, combien nous avons effectivement travaillé dans ce mandat pour engager la transition écologique dans cette région. Mais en même temps, nous croyons sérieusement que vous abaissez le débat politique en vous livrant à de telles outrances et que cela ne peut que nuire au total à la démocratie. Ne peut-on se contenter de débattre projet contre projet ? Nous pensons nécessaire que demain les politiques régionales soient encore plus écologistes qu’elles le sont aujourd’hui , vous pensez au contraire qu’il faut moins d’écologie  demain pour la région. Expliquons cela aux électeurs, argumentons mais évitons les outrances et les procès en sorcellerie : on verra bien dans les urnes quels seront les choix de nos concitoyens mais ainsi c’est la démocratie qui peut gagner.

 

Réponse aux attaques sur CAP asso ?

 

Pour finir, je voudrais revenir à une question posée par cette décision modificative et que je n’ai pas encore abordée, c’est celle de l’aéroport de Châteauroux. Une fois de plus, une campagne électorale est donc l’occasion de se servir de ce malheureux aéroport pour faire assaut de manœuvre et de démagogie. Cela va faire bientôt 40 ans que je suis arrivé dans l’Indre et depuis j’ai toujours vu la droite, et aussi parfois la gauche, promettre monts et merveilles sur ce « formidable atout de développement » que constituerait cet aéroport.

Après le départ des Américains, puis le traumatisme de la fermeture de la SNIAS, on a fait miroiter aux yeux des citoyens nombre de projets qui se sont peu ou prou tous révélés des mirages ensuite. Qui se souvient encore de ce président de la CCI qui annonçait la création imminente de 5 000 emplois, grâce à l’installation d’un hub aéronautique ? Qui se souvient du formidable développement du fret qui devait découler de l’allongement de la piste à 3 500 m lorsque le Conseil général a pris la responsabilité de l’aéroport ? Qui se souvient des milliers d’emplois que devaient amener les Chinois en utilisant l’aéroport ? Cela ne fait rien : à chaque fois on y a droit ! Ce n’est pas pour rien que l’association de lutte contre les nuisances provoquées par les vols d’entrainement au-dessus de Châteauroux, lorsqu’elle fut fondée en 1989 avait choisi de s’appeler l’ARNAC…

C’est aussi pourquoi nous n’avons pas approuvé la demande de la Région de prendre la responsabilité de l’aéroport lorsque la loi Raffarin l’a permis. Nous avons pourtant toujours dit aussi que s’il était possible de développer quelque chose de sérieux sur cet aéroport, c’était assurément la maintenance. Depuis que la Région a repris la gestion, il y a eu des progrès, modestes mais réels, dans ce domaine et aujourd’hui pratiquement tous les hangars disponibles sont utilisés par des entreprises de maintenance.  C’est pourquoi nous avons examiné avec prudence, mais sans a priori négatif, le projet de construction d’un grand hangar destiné à accueillir plus d’avions, de plus grande taille et donc susceptible de créer quelques dizaines d’emplois qualifiés.

A l’étape où en était ce projet en juin dernier, considérant qu’il y avait encore quelques incertitudes, nous nous étions abstenus prudemment en CP, précisant cependant qu’il s’agissait d’une « abstention positive » et que nous étions prêts à la transformer en vote positif dès que les incertitudes seraient levées. C’est ce qui parut se passer à la fin de l’été avec un plan de financement intégrant y compris un investisseur privé fort connu localement. Mais, patatras, quelques semaines plus tard le même investisseur privé, promoteur immobilier par ailleurs très lié à tous les grands projets urbains de la municipalité de Châteauroux, très présent aussi au sein de la CCI, cet investisseur annonça que non, finalement, il ne croyait plus au projet. Que s’est-il passé ? Comment expliquer un tel revirement en quelques semaines à peine ? Il y a malheureusement tout lieu de croire que la droite castelroussine, en lien direct avec messieurs Vigier et Peltier, a décidé de faire capoter le projet, disons le clairement, pour de simples et basses questions électorales : quand on veut à tout prix démontrer que l’aéroport est mal géré, que la Région ne fait rien… n’est-il pas plus simple de faire capoter un projet qui risquerait de démontrer le contraire ? Ces méthodes sont indignes !

Ce que les écologistes connaissent de l’investisseur nous conduit à beaucoup de vigilance. En effet, celui-ci a été plusieurs fois condamné, au moins pour des délits environnementaux. Quelle considération avoir pour quelqu’un qui affirmait en juin dernier, en tant que président de la FFB du département « on ne relève pas un pays en freinant l’investissement » et réclamait des responsables des collectivités locales qu’ils « débloquent leurs commandes » quand lui-même agit 3 mois plus tard pour qu’un gros projet d’investissement porté par la Région ne se réalise pas ?

 

Nous, écologistes, continuons à avoir des interrogations mais nous n’acceptons pas cette politique qui consiste à tenter de couler pour de simple raisons électoralistes les projets des autres. Ceux qui ont été capables de dépenser déjà une bonne quinzaine de millions d’euros sur le fumeux projet d’Ozans, d’y stériliser des centaines d’hectares de terres cultivables, sans y créer pour autant pour l’instant un seul emploi durable, sont-ils vraiment qualifiés pour parler de « projet blanc » pour ce hangar sur l’aéroport ? Pour l’instant, ce que François Bonneau propose, c’est de donner à la Région les moyens le construire elle-même si et seulement s’il est avéré d’ici la fin de l’année qu’une entreprise s’engage bien à le louer pour plusieurs années à des niveaux de loyer permettant de rembourser les emprunts consentis par la Région. Peut-on être contre ? Nous examinerons de nouveau en CP de novembre les modalités concrètes de cette opération et c’est sur cette base que nous émettrons un vote  mais, à l’étape où nous en sommes aujourd’hui, ce que nous voulions faire c’était essentiellement dénoncer les manœuvres peu reluisantes de la droite et de certains milieux patronaux.

Je comptais m’en tenir là concernant l’aéroport de Châteauroux quand j’ai découvert hier soir des déclarations du président de l’aéroport que je ne peux qualifier que de dérisoires. Il s’agit cette fois de l’activité de transport de passagers. Comment peut-on encore faire rêver les gens à la multiplication des lignes aériennes que ce soit au départ de Tours ou de Châteauroux ? Si le cas de Châteauroux-Ajaccio est très particulier puisqu’il ne s’agit pas d’une ligne low-cost et que cela ne coûte donc pratiquement rien aux contribuables, il en va tout autrement de la nouvelle ligne Châteauroux-Nice  mise en place cet été. J’avais annoncé à partir des chiffres alors à ma disposition que chaque voyageur coûterait 70 € au contribuable : en réalité, à partir du bilan cette fois, on peut affirmer qu’avec un taux de remplissage de 63 % de ces petits avions,  le coût réel aura été de 150 € par voyageur !  Et c’est sur la base de cette grande réussite qu’on fait miroiter demain des vols pour Rome, Palma de Majorque, Londres, Lyon… A quel prix pour les finances publiques ? Si cela doit être à 150 € la place il faudra peut-être demain choisir de financer les voyages aux Baléares plutôt que les TER ou que les transports scolaires…  Et puis on croit rêver quand tout cela se passe à quelques jours de la COP 21 et que 2015 va se révéler une année encore plus chaude que les précédentes : est-ce bien le moment de faire feu de tout bois pour développer le transport le plus émetteur, et de loin,  de gaz à effet de serre ?

 

Voilà, mesdames et messieurs, où nous en sommes. D’un côté une majorité régionale qui continue à travailler sérieusement dans l’intérêt de nos concitoyens et de l’autre, une campagne électorale qui fait ressortir tous les vieux démons de la politique : caricatures, outrances, manœuvres, promesses inconsidérées… Et pendant ce temps-là, les crises écologiques et sociales s’approfondissent.

 

Charles Fournier et ses colistiers ont choisi eux une autre voie : ils co-construisent avec des citoyens engagés des projets d’avenir, des projets pour rendre nos territoires plus résilients, plus capables d’affronter les immenses défis qui sont devant nous. Je peux vous assurer que cela passionne beaucoup plus les gens, à commencer par les plus jeunes, que tous les petits jeux politiciens. Je ne dis pas pour autant que c’est la voie de la facilité  mais je suis sûr par contre que c’est la seule qui vaille à long terme.