Portrait Jean Delavergne

Budget primitif pour l’exercice 2015

Intervention de Jean Delavergne

 

Mesdames, Messieurs, bonne nouvelle ! Il paraît que tout le monde aujourd’hui est écologiste ! Et de fait, qui, aujourd’hui, par exemple sur les bancs de cette assemblée,  n’a pas compris que l’action mal orientée des hommes risque de remettre gravement en cause les conditions de vie sur la planète ? Qui n’a pas compris au moins que le réchauffement et plus largement le dérèglement climatique posent déjà et vont poser de plus en plus des problèmes graves avec même le risque que la machine climatique mondiale s’emballe à moyen terme ?

Aujourd’hui tout le monde sait cela. Pour tout responsable politique… responsable… la question devrait donc logiquement être celle de savoir comment faire face à un  tel défi.

Les solutions existent : elles ont été maintes fois répétées dans les instances internationales comme au niveau européen ou national. Il suffit par exemple de reprendre les travaux menés lors du Grenelle de l’environnement sous Sarkozy ou a l’occasion des Conférences Environnementales sous Hollande pour avoir les feuilles de routes de la transition énergétique et plus largement écologique.

Donc résumons : tout le monde ou presque a compris les enjeux et les solutions sont connues. Alors pourquoi seulement des demi-mesures,des quarts de mesure, des atermoiements sans fin, des reculs permanents ?

La  justification avancée, c’est « la crise », les difficultés économiques et sociales… Cet argument rabâché à satiété, ad nauseam, est pitoyable. Comment peut-on justifier de sacrifier l’avenir, le long terme aux difficultés du présent ? Mais surtout faut-il être aveugle et borné pour ne pas voir que c’est justement en prenant à bras le corps les questions de la transition écologique et énergétique que l’on  peut aussi avancer sur les questions économiques et sociales.

Pourtant, beaucoup aujourd’hui font référence dans leurs discours à l’économie verte, à la « croissance verte » voire au « Green Business »… Mais rares sont ceux qui vont au bout de la logique : s’agit-il oui ou non d’un des deux ou trois enjeux majeurs, voire de l’enjeu principal de notre époque ? Est-on prêt a traiter la question de la transition écologique comme  comme on l’a fait par exemple pour la reconstruction juste après la deuxième guerre mondiale ?  Doit-on, oui ou non, y consacrer des investissements aussi massifs et réajuster l’ensemble des autres politiques pour qu’elles concoururent à cet objectif prioritaire ?

Malheureusement on en est loin. On ne prend que quelques mesures cosmétiques en faveur de la transition tout en perpétuant les vieilles recettes et les schémas éculés. Pour finir, on justifie l’inaction par le dogme libéral de la diminution à tout prix des dépenses publiques. Alors même qu’au FMI on a bien compris qu’en période de déflation les politiques d’austérité ne peuvent qu’alimenter le cercle vicieux des destructions d’activités et d’emplois et  qu’elles empêchent dans le même temps d’enclencher sérieusement la transition écologique.

Une telle gabegie ne pourra pas se prolonger indéfiniment et nous sommes persuadés pour notre part que les peuples et en particulier la jeunesse du monde ne laisseront pas les gouvernements continuer sur la voie du déni et du « après-moi-le-déluge ». L’année 2015 va être une année de mobilisations croissantes dans la perspective de la conférence climat qui se tiendra dans un an à Paris.

 

C’est dans cette situation très perturbée que la Région est amenée à construire son budget 2015, tiraillée entre la volonté de faire nettement plus pour répondre aux enjeux de la période et la contrainte de  baisse sans précèdent des dotations d’Etat. Nous avons plaidé en interne et lors du débat d’orientation budgétaire pour que nous cherchions à nous dégager autant que faire se peut de ces contraintes financières.

Disons tout de suite que nous avons en partie été entendus. La Région Centre est sans doute une des seules collectivités capables dans la période de présenter un budget en expansion et des investissements en hausse de 5 M€ à 17 M€ (selon qu’on compte ou non les fonds européens) et qui plus est sans contracter de manière trop exagérée les dépenses de fonctionnement. Tout un chacun sait comment ces résultats ont été obtenus : augmentation des fonds européens utilisables par la Région, économies réalisées par la politique d’achats, économies réalisées sur les frais financiers grâce a la politique très active de renégociation de la dette… Mais il a fallu aussi oser lever un tabou et accepter que, dans la période, la Région Centre puisse augmenter l’emprunt pour répondre aux enjeux de demain.

Ce budget est donc du point de vue des écologistes un bon compromis. Dans les lycées par exemple, il permet de maintenir et d’accélérer  les travaux en faveur de l’efficacité énergétique  (les fameux 15 M€ par an) mais en plus de conduire une première tranche d’installation de panneaux photovoltaïques dans 29 établissements. Le budget global d’investissement dans les lycées augmente de 3,5 M€.

Dans le même temps, même si nous avons cherché à diminuer toutes les dépenses qui pouvaient l’être sans que cela nuise à l’essentiel, le maintien d’un haut niveau d’investissement ne s’est pas fait, comme trop souvent dans d’autres collectivités, au détriment des dépenses de fonctionnement. Pour les écologistes, c’est une erreur profonde de les opposer systématiquement : d’abord les limites entre les unes et les autres sont parfois très arbitraires, ensuite beaucoup de  dépenses de fonctionnement jouent un rôle très structurant et garantissent le maintien d’un haut niveau de services sur les territoires. Nous sommes fiers par exemple de pouvoir maintenir en 2015 les moyens de la culture, ceux des Cap Asso ou encore ceux d’ID en campagne. Nous sommes fiers aussi de pouvoir affirmer une progression des moyens consacrés à la protection de l’environnement que ce soit en investissement ou en fonctionnement.

 

Alors pourquoi est-ce que je parle cependant de compromis ? Parce que ces décisions inscrites dans le budget, tout en prenant sérieusement en compte les orientations que nous avons proposées, sont pour autant encore sensiblement éloignées de ce qui serait pleinement satisfaisant d’un point de vue écologique.

D’abord on l’a dit parce que nous devons subir la politique d’austérité imposée par le gouvernement. Mais même dans le cadre contraint qui nous est imposé, nous estimons que nous pourrions faire mieux. Parce que comme nous l’avons dit depuis le début de ce mandat, nous pensons possible de remettre en cause certaines dépenses soutenant plutôt des projets antiécologiques comme l’acharnement thérapeutique sur les aéroports régionaux, le soutien à des opérations de manipulation comme l’Open Agri Food ou encore les millions d’euros des études destinées à entretenir le mythe archaïque d’un TGV mort-né.

Nous vous proposerons donc des amendements pour réaffecter ces financements vers des projets beaucoup plus utiles, que ce soit dans le domaine culturel, des transports, de la biodiversité ou de l’aménagement du territoire. Mais nous vous proposerons aussi, comme l’a souhaité le CESER, de profiter de la bonne santé financière de la Région et des très bas taux d’intérêt pour à la fois développer très sérieusement  notre contribution a la transition énergétique et soutenir du même coup plus massivement l’activité économique du bâtiment.

 

Ainsi le groupe écologiste, pour cette dernière année de mandat, continue à assumer pleinement ses responsabilités en contribuant à l’adoption d’un budget positif pour notre région et dans le même temps par une série d’amendements, veut esquisser ce que pourrait être une gestion pleinement écologique de la Région Centre.