Comment échapper aux perturbateurs endocriniens ?

Intervention d’Estelle Cochard

Monsieur le Président, chers collègues, comment allez-vous ?

J’espère que vous allez bien, que vous et vos proches ont pu être épargnés par la pandémie de Covid-19 et nous nous sommes tous ou nous sentons tous vulnérables. Cette maladie a agi comme un révélateur, un catalyseur de notre vulnérabilité de façon générale.

Nous ne pouvons nier l’impact négatif des perturbateurs endocriniens sur notre santé. C’est la capacité de notre espèce à se reproduire qui est affectée. C’est le développement de l’infertilité chez les femmes comme chez les hommes qui se développe. Le recours en augmentation aux FIV (Fécondation In Vitroà en est une des conséquences. Ainsi voit-on s’inscrire dans les structures petites enfances de plus en plus d’enfants jumeaux, triplés, issus de cette fécondation artificielle.

On ne peut ignorer à quel prix de la vie conjugale, voire familiale, cela se fait. A quel prix de souffrances psychologiques et physiques cela s’obtient, ou pas… Que dire des pubertés de plus en plus précoces chez les petites filles ? Que dire des cancers de la prostate de plus en plus fréquents ? Que dire des cancers du sein qui ne cessent de se développer et touchant de plus en plus de femmes jeunes ?

J’ai fait le bilan de la question en m’en tenant à mon entourage proche. Elles ont ou avaient de 30 à 65 ans. Fabienne, décédée, Christiane, décédée, Marie-Luce, en rémission, une autre Fabienne, en rémission, Valérie, en rémission, Caro, en traitement, Christine en traitement, l’amie du fils de Christine, 30 ans et en traitement. Quel tribut encore les femmes devront-elles payer pour que cela cesse ?

Que dire de l’utilisation de perturbateurs endocriniens dans les médicaments que nous ingérons, dans les produits cosmétiques pour nous faire une beauté fatale, pour oindre la peau de nos bébés, de nos enfants ?

Que dire de ces ustensiles de cuisine en « revêtement antiadhésif » que nous avons tous dans nos cuisines contenant des molécules à ce point toxiques surtout quand elles sont chauffées et qui ont coûté en Virginie Occidentale la malformation à leur naissance des bébés des ouvrières travaillant sur les chaines de fabrication. Ces molécules ne peuvent quasi pas être métabolisées c’est à dire être évacuées par notre organisme, elles ne peuvent que s’additionner, elles sont présentes aussi dans la majorité des objets que nous utilisons au quotidien. Aujourd’hui, 99% des habitants de la planète présentent des traces de cette molécule dans le sang.

Que dire de ces pesticides que nous retrouvons dans l’eau que nous buvons, dans notre alimentation ?

Que dire de ces enfants nés sans bras dans le Morbihan, affaire rendue publique en 2018 ? Cette liste est loin d’être exhaustive.

Comment échapper aujourd’hui aux perturbateurs endocriniens présents partout dans notre quotidien. L’exemple symbolique des tests menés par les pisseurs de glyphosate attestent de la généralisation du phénomène. Il y a un peu plus d’un an, nous vous avions fait le vœu de créer notre propre panel d’élus régionaux pour avancer dans la connaissance et soutenir ces initiatives : vœu rejeté.

Comme je le disais au début de mon propos, chacun d’entre nous sent confusément qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Et l’impression de malaise s’installe durablement, insidieusement.

Oui, il est grand temps d’amorcer là aussi le changement. Nous avons collectivement besoin de connaître nos niveaux d’exposition pour savoir comment agir.

Chers collègues, le groupe écologiste vous remercie d’avoir voté unanimement en 2017 sa proposition de lancer une étude régionale sur l’impact des perturbateurs endocriniens. Les premiers développements nous en sont présentés aujourd’hui : la Charte d’engagements régionale de lutte contre les perturbateurs endocriniens, la poursuite des travaux de sensibilisation des habitants de la région, la mise en œuvre des premières actions et l’engagement dans l’élaboration d’un plan interne pour que notre collectivité soit exemplaire. Je l’avoue, c’est un objet de fierté.

Nous tenons aussi à saluer l’implication de notre collègue Alix Téry-Verbe pour que cette étude avance. Je dédie cette intervention à mes amies vivantes ou à la mémoire de celles qui ne sont plus de ce monde.