Débat d’actualité (dans le cadre de l’examen de la DM2 du budget 2019)

Intervention de Charles Fournier

Monsieur le président, chers collègues,

Je vois un signe d’espoir, Monsieur Peltier, puisque lors des précédentes sessions vous parliez peu d’écologie, si ce n’est pas pour dénoncer la moitié de la planète, les autres territoires, comme étant les seuls responsables sur cette question.

Sur la laïcité, la loi de 1905 pose deux principes fondamentaux : la liberté de culte et la neutralité de la puissance publique dans les affaires religieuses, c’est ça la laïcité dans son essence. Son essence, c’est aussi la paix entre tout le monde, c’est un instrument au service de notre capacité à vivre ensemble, et pas l’exacerbation des différences quelles qu’elles soient, ni des invectives dans un hémicycle régional, ni d’autres tentatives d’inscrire ce sujet comme étant un sujet de séparation… Je crois au contraire que c’est un sujet qui doit nous rassembler.

Pour le contexte de cette DM2, il y a peu de chose à dire, c’est une DM d’ajustement, c’est une DM de bonne gestion puisque nous pouvons réduire notre emprunt. C’est une DM qui arrive à la fin de l’exercice. D’ailleurs le groupe de la droite et du centre a proposé deux amendements, c’est assez étonnant pour une fin d’année : comme si nous avions le temps, en 2 mois, de mettre en œuvre une politique, de nouvelles décisions… Ce serait un exercice très compliqué !

Cette session se déroule dans un contexte climatique d’urgence absolue et il est urgent d’arrêter avec cette idée d’écologie punitive, car c’est l’absence d’écologie qui est une punition. C’est parce que nous n’en avons pas fait qu’aujourd’hui nous avons tant de difficultés sociales, puisque tout cela est intimement lié. Qui sont les victimes de l’absence de considération écologique ? Ce sont les personnes les plus vulnérables. Qui vit dans des logements mal isolés ? Ce sont les plus vulnérables. Qui a besoin d’une voiture pour se déplacer de plus en plus loin pour travailler ou trouver du travail ? Ce sont les plus vulnérables. Qui n’a pas accès à une alimentation de qualité ? Ce sont les plus vulnérables. Et donc écologie et social, c’est le même sujet. Arrêtons de séparer sans arrêt ces questions-là. Le mouvement des Gilets jaunes et toutes les mobilisations citoyennes nous disent ça aujourd’hui. Ils ne nous disent pas : « arrêtez le matraquage fiscal ! », ils disent : « nous voulons de la justice et nous voulons aussi participer ! ». Personne ne dit qu’il n’a pas envie de contribuer à l’effort, au contraire ! Ne les poussons pas dans cette idée que toutes les responsabilités seraient ailleurs. Je crois que c’est une affaire de dignité, et qu’écologie et social, ce sont des sujets totalement liés.

Je pourrais vous donner tous les exemples du dérèglement climatique et des incidences extrêmement graves pour notre vie de tous les jours : pour nos concitoyens, particulièrement les plus vulnérables. Je pourrais vous parler de sècheresse : nous sommes encore dedans. On pourrait se dire que, maintenant qu’il pleut un peu, nous en sommes sortis. Mais nous sommes dans une situation de stress hydrique que nous n’avons jamais connu jusqu’à maintenant : nous avons des arbres qui meurent par manque d’eau dans notre région, peut-être faut-il insister pour prendre des mesures ? Nous avons la rivière de l’Indre qui a baissé de 60 cm en un week-end avec un risque de disparition d’une nappe phréatique. Nous avons des incidences sur le vin, ici peut-être ça peut nous mettre d’accord ? Par exemple le Cabernet franc : il était récolté en octobre, et maintenant en été ! Ça change tellement d’éléments ! Et nous ne pouvons pas faire de simples ajustements, il faut des transformations extrêmement profondes.

Dans le contexte de notre session, il y a des enjeux dont nous allons parler dans nos orientations budgétaires. Enjeu majeur : les mobilités, au moment du débat sur la Loi d’Orientation sur les Mobilités (LOM) qui apporte des avancées intéressantes sur les mobilités vélo, par exemple, sur les mobilités durables. Mais qui envisage un avenir sans moyens parce qu’aujourd’hui il n’y a aucune propositions pour accompagner les transformations qui nous sont faites. Et nous sommes en attente de réponses sur des lignes du quotidien. La Région s’est positionnée en 2018 pour dire qu’elle financerait 50 % et aujourd’hui nous n’avons toujours pas d’éléments pour savoir comment nous allons maintenir ces lignes. Quand on parle d’écologie, quand on parle de la vie de tous les jours, c’est à ça qu’on doit apporter des réponses concrètes, immédiates et urgentes.

Nous allons engager dans le même temps l’élaboration d’un Contrat de Plan Etat-Région (CPER) avec des conditions assez particulières : il faut aller très vite, les mobilités sont absentes et on ne sait pas si elles seront prises en considération. Un Contrat de Plan qui va dessiner la structure de notre capacité à intervenir mais pour lequel aujourd’hui nous n’avons pas d’éléments, pas d’enveloppe, pas de périmètre qui nous permette de discuter sérieusement !

Nous allons le voir avec nos orientations budgétaires, nous sommes au moment où il faudrait faire beaucoup plus : selon le GIEC, 50 à 70 % des leviers de réponse à la transition écologique et aux enjeux du climat se passent dans les territoires. Il faut donner aux territoires les moyens de leur ambition et surtout les moyens de répondre aux préoccupations de nos concitoyens.

Cette session sera donc placée sous cette angle-là pour le groupe écologiste. Et nous ne faisons pas de différence entre la question écologique et la question sociale. Je crois qu’il est même gênant pour nos concitoyens de leur laisser entendre que, parce qu’ils seraient en situation de pauvreté, ils ne pourraient pas agir sur cette question. Ils ont envie d’agir sur cette question. Donc soyons tous collectivement en mesure de les mobiliser sur ce sujet tellement déterminant pour notre avenir. Des chercheurs français parlent d’une augmentation moyenne de 7 degrés, le GIEC parle de 4 degrés. Quatre degrés, c’est le vivant qui est en jeu !