Débit de la Loire : une crise peut en cacher une autre

La crise du coronavirus est une crise écologique, au sens où elle résulte très probablement de la pression de l’homme sur les écosystèmes, mais aussi parce qu’elle met en danger le vivant et ici en l’occurrence l’humain. Si la sidération devant les conséquences qu’elle entraîne l’emporte et si toutes les préoccupations sont centrées sur la gestion de cette crise, cela ne doit pour autant ni masquer d’autres crises, ni faire oublier le caractère systémique de ces crises. Et la baisse temporaire des émissions de gaz à effet de serre liée à l’arrêt d’une bonne part des activités humaines n’a pas fait disparaître les risques causés par le dérèglement climatique. 

S’il le fallait, les immenses bancs de sable visibles sur la Loire en ce mois d’avril nous le rappellent très concrètement.

Le groupe écologiste au Conseil régional Centre-Val de Loire est préoccupé par la situation de la Loire, dont le débit observé à Orléans le 20 avril 2020 était encore plus bas qu’il ne l’était le 20 avril 2019 (80 m3 contre 106 l’an dernier). Chacun se souvient pourtant du fait qu’au cours de l’année 2019, la Loire – comme d’autres cours d’eau de notre région, en particulier le Cher – a connu des niveaux exceptionnellement bas, ce qui a nécessité un soutien d’étiage historiquement fort : depuis leur mise en service il y a plus de 35 ans, jamais les barrages de Villerest et Naussac, en amont, n’avaient à ce point été mis à contribution pour soutenir le fleuve.

Nous sortons d’un hiver relativement pluvieux, qui a permis de recharger beaucoup des nappes souterraines. En revanche, le Massif central, qui est en quelque sorte notre « château d’eau », est toujours en déficit pluviométrique. Cette situation est alarmante, tant pour le fleuve que pour les questions qui lui sont liées, comme le refroidissement des centrales nucléaires.

En 2050, selon les scénarios, les débits moyens annuels des cours d’eau en France diminueront de 10 à 40 % et les pluies comme les sécheresses seront nettement plus fréquentes et violentes. Au-delà de la nécessité de limiter cette tendance lourde en cherchant à réduire l’augmentation des températures, il devient également impératif de changer profondément la gestion de l’eau, sans quoi nous nous exposerons à ne plus pouvoir approvisionner les populations et les territoires. Rappelons que déjà l’été dernier, il a fallu que la Métropole de Tours envoie de l’eau potable à Vouvray et Vernou-sur-Brenne.

La réalité nous oblige à construire une nouvelle politique de sobriété et à restaurer les milieux aquatiques et les capacités d’infiltration des sols pour qu’ils nous aident à ralentir le cycle de l’eau. La priorité doit être de réduire la consommation, et ce pour tous les usages. L’eau de qualité étant amenée à être de plus en plus limitée, nous devons collectivement progresser pour en faire une meilleure utilisation. Il ne s’agit pas simplement de la partager, mais de réduire nos consommations dans toutes les activités. Aujourd’hui, l’irrigation (en particulier celle du maïs en été) contribue très fortement à la diminution de la ressource en eau des bassins versants. Et pourtant, 86 % de la politique de l’eau et de la biodiversité est financée par la facture d’eau potable et repose donc en majeure partie sur les consommateurs. Cette injustice ne peut plus durer.

Par conséquent, le groupe écologiste au Conseil régional Centre-Val de Loire demande au Préfet de Région de réunir dès à présent une réunion de crise, comme cela a été le cas à chaque situation critique et notamment en 2019, pour anticiper les prises de décisions nécessaires.

N’ajoutons pas un autre malheur à celui que nous subissons aujourd’hui et agissons au plus vite !

Les élus du groupe écologiste au Conseil régional Centre-Val de Loire