Déconfinement de la chasse : les écologistes défendent un égal accès à la nature

Depuis quelques semaines, nous sommes à nouveau confinés pour concilier économie et santé publique. Tous nos déplacements doivent être justifiés : nous pouvons simplement aller travailler (pour celles et ceux qui y sont autorisés ou obligés), accompagner les enfants à l’école, faire des courses de première nécessité ou encore nous accorder une heure de détente par jour dans un périmètre d’un kilomètre autour du domicile.

Se promener et exercer une activité de nature le temps de cette pause offre un répit physique et psychologique essentiel. Cette limitation à une heure et un kilomètre apparaît d’ailleurs disproportionnée et contraire à l’objectif poursuivi de protéger la santé : elle conduit à ce que de très nombreuses personnes soient privées de toute possibilité d’exercer une activité physique et génère des regroupements au sein d’espaces publics de taille insuffisante pour garantir le respect des gestes barrières.

C’est dans ce contexte que les six préfectures de la région Centre-Val de Loire ont accordé une dérogation autorisant la chasse des sangliers, des cerfs, des daims, des chevreuils et des « petits nuisibles » (corneille noire, corbeau freux, ragondin, rat, …) « pour des raisons d’intérêt général ». Il s’agit officiellement d’« éviter un accroissement des dégâts faits aux cultures, aux forêts et aux biens par une prolifération des populations de grand gibier ».

Ce faisant, c’est la chasse qu’on a déconfinée ! Car malheureusement il y a fort à parier qu’il y aura très peu de contrôles en pleine campagne ou en pleine forêt, alors que le gouvernement a réduit les moyens de l’Office Français de la Biodiversité (OFB), chargé de la gestion cynégétique : on se souvient du cadeau fait par Emmanuel Macron aux fédérations de chasse, consistant à ramener le prix du permis de de 400 à 200 euros, engendrant ainsi une perte de recettes de 21 millions par an pour l’OFB.

Il est incontestable que le grand gibier (cervidés, sangliers) et le petit gibier (lièvres, faisans, pigeons, blaireaux, …) sont en augmentation depuis des décennies. Alors que la France comptait à peine quelques dizaines de milliers de sangliers dans les années 1960, ils dépassent le million depuis les années 2000. Mais il y a des explications à ce phénomène : la réduction des habitats naturels par l’urbanisation, la dégradation du milieu naturel par l’agriculture intensive, l’extension de la culture du maïs dont les sangliers raffolent, la disparition des prédateurs naturels, le développement de l’élevage et de l’agrainage destinés à la chasse sont autant de facteurs qui créent un déséquilibre et une pression faunistique importante. Et c’est cette surpopulation problématique qui légitime aujourd’hui le déconfinement de la chasse.

Si la France compte un peu plus d’un million de chasseurs, elle compte aussi plusieurs dizaines de millions de promeneurs. Depuis l’an 2000, plus de 3 000 accidents de chasse, dont 400 mortels, ont été recensés. En ces temps de réduction de nos libertés, le moment de détente auquel chacun a droit ne saurait être préempté par une partie de la population. Cela constituerait pour la grande majorité de nos concitoyens une inégalité manifeste qui ne manquerait pas de produire des tensions supplémentaires. Nous maintenons que la seule façon d’apaiser les rapports tendus entre les différents utilisateurs de la nature passe par l’équité et l’égalité d’accès.

Le groupe écologiste au Conseil régional Centre-Val de Loire demande donc au gouvernement :

  • d’abroger la limite « 1 heure/1 kilomètre » et d’adopter les mesures propres à assurer un égal accès à l’ensemble de nos concitoyens aux espaces naturels aménagés et non-aménagés, en conformité avec le principe de nécessité et de proportionnalité,
  • d’interdire l’élevage d’animaux pour la chasse, l’agrainage et toute autre mise à disposition de nourriture dont l’objet est d’augmenter le gibier pour justifier ensuite de le chasser « pour des raisons d’intérêt général »,
  • de privilégier, le temps du confinement, les mesures des protections des cultures alternatives à la chasse pour limiter les dégâts économiques subis par les agriculteurs (essentiellement les maïsiculteurs et les céréaliers),
  • de donner les moyens humains et financiers à l’OFB pour assurer ces missions à la hauteur des enjeux.

Charles Fournier, porte-parole du groupe écologiste

Benoît Faucheux, président du groupe écologiste

Michelle Rivet, vice-présidente de la Région déléguée à la biodiversité et au développement rural