Déplacements : nouvelle gamme tarifaire « Rémi », mobilités en milieu rural

 

Intervention de Charles  Fournier

Un rapport qui arrive dans le contexte toujours particulier des mobilisations de nos concitoyens, en particulier celle des gilets jaunes. Il arrive aussi au moment ou continue de s’exprimer des attentes fortes quant à la possibilité de disposer de moyens convenables pour exister, d’une qualité de vie qui ne peut être au rendez-vous sans répondre tout à la fois à une aspiration à réinventer la proximité et en même temps rendre possible les mobilités choisies. Cet enjeu est tout autant celui des micro-mobilités pour aller chez le médecin, chez le boulanger…que de mobilités plus pendulaires et plus éloignées pour aller au travail ou rejoindre des pôles de centralité. Et chacun le sait, ces questions se posent également dans un moment particulier de l’histoire de l’humanité et de la planète, moment dans lequel l’impératif climatique et environnemental a pris une telle ampleur, que nos marges de manœuvres sont beaucoup plus contraintes, notre temps davantage compté et la nécessité de nous adapter déjà si urgente. ; Le rapport qui nous est soumis porter deux sujets qui cherchent à répondre à ces enjeux et sociaux et environnementaux, intimement lié :

• la mobilisation de la Région en faveur de la mobilité dans les territoires ruraux

• l’adoption d’une nouvelle gamme tarifaire sur le réseau Rémi

1 – Mobilisation de la Région en faveur de la mobilité dans les territoires ruraux

1-A La voiture est un des principaux enjeux de la transition écologique et nous devons en avoir conscience. Le groupe écologiste se réjouit du fait que notre Région, comme elle l’a déjà montré en décembre lors de l’adoption du budget et du projet de SRADDET, souhaite faciliter la mobilité de celles et ceux pour qui, ni les lignes ferroviaires, ni les lignes routières régulières, n’offrent actuellement d’alternative satisfaisante à la voiture et plus précisément à l’usage individuel de la voiture.

L’actualité et notamment l’origine du mouvement des « gilets jaunes » rappelle qu’il y a urgence à engager réellement la transition de la mobilité. Cette transition doit d’abord se traduire par le soutien à l’émergence, à l’attractivité et à la pérennité d’alternatives au tout pétrole et à la voiture individuelle.

Il ne s’agit absolument pas de donner de leçon à ceux qui utilisent la voiture tous les matins et tous les soirs pour aller travailler. Simplement nous sommes en 2019, et comme nous le verrons tout à l’heure en évoquant la la transition énergétique, le défi est énorme nous devons réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre (GES) tout en limitant notre dépendance aux ressources fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel), sur lesquelles notre mode de vie et notre économie reposent depuis deux siècles. Avec une dépendance quasi-totale au pétrole et une hausse continue du besoin de mobilité, le secteur des transports et des déplacements représente un risque à court terme pour l’économie et pour la société dans son ensemble. L’organisation mondialisée des échanges et la réduction des temps de parcours ont provoqué un éclatement géographique des familles, un allongement des distances domicile-travail et une organisation logistique très complexe. En un demi-siècle, la mobilité a remplacé la proximité des biens et des services, obligeant les nombreux citoyens qui n’habitent pas des grandes agglomérations à posséder une voiture. En l’absence d’une technologie permettant de remplacer le pétrole en quantité, prix, réseau de distribution et facilité d’usage, l’urgence consiste à remettre la proximité au cœur des politiques d’aménagement du territoire pour réduire la demande de mobilité, sans perdre le confort et la qualité de vie.

1-B Soutenir des alternatives moins polluantes à l’échelle des territoires

Il faut donc soutenir les alternatives moins polluantes, plus efficaces sur certains types de déplacements, comme la mobilité douce pour les trajets urbains de moins de 3 kilomètres qui, en France, rappelons-le, composent la moitié des déplacements en voiture. Cela étant dit, il existe indiscutablement des enjeux spécifiques à la mobilité dans les territoires ruraux. Pour y répondre, il ne faut pas une baguette magique ou un chèque carburant, il faut accompagner les initiatives locales, qu’elles soient portées par des collectivités, des associations ou des acteurs privés pour offrir des solutions innovantes.

La Région n’est pas qu’une autorité organisatrice, puisque la loi NOTRe en a fait aussi le chef de file de l’intermodalité sur son territoire. Cela lui donne des responsabilités et une légitimité :

• pour faire évoluer les comportements en matière de mobilité, avec des conseils en mobilité comme on a imaginé des conseils en énergie il y a quelques années. Car il s’agit parfois pour certains de nos concitoyens, d’apprendre, de réapprendre ou tout simplement de bénéficier d’un appui pour penser et organiser sa mobilité. Toute la chaîne d’éducation et de formation peut être mise à contribution pour apporter ce conseil au plus près des territoires. le sens des médiations à inventer et auquel notre appel à initiatives pourraient répondre.

• En facilitant l’intermodalité, enjeu de taille, pour que se déplacer d’un point à un autre de notre région en utilisant de manière harmonisée plusieurs modes de déplacement devienne demain une évidence. L’enjeu sera sans nul doute de travailler sur le dernier kilomètre, en imaginant et en développant des solutions basées sur l’économie de la fonctionnalité, une offre centrée sur les usages plutôt que sur la possession des biens.

• pour impulser de nouvelles formes de mobilité partagée : o notamment pour développer le covoiturage au quotidien, sous toutes ses formes, y compris sous un angle solidaire à l’instar du système d’auto-stop organisé « Rezo Pouce », d’ores et déjà déployé par le Pays Gâtinais o mais aussi pour développer l’autopartage entre particuliers

• pour aider à l’émergence de nouveaux services adaptés à la diversité de nos territoires, en mettant à profit la mise en réseau des acteurs des territoires sur ces questions de mobilité en milieu rural au sein du réseau Oxygène. Notre groupe est bien entendu favorable aux orientations qui sont présentées aujourd’hui et les soutiendra activement.

Mais parce qu’il y a urgence, il nous semble que d’autres mesures complémentaires pourraient être envisagées pour soutenir une dynamique vertueuse et un véritable changement des pratiques. Nous pourrions par exemple encourager :

• des solutions de transports solidaires : par exemple en lançant en complément un appel à projets dédié « A Vos ID » Initiatives pour les mobilités solidaires qui pourrait soutenir la mise en place de taxis solidaires, d’un système subventionné de transport à la demande par un tiers pour les personnes en incapacités de conduire un véhicule, …

• le soutien aux modes actifs : sur le modèle de l’appel à projets « Vélo et territoires » de l’Ademe, on peut aider à la définition et à la mise en œuvre d’une politique cyclable y compris hors des grandes agglomérations. Le travail qui s’imagine avec nos lycées s’inscrit dans cette perspective que nous appelons de nos vœux.

En tout cas, il s’agirait bien de mobiliser les territoires autour de ces questions et de les accompagner. Il convient également de réfléchir à la manière d’engager les entreprises à contribuer à cet enjeu, les déplacements domicile-travail étant l’enjeu principal. L’idée de plan de déplacements inter-entreprises ou territoriaux pourraient répondre à cette enjeu.

Défendre la mobilité dans les territoires ruraux, c’est aussi défendre le train là où il existe. Certes, on n’aura pas les moyens de rouvrir ni de créer des lignes ferroviaires partout, mais là où des lignes existes, petites ou grandes, nous devons absolument les défendre :

• je pense bien sûr à la nécessité de sauvegarder les lignes « 7 à 9 », alors que le désengagement de SNCF Réseau menace à terme la pérennité des dessertes Tours-Chinon, Tours-Loches, Tours-Vendôme-Châteaudun-Paris, Chartres-Courtalain ou encore Bourges-Montluçon.

• mais je pense aussi à la nécessité de maintenir une qualité de desserte, que ce soit sur les lignes « Rémi », « Rémi Express » ou sur les lignes restées TET comme le POLT, notre groupe est d’ailleurs solidaire de l’action du comité de défense de la gare d’Argenton-sur-Creuse qui demande plus de dessertes.

• Bien sûr, il ne faut pas non plus oublier les projets de réouverture Orléans-Voves et nous sommes heureux que soit relancé des études pour la ligne Orléans-Châteauneuf qui ont pris du retard mais qui ont aussi un rôle à jouer pour améliorer la mobilité en milieu rural.

Mais nous la savons nous devrons également et sur un temps plus long, contribuer à un réaménagement du territoire, réduire les mobilités contraintes, réinventer la proximité, lutter contre les concentrations, le toujours plus loin, imaginer des solutions de développement endogène, des emplois locaux et non délocalisables…Un avenir peut s’inventer dans les campagnes sans qu’il faille aller chercher ailleurs tous les ingrédients de la qualité de vie.

2 – Une nouvelle gamme tarifaire pour le réseau multimodal Rémi

L’autre point de cette délibération, c’est la présentation d’une nouvelle gamme tarifaire pour le réseau multimodal Rémi. Ce n’est pas seulement une révision de tarif, mais aussi :

• la possibilité que nous avons désormais de fixer les prix sur les services ferroviaires, dite « liberté tarifaire »

• l’occasion d’avoir une offre régionale pour l’ensemble d’un réseau constitué non seulement des lignes ferroviaires, mais aussi des anciennes lignes de cars régionales et des anciennes lignes de cars départementales qui avait chacune leur propre fonctionnement et leur propre tarification (enjeu d’harmonisation et d’intégration)

• l’occasion aussi d’attirer les voyageurs vers les solutions de transport collectif que la Région met à leur disposition.

Notre groupe approuve et salue le choix effectué par la Région de simplifier les abonnements, dans une optique d’élargissement des publics bénéficiaires (suppression de justificatifs ou de statuts). Il s’agit de faire préférer le train comme le disait un vieux slogan de la SNCF. Il faut donner l’envie de la mobilité collective, retravailler son attractivité et à coup sûr une tarification simplifiée, lisible et accessible, est des facteurs clés. Nous approuvons aussi le choix effectué par la Région de proposer une nouvelle offre attractive en faveur des voyageurs occasionnels afin de maintenir et de regagner cette clientèle. Car nous avions aussi identifié la diminution au cours des dernières années de ces usagers occasionnels, soumis au plein tarif et dont beaucoup, notamment les jeunes, ont eu tendance à préférer Blablacar ou les cars Macron. Il y a un réel enjeu à redevenir attractif auprès de ces usagers occasionnels, car cette tendance si elle n’était pas remise en cause pourrait fragiliser le modèle économique du transport régional.

A cet égard, la création de la « Carte Rémi » et de la « Carte Rémi fréquent », sorte de déclinaison de la carte Fréquence SNCF, doivent permettre de redonner envie de prendre le train, en particulier à celles et ceux qui n’ont pas besoin de prendre le train tous les jours, mais qui pourraient le prendre plus régulièrement, voire très régulièrement. De même, le « Pass Rémi », valable pour 2 ou 3 jours jusqu’à 5 personnes, apportera une réponse concrète face au coût très important que peut représenter jusqu’à présent un déplacement en train en familles ou entre amis, coût qui était dissuasif et souvent rédhibitoire. Nous approuvons d’autant plus que nous le portions dans notre projet pour la Région la proposition d’une offre plus adaptée et attractive pour les jeunes, en ne ciblant plus un statut (celui d’étudiant ou d’apprenti), mais plus globalement la classe d’âge des moins de 26 ans. Nous parlons ici d’un public proportionnellement moins motorisé, mais aussi plus sensible à la concurrence multimodale ouverte via les canaux numériques. Pour être clair, nous devons proposer des billets de trains occasionnels dont le tarif soit concurrentiel avec les tarifs proposés pour le même trajet sur Blablacar. L’enjeu n’est d’ailleurs par que financier : il est essentiel que les jeunes ne se détournent pas des transports en commun, il est essentiel qu’ils apprennent à les apprécier.

Notre groupe a aussi souhaité que la question de la solidarité soit au cœur de ce rapport sur la nouvelle gamme tarifaire :

• avec le maintien du chéquier vers l’emploi

• avec aussi la création d’une tarification spécifique pour participation à une formation professionnelle, afin de lever tous les obstacles de mobilité

• avec la concertation actuellement en cours avec les 6 Départements, afin que les publics dont ils ont la compétence (insertion, handicap,…) puissent, eux-aussi, très prochainement, bénéficier de tarifications adaptées, dans une politique pleinement cohérente. Sur ce sujet, soyons clairs : nous avons des doutes sur l’issue des discussions avec les Conseils départementaux. Mais nous ne devrons pas renoncer pour autant à mettre en place une tarification pour les plus modestes de nos concitoyens, qui ont droit aussi à la mobilité et pas uniquement pour chercher un emploi ou pour suivre une formation professionnelle.

Une autre réserve de notre groupe, et nous avons déjà eu l’occasion de le dire, c’est le billet valable une journée alors qu’il était valable une semaine jusqu’à l’an dernier et même deux mois il n’y a pas si longtemps. Cela a des conséquences négatives pour les usagers :

• l’impossibilité de se faire rembourser en cas d’annulation après J-1 : donc si on achète un aller-retour le matin et que pour une raison X ou Y on doit renoncer au retour le soir, le billet est perdu

• pire, si on achète le billet par internet plusieurs jours à l’avance, il n’est plus possible de l’annuler ni même de l’échanger. Nous entendons les arguments techniques avancés pour expliquer cette situation, mais nous ne pouvons pas nous y résoudre. Alors que nous voulons faciliter la vie des usagers, en attirer de nouveau, ce problème devra absolument être résolu et nous y serons vigilant.

Malgré cette réserve, nous soutenons ce rapport, le sens qu’il porte et son utilité tout à la fois pour améliorer la vie de nos concitoyens et pour répondre à l’impératif climatique. Nous donnons du souffle au transport ferroviaire et plus largement aux transports en communs, nous pouvons espérer regagner des parts modales, tout en permettant à chacun d’être aussi gagnant. C’est un bel exercice qui démontre qu’il est non seulement souhaitable mais aussi possible d’assumer le lien indéfectible entre enjeux sociaux et enjeux écologiques.