Portrait Charles Fournier

Développement rural

Intervention de Charles Fournier

 

Monsieur le président, chers collègues, pour les écologistes, l’adaptabilité du monde rural aux enjeux contemporains du changement climatique, de la capacité à résister aux crises et de la transformation écologique de l’économie est une priorité. Ce rapport qui fixe les grandes orientations d’investissement pour les territoires ruraux va globalement dans le bon sens.

 

Je tiens à rappeler, au-delà des axes d’intervention du Programme de Développement Rural (PDR), l’importance du volume financier attribué au programme LEADER, soit 26 M€ pour 23 projets de territoire. Ce programme LEADER renforce l’ingénierie au service du développement des territoires tout en misant sur l’innovation citoyenne. Il s’agit de donner les moyens et d’accompagner les acteurs locaux pour qu’ils se réapproprient les potentialités des territoires. Les 23 projets présentés dans ce rapport tendent tous vers l’idée d’une ruralité en mouvement, solidaire ouverte sur son environnement et sur le monde…

Cette vision de la ruralité, nous nous sommes, durant cette mandature, donné les moyens de sa mise en œuvre par une approche transversale d’abord : le logement, la culture, la gestion de l’espace agricole et naturel, l’alimentation biologique pour les lycées. Force est de constater que la politique de développement du monde rural qui a été conduite par Michelle Rivet a permis qu’émergent sur les territoires de notre région des projets innovants de valorisation des ressources locales, des dynamiques culturelles originales, de nouveaux mécanismes de solidarité entre les personnes.

 

Le couplage du dispositif « ID en Campagne » (à ce jour 106 initiatives représentant une aide régionale de 3,3 M€) et des programmes LEADER créent les conditions de cette dynamique de « réappropriation » des espaces de vie ruraux par l’émergence d’initiatives solidaires et coopératives.

 

Ces projets « ID en Campagne » ont permis d’engager une transformation des économies rurales basée sur la valorisation des ressources locales. Certains projets ont même permis de prouver que l’écologie industrielle crée de la richesse localement et de l’emploi (bien loin des clichés de l’écologie punitive !) tout en préservant l’environnement (cf. Réduire et optimiser la gestion des déchets des entreprises et collectivités sur le territoire de la Communauté de Communes de Loches Développement). D’autres ont contribué à agir concrètement sur la protection et la mise en valeur de la biodiversité comme le projet « Ferme abeille biodiversité » en Champagne Berrichonne ; d’autres encore s’inscrivent dans la solidarité en faveur de l’accès au logement pour les jeunes (projet de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de l’Indre sur le Pays de la Châtre en Berry).

 

Ces initiatives, parfois renforcées par LEADER (ex : Pithiverais et Gâtinais), jouent un rôle dans le développement de l’activité touristique local (ex : le Confortement de la démarche touristique autour de la Haute Vallée du Loir et de la Route du Blé) en favorisant le développement une offre touristique et de loisirs « Nature et Culture », à destination des familles et des jeunes. Dans cette idée d’un tourisme de nature, d’un tourisme culturel, d’un tourisme apaisé, familiale, passe par des investissements tels que les vélos-route. Leur développement sur l’ensemble de territoire apparaît comme un investissement stratégique lorsque l’on a en tête l’importance des retombées économiques de la Loire à vélo (54 millions d’euros investis, dont 24 millions de la Région, pour des retombées économiques de près de 20 millions par an) pour l’économie locale.

 

Aux côtés d’une économie touristique favorisant l’art de vivre, une économie au service de ceux qui y habitent est nécessaire (cf. pays castelroussin). Elle vise la satisfaction des besoins de nos aînés et des familles qui doivent pouvoir avoir accès à une offre de services de proximité tant pour les besoins de consommation courante, qu’en matière de puériculture ou de santé. Je rappelle que le Conseil régional via ses contrat de territoires (CRST + Bilan à mi-parcours des contrats 3G) a mis sur la table; pour l’année 2015, 21 M€ pour le service à la personne. Le renforcement et l’évolution des maisons de santé pluridiscplinaires vers plus de coopération, d’initiatives et de prévention est aussi un enjeu majeur pour demain.

 

La question énergétique participe de cette nouvelle économie rurale. Le triptyque production renouvelable, consommation locale et rénovation du bâti est non seulement source de création d’activité économique mais également d’économies (1 M€ dépensé dans la rénovation thermique et la production d’énergie renouvelable correspond à 13 emplois alors que la même somme dans le domaine du gaz et du pétrole ne créé que 3 emplois, source CIRED). A travers les orientations et incitations financières des CRST, nombre de collectivités et de bailleurs ont pu investir dans la rénovation de leur patrimoine pour le rendre moins énergivore ; et je ne parle pas du soutien apporté aux particuliers grâce au travail des Agences Locales de l’Energie et de leur réseau de partenaires.

 

On notera également les projets de pays (comme celui du pays Dunois) qui ont choisi de se concentrer sur l’accès au numérique, pour les services, l’attractivité économique et l’accueil de populations nouvelles. L’investissement en matière numérique a été important durant cette mandature. Il participe de la modernisation et de l’accessibilité aux services à la population (santé, éducation, administration..) en faisant place aux usages socialement utiles, et au travail à distance via des tiers-lieux.

 

La problématique des transports est également un axe fort. Le pays Loire Touraine en a fait une priorité. Il est essentiel de développer des alternatives à la voiture individuelle par un système de solutions adaptées aux usages quotidiens et organisées par bassin vie afin de créer les conditions de mobilité pour tous. C’est en favorisant le désenclavement que nous créerons du mouvement et un développement équilibré du territoire régional.

 

Vous l’avez compris, les 23 projets LEADER s’inscrivent pleinement dans cette marche en avant des territoires ruraux que nous souhaitons voir se mettre en place.  Les 26 millions que nous allons y consacrer sont une dépense utile pour le futur de ces territoires et nous nous en félicitons.

 

Un bémol tout de même concernant les investissements agricoles et forestiers pour améliorer la compétitivité du secteur. Ils ne répondent en rien aux problèmes auxquels sont confrontés les agriculteurs notamment la transmission des exploitations, les conditions d’installation et l’indispensable transition de l’agriculture vers un modèle moins industrialisé et plus respectueux de son milieu.

 

Critiques des autres visions de la ruralité

 

D’abord, nous ne sommes pas les chantres d’une ruralité repliée sur elle-même, une ruralité trop traditionaliste, une ruralité enfermée dans une fierté identitaire fantasmée qui oppose les habitants des villes aux habitants des campagnes ! Nous ne souhaitons pas non plus voir les économies rurales exposées aux intérêts des grands groupes qui, on l’a vu ces dernières années, se soucient plus de la rémunération de leurs actionnaires que du développement et du bien-être des territoires ruraux. La politique de développement terriorial portée par certains pays, consistant à créer ou étendre toujours plus de zones d’activité, en espérant que les groupes tiendront leur promesse d’emploi (exemple : Fenwal dans l’Indre), a vécu.

 

N’en déplaise aux apprentis sorciers de la politique, la ruralité n’est pas figée ! La ruralité, c’est une somme de forces (économique, solidaire, paysagère, patrimoniale) en équilibre. Elle a le visage de ceux qui y habitent, qui la fréquentent, qui portent la mémoire des lieux, l’art de vivre, les savoir-faire…et surtout ceux qui l’ouvrent et la mettent en mouvement ! La ruralité, c’est aussi un environnement, des paysages, un patrimoine, autant de ressources locales, non-délocalisables qu’il convient de mettre en valeur pour attirer le regard des locaux, des urbains, des touristes… c’est de la valorisation de ces ressources, et de la satisfaction des besoins locaux que pourra naître une économie relocalisée, en équilibre avec son milieu.