DM1 : aéroports

Intervention de Sabrina Hamadi

 

‌Monsieur le Président, mes chers collègues,  deux points de cette décision modificative concernent les aéroports :

  • La première, le groupe écologiste s’en réjouit : concernant l’aéroport de Châteauroux, il est proposé l’ouverture d’une autorisation de programme à hauteur de 750 000 €, sans crédit de paiement pour le moment, pour les travaux de réalisation de bassins de rétention. Il s’agit d’un dossier très important sur lequel un grand retard a été pris. Nous espérons bien voir débuter prochainement ces travaux de réalisation des bassins de rétention, destinés, rappelons-le, à protéger les captages d’eau potable de Châteauroux et Déols.
  • La seconde nous convient moins : la Région a décidé en CP de février de verser une avance remboursable de 300 000 € à l’aéroport de Tours pour « permettre le bon fonctionnement de l’aéroport malgré le retard de paiement par la CCI de sa contribution ». Chacun sait ici que nous ne sommes pas sûrs que la CCI nous remboursera et que la situation risque de se répéter les années suivantes. Cela ressemble donc à une augmentation substantielle de la contribution régionale à l’aéroport de Tours… La CCI envisageant aujourd’hui de quitter le syndicat mixte, les contributions des collectivités vont automatiquement augmenter…

L’avance remboursable ayant déjà été versée, nous ne déposerons pas d’amendement sur ce sujet. Mais il nous semble nécessaire de souligner que cela fait plusieurs années que la charge pour les collectivités devient insupportable et que la situation va en s’aggravant.

Le sujet, c’est que le modèle économique existant de cet aéroport n’est pas viable ! 70 % des passagers sont « sortants » donc  ne rapportent pas grand-chose  à notre économie malgré ce qu’on veut nous faire croire. Il faudrait 500 000 voyageurs soit 82 % de la population du département du 37 (616 327 habitants) pour juste atteindre la  rentabilité. Alors qu’aujourd’hui on a du mal à atteindre les 200 000 voyageurs.

Nous considérons que les questions du financement public et de l’avenir de l’aéroport de Tours doivent être aujourd’hui réévaluées et débattues démocratiquement. Il est nécessaire d’ouvrir, sans tarder, sans tabou, le débat sur l’opportunité de continuer à financer l’aéroport de Tours.

 

Plus globalement, il nous semble nécessaire de poser la question de la pertinence de soutenir le développement du transport aérien :

  • Nous voulons réellement répondre au défi climatique.   Or dans le seul scénario de transition énergétique qui permette d’arriver à 100 % d’énergies renouvelables en 2050, celui de négaWatt, les vols intérieurs et de courte distance sont exclus : le transport aérien doit être strictement réservé aux longs trajets pour lesquels il n’existe pas d’alternative équivalente en termes de confort. En conséquence, nous considérons que l’avion occupe une place nécessaire dans la chaîne des moyens de déplacement : il est adapté aux déplacements vers les autres continents, point. Nous sommes par conséquent convaincus de la nécessité de réduire le trafic aérien et a fortiori de ne pas favoriser sa progression, pas plus à Châteauroux qu’à Tours, ni à Châteaudun, ni à Saint-Denis-de-l’Hôtel…
  • Parce que nous voulons avoir une vision au-delà de chaque territoire. La France est l’un des pays d’Europe qui comptent le plus grand nombre d’aéroports comparé à sa population, avec un aéroport pour 358 000 habitants quand il y a un pour 2 millions au Royaume-Uni et un pour 4 millions en Allemagne. Sous prétexte de développement économique local, l’existence de nombreux petits aéroports structurellement déficitaires est financée par l’argent public.
  • Nous contestons le modèle économique sur lequel repose le développement du transport aérien. Le transport aérien bénéficie d’une exonération de taxe carbone, de l’absence de taxe sur le kérosène, d’une TVA réduite, de très fortes subventions publiques des aéroports… Ces conditions profondément inégalitaires encouragent artificiellement l’attractivité du transport aérien, notamment aux dépens du transport ferroviaire. Le siphonage d’aides publiques fait partie intégrante du business model de Ryanair (Tours), IGAvion (Châteauroux) et des compagnies aériennes low cost en général, lequel repose également sur l’optimisation fiscale grâce à la domiciliation dans des pays aux régimes fiscaux avantageux. Des aides publiques alimentent donc un système basé sur le dumping social et fiscal qui est en passe de devenir le modèle européen en matière de transport aérien. On en arrive à la situation absurde où de l’argent public est dépensé pour financer de nouvelles  dessertes aériennes qui entrent en concurrence frontale avec des relations ferroviaires directes, comme Tours-Marseille et désormais Châteauroux-Toulouse…