Pourquoi les écologistes n’ont pas voté le vœu relatif au projet de piscine d’entreposage de déchets nucléaires à Belleville proposé par François Bonneau ?

Intervention de Charles Fournier

 

Depuis le début de la production d’électricité nucléaire en France, EDF, ORANO (ex AREVA) et l’Etat savent que nous aurons à gérer pour très longtemps les déchets hautement toxiques issus de cette production. La solution imaginée il y a près de quarante ans était d’entreposer ces déchets dans « l’usine de retraitement » de La Hague, en attendant de trouver un débouché pour ces déchets. Evidemment, il n’existe pas aujourd’hui de filière permettant d’utiliser ces déchets radioactifs. La seule piste suivie par les gouvernements successifs est l’enfouissement dit « définitif » avec le projet CIGEO à Bure. Notre groupe dénonce d’ailleurs l’usage de la force et l’évacuation ce jour par la gendarmerie du Bois Lejuc ainsi que des maisons légalement occupées par les opposants à Bure.

Mais voilà, alors que l’opposition à Bure se développe, les piscines de La Hague commencent à déborder. C’est pourquoi EDF travaille désormais, très discrètement jusqu’à la semaine dernière, à un projet de «piscine d’entreposage centralisé», destinée à accueillir sur le site de Belleville-sur-Loire les assemblages de combustible usé – hautement radioactifs – provenant de ses 58 réacteurs nucléaires. Une installation qui pourrait accueillir jusqu’à 8 000 tonnes de combustible irradié.

Je voudrais insister ici sur le fait que sans la mise en lumière faite par le site Reporterre.net, ni les élus locaux, ni les habitants, ni même la Commission Locale d’Information de Belleville n’auraient été informé de ce projet ! Comme à son habitude, EDF, couvert par l’IRSN au nom de la sûreté, agit dans le plus grand secret.

Ce projet concerne en particulier un combustible, le MOX, mélange d’oxydes d’uranium et de plutonium (lui-même issu de la production nucléaire à vocation militaire), qui met dix fois plus de temps à refroidir qu’un combustible classique, d’où le besoin de vastes piscines de stockage laissant le temps au combustible de refroidir. Ne pouvant être réutilisé, l’entreposage du MOX risque bien d’être permanent.

Le groupe écologiste s’oppose donc fermement au projet de piscine d’entreposage centralisé de déchets nucléaires à la centrale de Belleville. La solution, après La Hague, après Bure, n’est pas de construire une autre poubelle radioactive nationale et de faire circuler à travers le pays des tonnes de déchets ultra-toxiques.

Le groupe écologiste soutient et s’engage au côté des habitants et des associations locales dans leur lutte contre ce projet, notamment « Sortir du Nucléaire » Berry-Giennois-Puisaye.

Le groupe écologiste appelle tous les opposants à ce projet de piscine à comprendre que ce projet n’est pas un projet isolé, mais qu’il est au contraire constitutif de la politique de production d’énergie nucléaire. On ne peut pas s’affranchir de la question du traitement des déchets. La première réponse absolument incontournable, c’est évidemment la sortie  du nucléaire. C’est le sens de la pétition que nous avons initiée il y a quelques jours sur change.org et qui a recueilli à cet instant plus de 2 000 signatures.

S’opposer à ce projet de piscine suppose donc en cohérence de demander aussi :

  • l’arrêt programmé et définitif de la production d’énergie nucléaire en France pour 2035 ;
  • l’abandon des opérations de « grand carénage » visant à prolonger les centrales nucléaires et donc leur production de déchets ;
  • l’interruption dès 2018 des projets de production et de stockage en cours prolongeant cette industrie ruineuse et mortifère, en particulier la construction de l’EPR et le projet d’enfouissement CIGEO à Bure ;
  • l’arrêt immédiat de la production du plutonium, de la fabrication et de l’utilisation du combustible MOX qui en découle ;
  • la construction, sur les sites de production, d’installations de stockage à sec en sub-surface pour les combustibles irradiés et pour les déchets de haute et moyenne activité, y compris ceux qui seront issus du démantèlement ;
  • la création d’une filière indépendante de démantèlement des installations nucléaires, sous contrôle des citoyens pour une gestion de proximité.

Par conséquent, il n’est pas possible pour le groupe écologiste de voter le vœu qui nous est proposé par le président de la Région dans sa version actuelle.