Formation : répondre aux nouveaux enjeux

Intervention de Gérard Nicaud

1-Un nouveau contexte du fait de la crise 

Une étude menée par France Stratégie identifie les profils des « nouveaux vulnérables » : ce sont les salariés, plutôt jeunes, en début de carrière, travaillant dans les domaines de la restauration/hôtellerie, de la culture et des transports, particulièrement impactés par la crise.

Bien sûr, la crise amènera aussi probablement davantage de chômeurs, plus âgés et plus qualifiés.

Dans cette situation difficile, les personnes les plus fragiles, les plus éloignées de l’emploi et les jeunes en recherche d’un avenir sont particulièrement touchés. La Région a donc le devoir de les sécuriser dans leurs parcours et trajectoires de formation, de les accompagner dans l’acquisition de nouvelles compétences, de les aider à construire leur avenir professionnel.

Mais la crise doit aussi nous amener à reconsidérer le fonctionnement de notre société, de notre économie : des métiers jusqu’ici peu valorisés ont repris tout leur sens dans un contexte où s’alimenter, se soigner, rester connectés, disposer de biens fondamentaux (énergie, eau…) sont redevenu de manière évidente des priorités.

Quant à l’objectif de relocaliser les activités économiques, objectif qui est celui des écologistes depuis des années, il semble faire consensus à présent. Encore faut-il préciser les activités qu’on veut relocaliser ! Encore faut-il qu’il s’agisse d’une relocalisation écologique, en pensant l’amont et l’aval dans une perspective de filières économiques régionales en circuits courts (production, transformation, distribution).

Cette crise, c’est aussi une raison supplémentaire de questionner notre modèle de développement, lequel est aussi à l’origine du changement climatique, de l’effondrement de la biodiversité… Cela doit accélérer un travail visant à développer à la fois les « métiers de l’environnement » et plus largement les nécessaires transformations des compétences dans tous les secteurs pour relever les défis de la transition écologique.

Dans ce contexte, le CREFOP a voulu étudier les conséquences de la crise de Covid-19 sur l’économie, l’emploi et la formation en Centre-Val de Loire, en vue de nourrir une feuille de route quadripartite sur l’emploi, la formation et l’orientation.  Le GIP Alfa Centre, à la demande du CREFOP, s’est vu confier l’animation et la coordination d’une étude collective, au long cours, dont la portée sera large : la situation économique, de l’emploi et de la formation, une identification des secteurs les plus touchés, les dispositifs d’aides aux entreprises et d’accompagnement des salariés, les évolutions des métiers et des compétences attendues et recherchées par les entreprises et les secteurs professionnels du fait de la crise, les bouleversements constatés du fait de la nouvelle organisation du travail, du recours au travail, de la qualité de vie au travail… Les résultats de ce travail et de ce diagnostic constitueront de véritables outils d’aide à la décision (futures cartes des formations, future CPRDFOP…).

2-Le Programme Régional de Formation 2021-2024

Le Programme Régional de Formation (PRF) constitue le principal outil d’intervention de la Région pour répondre aux besoins de compétences en matière de formation continue.  Les marchés de formation attribués dans ce cadre sont le socle et le pivot à partir duquel s’ancrent des interventions complémentaires, qu’elles soient portées par la Région ou par des partenaires financeurs.

Le PRF actuel (2017-2020) s’achevant bientôt, il nous appartient d’en lancer un nouveau pour la mise en œuvre d’actions de formation jusqu’à la fin de l’année 2024.

Bien entendu, ce PRF est directement articulé avec les autres démarches de la Région :

  • Le PACTE Régional d’Investissement dans les Compétences signé avec l’Etat et qui a fixé des caps forts pour la prochaine commande de formation : les actions de formation lancées dans le cadre du PRF devront concourir à l’atteinte des objectifs inscrits dans ce PACTE.
  • Mais aussi la COP régionale qui vise à répondre aux urgences climatiques et sociales. Et c’est l’occasion de saluer au nom du groupe écologiste l’évolution positive du PRF en terme de transition écologique.

Deux orientations à souligner pour montrer l’imbrication réelle qui existe entre le PRF et la COP régionale :

  • D’abord l’orientation 3 « Diversifier les formations et enrichir les contenus, en intégrant notamment une meilleure réponse aux enjeux écologiques et numériques ». La rencontre régionale qui s’est tenue le 24 septembre 2019 sur « l’impact des transitions écologiques sur les métiers et les formations » a permis d’engager un travail de fond sur le sujet avec près de 120 acteurs et partenaires. Deux axes de questionnement ont guidé les 5 ateliers participatifs organisés selon une logique sectorielle :
    • Comment mieux intégrer les transitions écologiques dans l’offre de formation initiale (carte des formations professionnelles initiales) et continue (PRF) portée par la Région ?
    • Comment accompagner la transformation des pratiques d’orientation et formation au regard des enjeux de la transition écologique ?

Inscrite dans le cadre de la COP régionale pour répondre aux urgences climatiques et sociales, la dynamique née de cette rencontre prend en 2020 la forme de deux coalitions appelées « FETE » pour Formation Emploi Transitions Ecologiques :

  • La première « FETE », interne à la Région, vise à déterminer les modes d’intégration concrets des enjeux de la transition écologique dans les politiques régionales d’orientation et de formation. Cette coalition s’est réunie dès janvier 2020. Elle a permis de formuler un premier niveau d’engagement, et relativement au PRF, de requestionner le contenu préparé par secteur pour les Parcours Métiers.
    • La seconde « FETE » pilotée par la Région, vise à mobiliser largement les acteurs de l’orientation et de la formation pour favoriser une transformation structurée, partagée et pérenne des pratiques. Elle se réunira à l’automne 2020.
  • Soulignons aussi l’orientation 5 « Répondre aux besoins de compétences des secteurs d’activité selon une pertinence environnementale et numérique à établir ». Le PRF doit être un levier pour répondre aux besoins de compétences en évolution et/ou émergentes des entreprises dans un contexte de transition écologique, énergétique et numérique. Cela passe d’abord par une offre de formation dédiée à des métiers spécifiques, « verts ou verdissants » (métiers des énergies renouvelables, de la construction bois, …). Mais les impacts de ces transitions écologiques et numériques sur les compétences ont également été étudiés pour chaque secteur d’activité, afin d’introduire des modules dédiés en lien avec le métier ciblé dans toutes les formations où cela semblait opportun. Des attendus en lien avec les transitions écologiques et numériques sont donc explicités dans la consultation pour la majeure partie des lots Parcours Métiers.

3-Deux bémols pour finir

Même si le groupe écologiste va voter favorablement sur ce rapport, nous avons deux bémols :

  • C’est sans doute lié au confinement et c’est donc quelque part compréhensible, mais ce n’est pas très satisfaisant d’un point de vue démocratique que l’appel d’offres ait été lancé avant le passage en session.
  • L’évolution dans le bon sens du PRF en matière de transition écologique, sur laquelle je viens d’insister, ne se ressent pas toujours concrètement dans les dispositifs, et particulièrement dans les opérations « DEFI ». Il y a des exemples de DEFI intéressants, mais d’autres malheureusement ne font qu’entretenir le « monde d’avant », par exemple quand il s’agit d’entretenir des greens de golf…