Pour que les futurs lycées soient des lycées du futur

Intervention de Benoît Faucheux

Monsieur le Président, chers collègues, construire deux lycées dans les cinq ans à venir, c’est une ambition importante. Comme cela a été rappelé, il ne s’agit pas du tout de l’improviser – ce n’est d’ailleurs pas ainsi que le sujet est traité –, mais nous avons le temps de l’anticiper correctement. Il me semble que c’est le bon moment pour nous interroger justement sur ce que nous attendons du lycée du futur et que nous dessinions, à travers cela, à la fois les bâtiments, la gestion et le type d’éducation que nous voulons promouvoir dans notre région. Je me permets de proposer quelques pistes à l’assemblée.

La première est que ce lycée pourrait être compatible avec une trajectoire qui nous permette d’être à 100 % énergies renouvelables en 2050. C’est à travers la qualité du bâtiment, son efficacité énergétique ainsi que le développement des énergies renouvelables que cela peut se faire. Il existe une technique de construction tout à fait intéressante et adaptée au territoire du Loiret, où la forêt voisine les céréales, donc la paille : il s’agit de la construction bois-paille que je trouve assez extraordinaire et assez connectée au territoire. Nous n’en sommes pas à établir les choix de construction mais, en disant cela, je souhaite que nous ayons un projet le plus ambitieux possible sur les questions d’énergie et d’écomatériaux et que nous étudiions le coût du projet en regardant l’investissement et le fonctionnement sur une durée de trente à quarante ans. Quand on fait cela, en général, on arrive à montrer que la
rentabilité des écobâtiments est très importante.

La deuxième piste sur laquelle nous pouvons travailler concerne la nature et la biodiversité, ainsi que la manière dont celle-ci peut être intégrée dans le bâtiment avec des idées très simples, comme des nichoirs pour les oiseaux placés de telle manière à leur permettre de nicher sur le bâtiment. Certaines espèces ont besoin de bâtiments et ont de moins en moins d’endroits pour nicher. Est également importante la façon dont on gère les espaces verts et les espaces de nature ; ils peuvent être à la fois des endroits refuges pour la biodiversité et intéressants pour la détente et la qualité de vie des étudiants et du personnel. Parallèlement, un lycée génère des déchets.

C’est l’occasion, dans la conception et dans le moment où l’on imagine le fonctionnement du lycée, de s’interroger sur la manière de l’organiser pour qu’il génère le minimum de déchets et que ceux-ci puissent être triés et utilisés le plus possible. Par exemple, lorsque l’on essaie de récupérer les manières organiques dans les lycées, certaines cuisines sont mal conçues et il est compliqué de mettre des bacs pour les récupérer. Lorsque l’on concevra ce lycée, j’imagine que l’on pensera à tout cela pour que l’ergonomie et la qualité au travail, ainsi que la récupération des déchets soient facilitées.

Le lycée du futur utilise au maximum les possibilités du numérique. Dans l’éducation d’aujourd’hui et de demain, c’est extrêmement important. Le numérique est à la fois une chance, une opportunité, des techniques nouvelles et une empreinte écologique, avec des questions sanitaires qui peuvent arriver. L’empreinte écologique se joue dans le choix du matériel. Pour la question sanitaire, je pense essentiellement à une bonne conception qui peut faire en sorte de ne pas avoir besoin du wifi ou qu’il soit limité à des endroits très précis parce qu’une bonne connectique sera déjà installée et cela coûtera moins cher. C’est l’occasion de bien penser à tout cela.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, le lycée représente avant tout des  lycéens, des enseignants et du personnel qui y travaillent. Savoir la manière dont ce lycée sera géré et dont il sera inscrit dans les principes de la démocratie permanente ou de la démocratie participative me semble assez intéressante. En ne pensant pas seulement aux murs mais aussi à la façon dont ce sera géré, nous préparerons les citoyens de demain. Dans notre société, je suis persuadé que pour prévenir les abus de position dominante pouvant exister dans certaines organisations et pour avoir une approche collective forte nous permettant de relever les défis, il faut jouer au maximum sur les dynamiques collectives d’équipe et de travail et c’est tout petit que l’on apprend cela. Au lycée, on peut déjà apprendre à réaliser du travail de groupe, à être en équipe et à prendre des décisions ensemble à la fois dans la pédagogie et dans la façon dont le lycée est géré.

Je pense que nous pourrions d’ailleurs proposer à l’Éducation Nationale d’en faire un lycée un peu innovant et expérimental de la démocratie permanente dans notre région.