Information métiers -orientation

Cette délibération sur l’orientation fait suite à l’adoption en 2018 de la loi intitulée « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » qui a largement modifié la répartition des compétences entre l’Etat et les Régions en matière d’information sur l’orientation. Il revient désormais à la Région « d’organiser des actions d’information sur les métiers et les formations, d’élaborer et de diffuser la documentation correspondante, en direction des élèves et de leurs familles, ainsi que des étudiants et des apprentis, notamment dans les établissements scolaires et universitaires ».

La mise en œuvre opérationnelle doit avoir lieu dès la prochaine rentrée scolaire et nous disposons enfin, depuis le 28 mai dernier, d’un cadre national de référence qui définit les conditions dans lesquelles l’Etat et les Régions exerceront leurs missions respectives dans le domaine de l’information et l’orientation à destination des scolaires, des étudiants et des apprentis.

I-RETOUR SUR LA LOI « POUR LA LIBERTE DE CHOISIR SON AVENIR PROFESSIONNEL »

Aujourd’hui il est question précisément d’orientation. Mais il faut se rappeler  qu’elle s’inscrit dans un mouvement plus global, avec une loi que la ministre Muriel PENICAUD a qualifiée elle-même de  « prolongement des ordonnances réformant le code du travail ». Force est de constater que le « big bang » qui nous était promis par Emmanuel MACRON est d’abord un nouveau pas de franchi vers le libéralisme, décidément bien ancré au cœur du « nouveau monde ». Parallèlement, l’étau jacobin à l’œuvre depuis le début du quinquennat se resserre à nouveau avec la remise en cause d’une des compétences historiques des Régions : la formation. C’est un retour en arrière sur le mouvement de décentralisation.

Sous prétexte de « redynamiser l’emploi par la promotion de l’apprentissage et de la formation professionnelle », le Gouvernement a d’abord engagé une réforme à visée centralisatrice. Si nous partagions l’objectif affiché de redynamisation, nous avons été bien plus interrogatifs sur les mesures proposées concrètement :

  • Pourquoi opter pour une explosion de ce qui a fonctionné au lieu de perfectionner le modèle en place ?
  • Pourquoi déposséder les Régions de compétences qu’elles ont pilotées avec efficacité, dans l’intérêt des jeunes, de l’équilibre des territoires et des métiers ?
  • En matière d’assurance-chômage, pourquoi pénaliser les demandeurs d’emploi plutôt que d’améliorer leur accompagnement ?

Les transitions, qu’elles soient écologique, numérique ou sociale, se conjuguent inévitablement avec les transitions professionnelles. Pour relever les défis sociétaux qui s’imposent à nous, nous devons faire le pari de la capacité de tous à agir. Vouloir une nation entreprenante et apprenante ne se décrète pas, ni ne se décide d’en haut. Cela se construit ensemble et partout.

Les écologistes se battent pour que notre appareil de formation donne à chacune et chacun le pouvoir d’être acteur des transitions en cours, en préparant par exemple aux nouveaux métiers et compétences utiles en matière énergétique, numérique, pour le génie écologique, l’écologie industrielle ou bien encore l’économie circulaire.

Depuis de nombreuses années, nous avons œuvré pour que les Régions portent un véritable service public de la formation tout au long de la vie, en s’appuyant sur leurs compétences en matière de formation professionnelle initiale, d’apprentissage et de formation continue. Notre Région contribue aujourd’hui à l’égalité des droits à la formation, tout comme elle agit pour l’égalité d’accès à l’offre dans les territoires.

Les Régions ont été renforcées dans leurs compétences par la loi NOTRe et la réforme de 2014. Ces lois à peine mises en œuvre, sans aucun effort de bilan, et contre l’avis de la très grande majorité des acteurs des territoires, le Gouvernement fait le choix d’une véritable rupture dans la construction de ce service public de la formation tout au long de la vie accessible à toutes et tous. Contrairement à ce que clame la ministre, les bouleversements proposés n’offriront pas une plus grande liberté de choisir son avenir professionnel, mais augmenteront les inégalités et renverront à chaque personne la responsabilité de sa propre employabilité.

II-DE NOUVELLES MISSIONS POUR LA REGION EN MATIERE D’ORIENTATION : ELABORER L’INFORMATION ET LA DIFFUSER

Cela étant dit, bien que ce texte de loi n’ait pas correspondu aux vœux de notre majorité  régionale, loin s’en faut, il comporte quelques évolutions intéressantes sur la répartition des rôles entre Région et Etat.

Actant le fait que la mission d’orienter les publics n’est aujourd’hui pas satisfaisante en France, le législateur confie une mission très importante aux Régions dont il convient de se saisir avec l’objectif ambitieux de restaurer l’image de ce service public en améliorant de manière significative la qualité de l’offre de service.

Dorénavant, la Région aura en charge l’organisation des actions d’information sur les métiers et les formations aux niveaux régional, national et européen ainsi que sur la mixité des métiers et l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes en direction des élèves et de leurs familles, des apprentis ainsi que des étudiants, notamment dans les établissements scolaires et universitaires.

Les actions réalisées dans ces établissements devront être organisées en coordination avec les psychologues de l’Éducation nationale et les enseignants volontaires et formés à cet effet.

L’État continuera de définir, au niveau national, la politique d’orientation des élèves et des étudiants dans les établissements où il mettra en œuvre cette politique avec l’appui des CIO et des CUIO. L’Etat délivrera à cet effet, non seulement l’information nécessaire sur toutes les voies de formation, mais aussi l’accompagnement utile aux élèves, étudiants ou apprentis pour trouver leur voie de formation.

Chaque Région devra, avec le concours de l’ONISEP, élaborer la documentation de portée régionale sur les enseignements et les professions et, en lien avec les services de l’Etat, diffuser cette information et la mettre à disposition des établissements de l’enseignement scolaire et supérieur.

Concernant l’information sur les formations et les métiers par les CIO, la Région proposera, sur la base du  volontariat, aux personnels exerçant des fonctions se rapportant à l’information des élèves sur les métiers et les formations au sein d’un service académique ou d’un établissement, de rejoindre les services du Conseil régional.

Il est très regrettable que l’Etat n’ait pas proposé un cadre clair pour le transfert de moyens, cela aurait permis aux régions de mieux travailler et aurait sécurisé les agents de l’Etat qui interviennent sur ce champ.

III-UNE AGENCE REGIONALE QUI PILOTERA ET FEDERERA LES ENERGIES ET LES ACTEURS

La Région Centre-Val de Loire dispose avec le GIP Alfa Centre d’un CARIF-OREF déjà outillé :

  • sur l’observation économique et en capacité d’être chef de projet sur des produits innovants (ex de CLEOR),
  • sur l’information concernant l’offre de formation initiale et continue et les acteurs de l’orientation dans les territoires,
  • sur l’accompagnement des acteurs : GPECT, illettrisme, actions de professionnalisation…

Il était donc raisonnable de partir du GIP Alfa Centre pour le faire évoluer en agence régionale de l’orientation, de la formation et de l’emploi.

IV-UNE AMBITION A CO-CONSTRUIRE

L’ambition qui doit nous animer, c’est un double mouvement, qui doit permettre de :

  • passer d’une orientation trop souvent subie à une orientation choisie, pour tous et tout au long de la vie.
  • Accompagner les transitions écologiques et économiques, par l’information sur les formations

Que ce soit donc pour les salariés en situation précaire, licenciés ou craignant de l’être, ou pour les jeunes et adultes demandeurs d’emploi à la recherche d’une qualification ou d’un emploi, il faut un service public d’orientation tout au long de la vie, accessible de manière inconditionnelle, pratiquant un accueil bienveillant et capable ensuite, soit d’accompagner chacune et chacun dans son parcours, soit de passer le relais à ceux qui ont les compétences spécifiques pour effectuer cet accompagnement.

Les parcours de vie sont désormais plus segmentés : on change de secteurs d’activité beaucoup plus fréquemment, on alterne les activités qu’elles soient professionnelles ou non, on explore plus longtemps les différentes opportunités qui s’offrent à nous, et la précarité contraint aussi à changer de voie et à réfléchir à de nouveaux horizons.

Certains souhaitent qu’on oriente les demandeurs d’emplois ou les jeunes en décrochage vers les « métiers en tension », ces emplois qui ne trouveraient pas preneurs. Ce ne peut pas être la seule façon de traiter la question. Il faut renoncer à concevoir l’orientation professionnelle comme une gare de triage. Qui peut croire que tous les problèmes seront résolus quand les demandeurs d’emploi seront – enfin ! – « bien orientés » vers les emplois vacants dans les « métiers en tension » ? Outre que le nombre d’emplois vacants est infiniment moins grand que celui des chômeurs, ceux-là mêmes qui, la main sur le cœur, s’insurgent que les emplois vacants dans l’industrie ne soient pas pourvus « automatiquement » par des chômeurs, ne voudraient bien souvent, ni pour eux-mêmes, ni pour leurs proches et leurs enfants, « bénéficier » d’un tel traitement…

L’objectif est donc d’accompagner chacun dans son parcours, en offrant la possibilité de construire ses choix, s’il le faut en expérimentant : s’orienter plutôt que d’être orienté. S’orienter suppose une recherche et des rencontres. Cela requiert de découvrir des métiers… et pas seulement à travers des fiches techniques, des référentiels de compétences ou même des clips vidéo. Il faut que les métiers s’incarnent pour, non seulement en avoir une représentation précise, mais surtout en saisir le projet, en comprendre le sens : car c’est la découverte de ce qui « anime » un métier qui permet d’envisager de s’y investir, de décider de s’y engager.

Et les transitions écologiques et économiques percutent très fortement les différents secteurs professionnels, créant de nouveaux métiers, ou demandant de développer de nouvelles compétences au sein des métiers existants. Pour mieux mettre cette agence au service des transitions écologiques, économiques et professionnelles, la région met en place un groupe de travail piloté par Cathy Munsch, VP à l’Education, Isabelle Gaudron, VP à la formation professionnelle, et Charles Fournier, VP à la transition écologique.

CONCLUSION

Bien entendu, le groupe écologiste approuve la partie délibérative de ce rapport, par laquelle notre Région :

  • demande à l’Etat une clarification à très court terme sur les moyens alloués pour mettre en œuvre dans les meilleures conditions la compétences « Information Métiers »,
  • prend acte du cadre national de référence,
  • autorise le Président à engager les négociations avec la Rectrice pour décliner la convention régionale,
  • autorise la mise en œuvre de l’expérimentation relative à la mise à disposition des personnels de l’Education nationale.

Benoît Faucheux