Portrait Jean Delavergne

Innovation et économie circulaire

Intervention de Jean Delavergne

 

 

Je voudrais d’abord rappeler à mon tour le succès de l’appel à projets « Innovation » lancé l’an dernier et la satisfaction que nous avions eu de voir qu’au moins sur le volet « coopératif » de cet appel à projets, près de la moitié des projets soutenus étaient en relation de près ou de loin avec la conversion écologique de l’économie.

 

A l’heure où, au niveau national, certains tentent d’opposer le « principe de précaution » fort heureusement inscrit dans la Constitution et un soi-disant « principe d’Innovation », cette expérience de la Région Centre montre au contraire que l’innovation peut apporter une contribution importante pour la transition écologique de l’économie.

 

Précisons cependant : si l’exigence de précaution est bien d’ordre éthique et est absolument une nécessité de notre époque, tant pour les générations présentes que pour les générations futures, l’innovation n’est pas de cet ordre éthique. Nous avons progressivement appris au cours du XXème siècle qu’il n’y avait pas nécessairement d’équivalence ou de relation mécanique entre innovations techniques et progrès humain. Pour ne pas être trop long, je me contenterai de dire que le tournant dans la conscience universelle sur cette question a sans doute été Hiroshima mais bien d’autres catastrophes depuis ont confirmé la nécessité pour les hommes et les femmes de ne pas considérer l’innovation technologique comme une religion. La capacité humaine de progresser à pas de géants dans la technologie est quelque chose de formidable, mais poussé parfois par la seule recherche du profit à court terme, il s’est avéré trop souvent que la capacité morale à maîtriser ces évolutions technologiques n’avançaient pas aussi vite.

 

 

C’est le problème que nous avons tenté de poser hier soir avec notre vœu appelant à plus de vigilance vis a vis de la généralisation des nanoparticules dans notre environnement et nous avons malheureusement pu vérifier que, contrairement à ce qu’on entend souvent, tous les partis sont loin d’avoir intégré les logiciels écologistes. 

 

Mais revenons au dossier : nous approuvons donc pleinement le renouvellement en 2014 d’un appel à projets « Innovation » et ce d’autant plus que le champ couvert par cet appel à projets a été élargi en direction des innovations sociales et que l’appel à projets ne concerne plus seulement les PME mais également les structures de l’économie sociale et solidaire (ESS).

 

Nous nous réjouissons de voir la Région affirmer que l’innovation ne se résume pas à l’innovation technologique même si bien sûr cette dernière doit continuer à jouer un rôle essentiel. Comme nous nous réjouissons également de voir reconnue la contribution des associations et plus largement de toutes les structures d’ESS à l’innovation.

 

Mais la nouveauté qui marquera cette région c’est l’apparition de la notion d’économie circulaire dans nos politiques régionales, et plus seulement dans nos discours. Comme le dit très clairement le cahier des charges de l’appel à projets « innovation », il s’agit pour la Région Centre de « franchir une nouvelle étape vers la transition écologique de l’économie ».

 

La Région s’est en effet engagée en particulier depuis le début de ce mandat dans un ensemble de programmes pour soutenir l’économie verte : Prévéo, rénovation thermique des lycées, … Il s’agissait jusqu’ici essentiellement de promouvoir l’efficacité énergétique – favorisant ainsi surtout un développement durable  du secteur du  bâtiment – ainsi que le développement des énergies renouvelables. Mais comme nous l’avons expliqué dans cette enceinte depuis plusieurs mois, la question de la transition écologique de l’économie est bien plus large que la seule question de l’économie verte.

 

L’humanité est et va être de plus en plus confrontée à un problème de finitude des ressources naturelles. Il n’y a pas que le pétrole ou l’uranium qui soient en quantité limitée sur notre planète et nous allons de plus en plus être confrontes a la rareté des matières premières utilisées dans les proces industriels.

 

Aujourd’hui, le moindre téléphone portable renferme environ quarante substances minérales, en allant du calcaire broyé en charge de plastique, aux métaux les plus rares. La nouvelle donne énergétique est également très consommatrice de matières minérales. En cent ans, la diversification de la gamme de matières premières indispensables au fonctionnement d’une économie moderne est extraordinaire, de même que l’intensification massive de l‘utilisation de ressources minérales per capita. Entre 1919 et 2012, la population du monde a été multipliée par 4,5 alors que le tonnage de matières premières (en tout cas un échantillon des 14 plus courantes) utilisées est 20 fois plus important. L’intensité per capita a été multipliée par cinq. La consommation de cuivre augmente de 3 % par an. Pour des terres rares, la hausse atteint 10 % par an. 

 

A l’échelle internationale, cette pénurie prévisible de matières premières est déjà et risque d’être de plus en plus demain facteur de  tensions. D’ores et déjà on sait bien que certains conflits armés par exemple en Afrique, mais pas seulement, ont en arrière plan la volonté des grandes puissances de mettre la main sur des réservoirs de ressources naturelles.

 

Face à des demandes toujours croissantes et des ressources limitées les marchés par delà leurs mouvements spéculatifs de yoyo traduisent  nécessairement cette situation sur le moyen terme par une  tendance à l’augmentation du cours des matières premières.

 

Face à cette perspective de rareté, il n’y aura pas d’autre alternative que de mettre fin au gaspillage sans limite réalisé par l’économie linéaire depuis la révolution industrielle.  On appelle économie linéaire celle qui consiste a transformer des matières premières issues du milieu naturel en produisant dans le procès industriel puis au stade de la consommation une grande quantité de déchets.

 

Avec l’économie circulaire au contraire il s’agit de tendre vers le « zéro déchet » en recherchant systématiquement à ce que les « déchets » ou plutôt les sous-produits d’une entreprise puissent devenir les matières premières d’une autre activité. Mais pour que de tels échanges soient possibles, et pour que les économies de matières premières soient effectifs,  il faut également agir en amont par l’écoconception des produits, par l’analyse systématique du cycle de vie mais aussi par la lutte contre l’obsolescence programmée.