Introduction de Charles Fournier

Ce premier sujet entre forcément en résonance avec l’actualité sociale, la réforme des retraites. La mobilisation contre le projet de réforme fait adhésion auprès de la population. Un baromètre Harris Interactive a montré que presque 7 Français sur 10 soutiennent ce mouvement.

Les écologistes s’inscrivent dans un objectif de progrès social et cette réforme s’en éloigne fortement. L’axe principal de cette réforme résume son ambition, à savoir un recul insidieux de l’âge de départ avec une retraite correcte, c’est-à-dire sans décote. Avec le système à points, seuls ceux qui s’en sortent le mieux pourront partir plus tôt (ou à l’âge légal). En cela, on peut parler d’injustice sociale.

Pour le reste, quelques illustrations de l’iniquité de cette réforme :

  • Une réforme des retraites qui ne tient pas compte du risque la crise écologique sur l’humanité : Il y a quelque chose de perturbant dans ce débat sur la réforme des retraites. On projette une réforme avec comme horizon 2050, en se basant sur une croissance située entre 1 et 1,5% reposant essentiellement sur des énergies fossiles, sur toujours plus d’exportations, sur une trajectoire économique linéaire, sans crises, ni effondrements ! Pour les écologistes, il s’agit d’un impensé. Sans changement de paradigme économique, sans remise en cause de la croissance, sans acter la fins de l’exploitation des fossiles, sans transition des consommations, il est impossible de parler de réforme réaliste.
  • Le système à point précarise : Avec un système par points, la pension sera calculée sur l’ensemble de la carrière et non sur les meilleures années, ce qui sera nettement moins favorable, et pénalisera encore plus les salariés les plus précaires, en particulier les femmes. Crise économique ou financière, effondrements de systèmes affectant des pans entiers de l’économie : rien ne protège la valeur du point dans un monde de plus en plus incertain.
  • Cette réforme revient à accepter les nouveaux visages de la précarité, sans prendre en compte la pénibilité : en ne remettant nullement en question le temps partiel imposé, l’ubérisation de l’emploi ou la précarisation des parcours professionnels. Les femmes se voient retirer les 8 trimestres par enfant dont elles bénéficiaient jusque-là. Pire, cette réforme ne tient pas compte les 6 années de différence de vie qui existent entre un cadre et un ouvrier…
  • Une réforme néolibérale poussée notamment par les banques et les assurances privées : Médiapart a révélé la très grande proximité du pouvoir avec les gestionnaires d’actifs, en particulier BlackRock, mastodonte financier extrêmement influent, qui fait non seulement un lobbying important pour détricoter le système de répartition actuel mais lorgne sur l’épargne des retraités pour l’investir dans des placements financiers ultra-spéculatifs, sans oublier que leur siège se situe dans des paradis fiscaux. En somme, l’argent des retraites, au lieu d’alimenter un système solidaire, partirait pour la spéculation ou l’investissement des projets bien souvent mauvais pour la planète.
  • On pourrait résumer l’esprit de cette réforme selon une expression connue « Travailler plus pour ne pas gagner moins  ! ».  Pour nous tout cela n’est pas acceptable.
  • Derrière cette mobilisation face à la réforme des retraites, on peut dire que c’est plus largement notre pacte social qui vacille. Crise des gilets jaunes, des hôpitaux, des professeurs, des étudiants, sans oublier les marches pour le climat : jamais un gouvernement n’avait autant mobilisé contre lui. La fameuse « méthode » n’est pas bonne : trop verticale, trop centralisatrice, trop étatiste.

Il y a un autre sujet d’inquiétude qui nous relie au sujet de la formation : l’incertitude concernant l’apprentissage. Nous y reviendront plus tard au cours de cette session, mais je voudrais simplement évoquer le toupet de la ministre, qui semble s’approprier les bons résultats des politiques liées à l’apprentissage dans les Régions, alors que sa réforme va être mise en oeuvre le 1er janvier 2020 ! On marche un peu sur la tête, d’autant que concrètement les effets de la réforme se caractérisent, entre autres, par une fragilisation d’une grande partie des CFA au profit des grandes branches qui s’approprient donc ses lieux de formation. Il y a également des doutes vis-à-vis d’établissements qui verraient le jour, accolés à des entreprises et dont la Région n’aurait ni connaissance, ni droit de regard sur les formations proposées. J’y vois là un risque.

Toujours dans l’actualité : la COP 25, qui n’a pas vu d’avancées significatives, montrant ainsi des Etats impuissants, égoïstes. La COP 25 s’est terminée sur un échec, une incapacité à avancer, et à entrer dans le concret, en décalage avec l’appel constant des jeunes, des scientifiques, mais aussi des gouvernements eux-mêmes – dans leurs discours au moins – à agir face à l’urgence climatique. C’est à désespérer d’irresponsabilité et d’inconséquence… Cela témoigne du décalage abyssal entre la réalité de l’effondrement climatique et la capacité à changer, entre les gouvernants et la société civile consciente de l’impasse climatique et qui réclame un changement radical, à la hauteur du défi.

Et pendant ce temps le dérèglement climatique s’accentue. Ces dernières semaines, le sud de la France a été touché à plusieurs reprises par des inondations et des évènements climatiques brutaux (chutes de neige brutale et massive dans la Drôme). L’hémisphère sud de la planète est touché par une sècheresse exceptionnelle (les chutes Victoria à sec au Zimbabwe, les gigantesques incendies en Australie, menaçant Sydney, en sont les illustrations les plus marquantes).