La transition énergétique crée des emplois

Intervention de Sabrina Hamadi

 

Monsieur le Président, mes chers collègues,

Permettez-moi de revenir rapidement sur la question de l’effet sur l’emploi de la transition énergétique.

Du fait du niveau historiquement élevé du taux de chômage dans notre pays, la politique énergétique est, à tort ou à raison, jugée en partie en fonction de son impact sur l’emploi.

Comme toute politique sectorielle, une politique énergétique crée nécessairement des emplois dans certaines activités et en détruit dans d’autres.

Pour calculer cet effet net, on ne peut se contenter de comparer les ratios « nombre d’emplois par énergie produite » de différentes options, car les options techniques et organisationnelles les plus coûteuses (ma collègue Alix Tery-Verbe vient de parler de 100 milliards d’euros pour faire survivre les vieilles installations nucléaires) créent typiquement plus d’emplois dans leur filière, mais leur surcoût sera forcément payé par des agents économiques qui réduiront en contrepartie d’autres dépenses, d’où une baisse de l’activité et un effet « induit » négatif sur l’emploi en général.

Une étude du CIRED- CNRS a calculé l’effet net sur l’emploi de la mise en œuvre d’un scénario de transition énergétique vers un système 100% énergies renouvelable (type scénario ADEME ou scénario négawatt) en comparaison avec un scénario tendanciel sans ambitions et sans sortie du nucléaire.

Pour ces 2 options de scénario, La méthode retenue pour calculer l’effet sur l’emploi de chaque scénario consiste à calculer le coût des principales options techniques et organisationnelles retenues, à ventiler ces coûts entre les 118 branches de l’économie française et à multiplier ces coûts par le contenu en emploi de chaque branche. Le contenu en emploi est estimé par une analyse input-output, ce qui permet de comptabiliser les emplois générés par la production de l’ensemble des consommations intermédiaires.

La mise en œuvre du scénario de transition énergétique 100% énergies renouvelables aboutirait à un effet positif sur l’emploi, de l’ordre de +240 000 emplois équivalent temps-plein en 2020 et 630 000 en 2030, tels que rappelé dans le rapport de session de ce jour.

Ces résultats prennent en compte les hypothèses sur les prix de l’énergie importée, l’évolution de la productivité du travail, la répartition du coût entre ménages et administrations publiques, et enfin l’arbitrage consommation-épargne. Dans tous les cas, l’effet sur l’emploi reste largement positif dans tous les cas.

Parmi les activités créatrices d’emplois, la première est, et les écologistes le répètent depuis déjà plusieurs années, la rénovation thermique des logements, ce qui s’explique par l’ampleur du programme de rénovation et par le contenu en emploi élevé de la branche bâtiments (environ 16 ETP par million d’euros dépensés). Les énergies renouvelables représentent le second gisement avec environ 14 ETP par million d’euros dépensés), suivies des modes de transports en développement : les transports en commun, le ferroviaire et le fluvial. Enfin, un certain nombre d’emplois serait créé dans la sensibilisation et l’accès à l’information.

Les activités où le niveau d’emploi serait plus faible se retrouvent dans les secteurs des énergies non renouvelables (pétrole, gaz, nucléaire), le secteur du transport par les routes (fret routier, infrastructures routières, secteur automobile) sauf transport en commun, et le transport aérien. Néanmoins, ces pertes d’emplois restent inférieures aux créations d’emplois car les secteurs où les emplois seraient réduis sont des secteurs moins intenses en emplois que les secteurs où les emplois seraient créés.

Par ailleurs, les économies que réalisent les ménages sur leurs factures énergétiques sont autant de pouvoir d’achat qui augmente les dépenses de consommation dans tous les autres secteurs de l’économie et qui sont également créateurs d’emplois.

C’est pourquoi nous réaffirmons que cette question de la transition énergétique doit être une thématique forte abordée dans le cadre des Etats Généraux du développement économique et de l’emploi qui se tiendront au printemps et dans le futur SRDEII de notre Région.

Je vous remercie.