L’agriculture en transition

Intervention de Christelle de Crémiers

Le changement climatique était censé se produire pour la génération suivante, ça ne devait pas être aussi rapide. Ca ne devait pas déjà avoir commencé. On comprend l’effort qui doit être fait quand on a les pieds dans l’eau pour écoper le bateau. Mais écoper n’a jamais rendu la cale sèche. C’est un peu la situation dans laquelle nous sommes avec ce programme d’accompagnement. Il ne s’agit pas de sécheresses 2018 ou 2019, ce sont les expressions de dérèglements climatiques qui sont à l’œuvre, et dont la progression, dans les versions les plus optimistes, sont aujourd’hui de plus de trois degrés de réchauffement en 2100, c’est la version la plus optimiste, mais elle ne permet quand même plus d’envisager la continuité du vivant. Nous sommes déjà en 2019 à 1,5 degré d’augmentation par rapport à l’ère pré-industrielle.

Au-delà des mesures d’accompagnement pour des cultures de prairies d’origine africaine, qui demeurent une réponse conjoncturelle, c’est une véritable mutation de l’agriculture et de l’alimentation qu’il faut opérer. Ce n’est plus l’heure de la transition car nous avons trop tardé. L’érosion de la biodiversité constitue une véritable extinction d’espèces vivantes auxquelles il a fallu des millions d’années pour apparaître. Vous le savez, nous l’avons déjà dit ici, l’énergie nécessaire pour des méthodes intensives de production agricoles en mono culture pèse pour 20% des émissions carbone, et ce poids double si l’on rattache au secteur de l’agriculture les émissions carbone issues de la production des engrais minéraux et des pesticides utilisés.

La Région Centre Val de Loire, tant l’Etat ou l’Europe ne jouent pas leur rôle, malgré un verdissement de la PAC 2020, se retrouve face à l’exigence d’amorcer plusieurs mutations. La première, c’est le passage en Haute Valeur Environnementale de niveau 3 ou Agriculture Bio à l’horizon de 2030. Notre Région est dernière ex aequo en production et dernière de très loin en transformation Bio. On ne peut pas ne pas voir cette réalité, à force de rester en arrière, tandis que les autres régions françaises ont commencé le mouvement. A quand un Plan Bio en Centre Val de Loire ? ne soyons pas dupes, il n’y aura pas de plan de conversion Bio sans volonté politique.

La deuxième, c’est la relocalisation de l’alimentation à travers les Projets Alimentaires de Territoire. En moins de deux ans, je tiens à saluer les 9 territoires de la Région, pleinement engagés dans une démarche de relocalisation, les 23 territoires qui depuis 2018 sont en pleine mobilisation et la vingtaine de territoires qui y pensent sérieusement. Le 27 novembre dernier, lors de la réunion de l’Instance Régionale de l’Alimentation qui pilote cette politique sous l’égide de l’Etat et de la Région, plusieurs Maires et présidents d’EPCI ont témoigné des avancements de leur changement de modèle de production et de consommation. Je me permets de citer la ComCom Touraine Est Vallée qui a mesuré la contribution de son agriculture aux émissions carbone de son territoire à seulement 9%. La relocalisation est un changement systémique, c’est un changement de posture. Ce n’est plus la croissance de la production qui est poursuivie, mais plutôt  l’équilibre du bassin de vie avec l’environnement. Ce sont des mesures structurelles qui exigent de porter un nouveau regard sur notre rapport à la nature.