Le numérique doit être un progrès et non un asservissement

Intervention de Sabrina Hamadi

La révolution numérique nous transforme, dans nos façons de nous déplacer, de produire, d’apprendre, dans nos rapports sociaux ou encore dans l’élaboration des politiques publiques.
Si on a tendance à assimiler transition numérique et transition écologique, ces deux propositions ne vont pas forcément de pair. L’une est dépendante des progrès technologiques quand l’autre repose sur le changement en profondeur de notre système, l’une reste un outil (même s’il touche la quasi-totalité des pans de notre société) alors que l’autre représente une pensée, un chemin d’avenir.

Il est impératif que les technologies du numérique soient contrôlées et que leurs développements soient au service de la société dans son ensemble ainsi que des valeurs qui la régissent, c’est à dire la démocratie, la solidarité et l’écologie pour ne citer que les plus fondamentales. Si un progrès technologique ne répond pas à ses principes, alors il n’est tout simplement pas souhaitable.
La concentration du pouvoir, l’opacité des traitements de l’information, les inégalités provoquées (ceux qui possèdent l’information et les autres), le caractère énergivore de la virtualisation des données… Tout cela représente des dangers qu’il serait irresponsable de nier.
Mettre le numérique au service de la transition écologique est du devoir de tous les acteurs, privés comme publics. Ils ont, nous avons cette responsabilité de travailler ensemble pour que ces outils numériques géniaux et performants soit réellement au service de tous.

Le numérique est avant tout un fantastique outil de gestion des données. Lorsque celles-ci sont personnelles, on sent bien les dangers liés à leur divulgation et à leur exploitation si nous ne mettons pas de barrières éthiques sérieuses à leur utilisation mercantile.
La loi qui avance doucement face à cette technologie au rythme effréné, impose aux opérateurs (réseaux sociaux, site commerciaux…) de partager les données personnelles qu’ils collectent avec les utilisateurs qui en font la demande. Une journaliste a testé ce droit. Après plus d’une année de négociations difficiles, l’opérateur a fini par lui remettre ses données personnelles collectées. Cette journaliste a reçu un fichier de plus de 8000 pages de données. Tous ces « cliques », ces profils de consommation, idéologiques, sociologiques… permettent aux opérateurs de répondre à des envies que l’utilisateur n’a même pas encore exprimées. La journaliste en a conclu que cet opérateur la connaissait mieux qu’elle ne se connaissait elle-même.
Derrière cet exemple, on sent bien les dangers de liberté individuelle et plus largement de démocratie soulevés.
Pour répondre à ces risques, il est nécessaire de renforcer nos lois mais aussi d’éclairer nos pratiques en conservant la maitrise de nos outils de l’information. Le choix des architectures informatiques, des logiciels utilisés par l’administration doit être réalisé au regard de ces critères. Les logiciels et les systèmes « libres » dit « open source » dont les codes sont publiques et dont la transparence du traitement des informations est vérifiable doivent être préféré aux logiciels « propriétaires » dont personne (hormis l’entreprise qui les édite) ne connait la gestion des informations collectées.

Pour conclure, si Albert Einstein s’inquiétait que « notre technologie en vienne à dépasser notre humanité”, nous pensons aujourd’hui que le choix est entre nos mains pour que le numérique soit un progrès et non un asservissement.