Les « nouvelles Renaissances »

Intervention de Benoît Faucheux

Ce rapport propose une suite à l’opération « 500 ans de Renaissance(s) en Centre-Val de Loire » menée au cours de l’année 2019, laquelle correspondait au 500ème anniversaire à la fois du décès de Léonard de Vinci au château du Clos Lucé à Amboise, de la première pierre du château de Chambord, et de la naissance de Catherine de Médicis.

Le bilan présenté porte essentiellement sur le taux de fréquentation, sur le nombre de nuitées ce qui donne à penser qu’on serait principalement sur du marketing territorial…

Or, depuis que le thème de la Renaissance s’est invité dans nos débats au Conseil régional, le groupe écologiste a toujours défendu l’idée que la célébration historique devait nous fournir l’occasion de nous interroger sur le présent, ses défis, et le futur que nous voulons construire. Les festivités, et la communication associée permettent de faire connaître notre territoire et de donner envie d’y séjourner, mais ne doivent être que des moyens qui permettent de faire vivre cette interrogation et cette recherche de réponse. Bref le marketing territorial ne doit pas nous faire perdre le sens !

Célébrer la Renaissance, oui :

  • en saisissant l’opportunité de réfléchir à ce que doit être la Renaissance du 21ème siècle…
  • en mettant plus en avant l’émerveillement de Léonard de Vinci devant le spectacle de la nature…
  • en évoquant aussi par exemple l’Humanisme de la Renaissance : on a beaucoup mis avant l’année dernière Léonard de Vinci, et on a un peu laissé au second plan des grandes figures humanistes nées dans cette région : François Rabelais et Pierre de Ronsard.

Comme aux 15ème et 16ème siècles, nous vivons une époque de bouleversements, en l’occurrence la fin du monde moderne issu de la première révolution industrielle, le dérèglement climatique, la pénurie de ressources, la révolution numérique… Nous  sommes  dans  un  monde  qui  était  impensable  il  y  a peu. La situation nécessite à nos yeux une nouvelle « Renaissance » : nous avons à repenser le monde à la lumière des connaissances, des nouvelles technologies et aussi des nouvelles incertitudes.

Ce monde en devenir, ce doit être un monde où l’Homme s’est réconcilié avec la nature, parce qu’il a pris conscience qu’il ne vit pas « hors-sol » et que tout est lié. Ce doit être aussi un monde beaucoup plus coopératif, beaucoup plus décentralisé que le monde pyramidal avec un centre de décision et des exécutants (on pense ici autant aux systèmes politiques qu’aux systèmes d’entreprises).

La COP régionale en cours est une nouvelle opportunité pour la Région Centre-Val de Loire de mobiliser, comme elle a su le faire pour la mise en valeur de l’histoire et du patrimoine de la Renaissance, les mêmes énergies et moyens pour accélérer le changement culturel qui est indispensable pour penser la compatibilité des activités humaines avec la nature à long terme.  

Il faut savoir être festif, nous ne refusons pas de participer à la célébration de la Renaissance, mais nous nous interrogeons parfois sur une mobilisation souvent exclusivement centrée sur une dynamique évènementielle ou sur la promotion des châteaux de la Loire aux quatre coins du monde…  De ce point de vue, la perspective d’une nouvelle tournée promotionnelle en avril, à Tokyo, Séoul, New York, Milan ou encore Copenhague nous interroge fortement…

Rappelons que la politique régionale du tourisme, largement approuvée par dans cet hémicycle en 2016, met l’accent sur les clientèles nationales et européennes pour un tourisme de fidélisation grâce à la proximité. Rappelons que les clientèles lointaines ne représentent que 10 % des clientèles totales. Rappelons que ce tourisme de proximité apporte une stabilité économique et que c’est indispensable, on le sait aujourd’hui encore plus qu’en 2016, pour lutter contre le réchauffement climatique. Rappelons que d’envisager la promotion à travers le monde pour attirer des clientèles lointaines, ce n’est pas compatible avec une COP régionale…

En 2020, la gastronomie est particulièrement mise en avant, dans le cadre d’un partenariat avec le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et l’association « Good France », qui célèbre depuis quelques années « le repas gastronomique français » sur tous les continents en organisant le même soir, en l’occurrence ce sera le 16 avril, des milliers de dîners dans des restaurants du monde entier et dans les ambassades de France.

Pourquoi pas ? Mais là encore, le risque est de n’être que dans le marketing. Si notre Région a l’occasion de parler de gastronomie à l’échelle internationale,  alors elle doit donner du sens à cette opportunité, en affirmant que notre système alimentaire mondial, fondé sur l’appauvrissement de la biodiversité, la délocalisation, l’ultra transformation des aliments, n’est absolument pas durable, qu’il est indispensable de faire autrement.

On a trop oublié d’où et comment sont fabriqués nos aliments, quel était le goût des aliments non industriels. Cela aussi préoccupe les citoyens, de Tokyo à New York…

Célébrer la gastronomie et les produits du Centre-Val de Loire, cela peut se faire aussi sans aller au bout du monde : des initiatives telles que le Banquet Festif et Solidaire sur l’île Simon à Tours y participent aussi d’une autre manière.

Christelle de Crémiers y reviendra tout à l’heure, mais ce qui est bien plus essentiel qu’une tournée Good France, c’est l’émergence de Projets Alimentaires Territoriaux, en déclinaison de la stratégie régionale en faveur de l’alimentation. Ces projets  s’inscrivent dans une « renaissance » des territoires et participent de l’image de notre région à l’international.   

La politique de promotion de la gastronomie régionale n’est pas celle des étoilés. On a choisi dans la politique régionale de l’alimentation (que tout le monde a voté) de ne pas faire la « course aux étoiles », mais bien de soutenir l’ensemble de la restauration traditionnelle et de la positionner sur de l’approvisionnement local et des plats préparés à partir de produits bruts de saison. Sans la politique régionale, la tendance dans notre région est d’avoir une majorité de restaurants de chaînes. 

Nous allons émettre un vote positif sur la décision soumise au vote du Conseil régional : le lancement de cet appel à projets 2020 avec la labellisation des évènements sur tout le territoire, subventionnés pour un montant maximum de 3 000 € avec un budget total de 200 000 €. 

Nous validons cet appel à projets, tout en soulignant une fois encore qu’on est ici plutôt dans le registre de la saison culturelle et touristique, sur de l’évènementiel.

Alors n’oublions pas de donner du sens à notre célébration de la Renaissance !