Mesures en faveur de l’agriculture afin d’accélérer son adaptation au changement climatique et la transition agroécologique

Intervention de Michelle Rivet

Monsieur le Président, chers collègues,

L’agriculture vit de plein fouet les conséquences du changement climatique et paye le prix de notre manque d’anticipation.

Et pour le coup, l’apport en trésorerie trouve ses limites avec la multiplication des phénomènes climatiques et du nombre d’agriculteurs concernés. La mutualisation des risques doit être amplifiée pour ne pas laisser les agriculteurs les plus fragiles sur le bord de la route à la merci d’un système assurantiel discriminant. Face au changement climatique, on mesure l’importance des solidarités à renforcer et à mettre en œuvre. Mais pour être efficaces elles doivent s’exercer sur le plan national et via des fonds calamités dédiés.

Après la série d’aléas que nous venons de vivre notre collectivité a choisi de répondre par des mesures structurelles plutôt que conjoncturelles aux problèmes des éleveurs et des viticulteurs et d’encourager les investissements collectifs. Nous approuvons cette démarche.

La sécurisation des stocks fourragers, les diagnostics fourragers, les re-semis de prairies ou la protection contre le gel sont des éléments qui permettront la consolidation des exploitations mais ces mesures seules ne peuvent suffire à l’adaptation au changement climatique ni être qualifiées de transition vers l’agroécologie. Il faudra aller au-delà.

Ainsi la sécheresse historique que nous venons de vivre devrait amener à réfléchir à l’avenir collectif de l’agriculture à travers la question de l’eau. Nous l’avons évoqué lors du budget la sècheresse de cet été doit nous amener à travailler à l’adaptation de toute l’agriculture et en particulier au devenir des 80% des exploitations de notre région qui n’irriguent pas.

Cette tâche doit mobiliser la recherche. Elle suppose une réflexion et sans doute des remises en question de productions et de pratiques. Mais au dela de l’adaptation nécessaire à de nouvelles conditions, il ne faut pas oublier que l’agriculture porte des solutions d’atténuation du changement climatique : prairies permanentes, cultures intermédiaires, agroforesterie, bocage permettent de stocker le carbone.

Sans apporter toutes les réponses l’agroécologie et l’agriculture biologique ont aussi ouvert des voies permettant une meilleure résilience des fermes par la désintensification de l’élevage, les rotations longues, la diversité des cultures, l’ enrichissement du complexe humique du sol.  Mais encore faut-il un encouragement réel au changement de pratiques.

La prochaine programmation de la Politique Agricole Commune sera déterminante.

L’évolution à attendre devrait être aussi radicale que celle de l’après-guerre. A l’époque le levier du changement a été la fierté pour les agriculteurs de nourrir la population en produisant plus. Aujourd’hui cette fierté doit rester de nourrir la population en abandonnant les pratiques néfastes à l’environnement et au climat, en produisant mieux et en phase avec les demandes de nos concitoyens.

C’est une mission d’intérêt général à confier aux agriculteurs.

Le rapport récent de France Stratégie donne des pistes de réflexion intéressantes sur la manière d’opérer cette transformation : une rémunération basée sur un partage des aides entre tous et un système de bonus-malus en fonction de l’impact environnemental des fermes.

Les régions doivent prendre leur part dans cette évolution. Et on ne peut que déplorer la confiscation des mesures agroenvironnementales de la PAC aux régions dans la prochaine programmation. Les régions sont les mieux à même d’assurer la cohérence et la pertinence des politiques à travers leurs compétences économie, aménagement du territoire, et biodiversité mais aussi au travers de leurs partenariats avec les Agences de l’Eau par exemple.

Quoiqu’il en soit et si on veut convaincre la majorité des agriculteurs de changer il est essentiel d’ores et déjà de valoriser et soutenir efficacement ceux des agriculteurs qui sont à l’avant-garde de la transition agroécologique.