Mobilisation pour les retraites : il est temps de refonder notre modèle social, de solidarité et de justice, en tenant compte des mutations en cours

Vœu présenté par le groupe écologiste

Les propositions présentées le 11 décembre par Edouard PHILIPPE, après plusieurs jours de grèves et de manifestations, n’ont fait que confirmer ce que nous savions déjà : le gouvernement propose la mise en place d’un système universel par points, dont la valeur serait fixée par les partenaires sociaux, rendant la prévision sur le montant de la pension future impossible. Mais il annonce aussi la création d’un âge pivot, qualifié « d’équilibre », dont la finalité est d’aggraver, sans le dire, les réformes antérieures ayant abouti à une diminution des pensions et, de fait, à un recul de l’âge effectif de départ à la retraite.

Allonger la durée de vie au travail en pénalisant celles et ceux qui partiraient plus tôt à travers un système de bonus-malus, c’est dégrader la qualité de vie pour tous. On vit moins longtemps en bonne santé. Les maladies industrielles ont explosé : troubles musculo-squelettiques, maladies cardio-vasculaires, risques psychosociaux, maladies chroniques et neurodégénératives, pour la plupart liés à notre mode de vie dont le travail occupe une grande part. Avec notre environnement, notre qualité de vie se dégrade et les coûts médicaux s’envolent. En travaillant plus longtemps, nous serions plus dépendants à l’âge de la retraite et nous coûterions plus cher.

Par ailleurs, cette réforme pénaliserait les femmes qui se verraient supprimer les huit trimestres par enfant dont elles bénéficiaient jusque-là. Le montant moyen des pensions serait réduit puisque toute la carrière serait prise en compte au lieu des 25 meilleures années pour les salariés du privé ou des six derniers mois pour les salariés du public.

Cette réforme reviendrait aussi à accepter les nouveaux visages de la précarité en ne remettant nullement en question le temps partiel imposé, l’ubérisation de l’emploi ou la précarisation des parcours professionnels.

Lorsque nous parlons « retraite », nous ne devrions pas oublier de parler à la jeunesse, celle dont on sait d’ores et déjà qu’elle va hériter de notre dette écologique et des effets de notre société consumériste. Cette jeunesse qui est consciente du danger que représente le dérèglement climatique pour sa génération et pour sa descendance, cette jeunesse qui se dit qu’au rythme où s’emballe le climat, elle n’aura même pas à se demander si elle devra travailler jusqu’à 65 ou 70 ans…

Lorsque nous parlons « retraite », nous ne devrions jamais oublier, en particulier dans des sociétés dites « développées », que la meilleure réponse au chômage de masse reste le partage du travail, que la meilleure réponse au bien-être et au bonheur reste de réduire la part du travail subi dans nos vies, que l’idéal social individuel ou collectif reste de se libérer de l’aliénation du travail.

La mobilisation depuis le 5 décembre atteste que nos concitoyens ne veulent pas d’une réforme libérale, mais cela ne signifie pas qu’ils refusent toute évolution. Ils attendent une réforme qui permette une retraite humaine offerte à toutes et tous et qui fasse de l’émancipation, à tous les âges de la vie, le sens même de l’organisation sociale.

Mais au-delà de la seule question des retraites, les mutations en cours réinterrogent la question du temps de travail et donc aussi celle du temps libre. Le cloisonnement administratif des statuts (étudiants, salariés, chômeurs, travailleurs indépendants, retraités) correspond de moins en moins à la réalité de la vie des gens.  Dans une société marquée par une précarité croissante des individus, par une plus grande instabilité professionnelle, par une économie qui s’installe dans la post croissance, par une démographie stable, la solidarité ne peut plus être abordée de manière sectorielle ou par tranche de vie, mais doit s’inscrire dans une continuité tout au long de la vie en visant à réduire les inégalités et prévenir les risques sociaux.

Enfin, les scénarios sur les revenus des retraités dans 10, 20, 30 ou 50 ans peuvent-ils encore sérieusement ignorer ce que l’on sait des perspectives de changement du climat et de la biodiversité à ces mêmes horizons ? Quelle est la crédibilité d’une estimation qui fait l’impasse sur les impacts de ce qui sera probablement la plus angoissante question sociale et humaine de ce siècle ? Le progrès social ne va plus pouvoir être associé comme il l’est encore aujourd’hui à la consommation et au bien-être matériel, et diminuer nos impacts, économiser les ressources et baisser notre consommation.

Il y a beaucoup d’incertitudes. Mais ce qui est absolument certain, c’est qu’il sera nécessaire dans les prochaines décennies de faire vivre les solidarités, notamment entre les générations.

Le Conseil régional Centre-Val de Loire, réuni le 19 décembre 2020 à Orléans :

  • exprime sa solidarité vis-à-vis du mouvement en cours contre le projet régressif de réforme des retraites, dont il demande le retrait ;
  • pointe les limites des divers scénarios de financement d’ici à 2050, où l’avenir des retraites est trop souvent questionné en oubliant complètement un des risques à venir, en l’occurrence l’impact de la crise écologique sur l’Humanité ;
  • appelle à une refondation de notre modèle social de solidarité et de justice qui tienne compte des mutations en cours (crise écologique, révolution numérique, société de la post croissance), pour construire une Sécurité Sociale réellement universelle, qui sécurisera tous les moments de la vie avec un nouveau progrès du système de retraite et qui organisera les solidarités entre toutes et tous.

VŒU REJETÉ :

Pour : groupe écologiste

Contre : groupe UDC, groupe RN, Pierre Commandeur

Abstention : groupe SRD