Nouveau confinement : il faut faire face à l’urgence sanitaire, mais aussi amortir les dégâts sociaux d’une crise qui dure

Le président de la République a décidé cette semaine de mettre en œuvre au moins jusqu’au 1er décembre un nouveau confinement, partiellement allégé. Pour le groupe écologiste au Conseil régional Centre-Val de Loire, cette mesure drastique était malheureusement devenue nécessaire devant l’aggravation récente de la situation sanitaire, l’épidémie de Covid-19 apparaissant désormais comme « hors de contrôle ». Le choc économique sera peut-être un peu moins brutal en apparence que lors du premier confinement, mais il touchera des acteurs déjà particulièrement affaiblis. Dans ce contexte extrêmement difficile, nous devons tous faire preuve de solidarité et nous mobiliser pour protéger nos concitoyens. 

L’heure n’est pas évidemment pas à la polémique. Mais comment ne pas voir que c’est aussi le résultat d’errements, d’injonctions contradictoires, d’un manque d’anticipation ? Ce qu’on paie aujourd’hui, c’est le fait que la stratégie « tester, tracer, isoler » a jusqu’à présent échoué. Même si on teste beaucoup désormais, les délais d’accès aux tests sont bien trop longs pour contribuer à empêcher la propagation du virus. Ce qu’on paie aussi aujourd’hui, c’est le fait que l’hôpital public n’a pas été renforcé depuis mars : la promesse de passer de 5 000 lits de réanimation lors de la première vague à 12 000 lits cet automne n’a pas été tenue, parce qu’elle nécessitait la mobilisation de 24 000 infirmiers et de 10 500 aides-soignants supplémentaires, ce qui était objectivement difficile à mettre en œuvre. Les accords issus du Ségur de la santé ne répondent pas à la sous-valorisation des métiers de l’hôpital et n’apportent pas de solutions aux sous-effectifs chroniques.

Le débordement des capacités d’accueil était donc quasiment inévitable puisque structurel, d’autant que l’insatisfaction des personnels ainsi que leur épuisement après ces longs mois de lutte contre l’épidémie ne permettront pas le même engagement qu’au mois de mars. Comme au printemps, des opérations chirurgicales jugées « non essentielles » doivent être déprogrammées afin de privilégier les patients Covid. La priorisation quasi-exclusive donnée au coronavirus ne doit pas remettre en cause l’égalité devant l’accès aux soins ni occulter les autres pathologies et les patients non Covid qui ont, eux aussi, besoin et droit aux soins et à la prévention. Nous espérons que le nouveau confinement contribue à freiner la diffusion du virus et donc à atténuer cette pression sur l’hôpital.

Le Conseil régional est directement concerné par la décision de ne pas fermer les lycées. Compte tenu du décrochage de nombreux élèves au cours du confinement généralisé du printemps, qui a creusé des écarts entre ceux qui avaient suivi les cours à distance et ceux qui n’avaient pas pu le faire, il était important de permettre un maintien des cours en présentiel. Pour autant, un vrai protocole sanitaire sera nécessaire afin d’éviter la promiscuité et d’assurer l’aération des salles. La restauration scolaire, qui voit les lycéens déjeuner sans masque et sans ventilation, constitue notamment un angle mort.

Mesure-t-on bien tous les effets du nouveau confinement ? Malgré l’ampleur des mesures prises depuis le mois de mars par le gouvernement pour tenter de sauver l’économie, la crise sociale n’a cessé de grandir. En France, les plans sociaux se succèdent et la demande de colis alimentaires a augmenté de 40 % en moyenne depuis le premier confinement. A l’échelle planétaire, d’après un récent rapport de la Banque Mondiale, entre 88 et 115 millions de personnes ont basculé dans l’extrême pauvreté depuis l’apparition de la pandémie et les différentes réponses qui y ont été apportées par les Etats pour y faire face. Les chiffres de l’emploi publiés cette semaine sont en trompe-l’œil car sur les 12 derniers mois, le nombre de chômeurs (catégories A, B et C) dans la région augmente de 1,5 % et même de 5,3 % s’agissant des moins de 25 ans.

De fait, la pauvreté n’épargne personne, mais touche particulièrement la jeunesse. Du fait du choc économique lié à la crise du coronavirus, les jeunes qui vivent d’ordinaire avec peu de ressources et qui sont dénués de toute épargne se trouvent dans l’impasse avec le risque fort de basculer dans l’exclusion sociale. Par un vœu que nous avons initié, la Région Centre-Val de Loire a récemment demandé au gouvernement de supprimer les conditions spécifiques pour l’accès du RSA aux majeurs de moins de 25 ans, dans le cadre d’un Plan national de lutte contre la précarité des jeunes. Avec ce nouveau confinement, cela nous paraît encore plus nécessaire !

Le groupe écologiste au Conseil régional considère qu’il ne faut pas sous-estimer les dommages collatéraux et les conséquences psychologiques, sociales, sanitaires et économiques que le nouveau confinement, même allégé, va entraîner. Au-delà de la lutte contre le virus, il va falloir accroître l’action publique de soutien aux personnes les plus fragiles, d’autant que nous entrons dans une période hivernale, mais aussi faire ce qui est possible pour aider des pans entiers, non seulement de notre économie mais bien de notre vie, à ne pas sombrer. La solidarité doit être au centre de nos préoccupations.

Dans le cadre de nos fonctions d’élus régionaux, nous avions présenté au mois de juin dernier « 19 propositions pour une région écologique et résiliente ». Cette contribution du groupe écologiste avait vocation à apporter des réponses à la crise économique et sociale inédite que nous vivons. Certaines de nos propositions ont été reprises dans le « plan de relance » adopté par la Région Centre-Val de Loire le 15 octobre et ont commencé à apparaître dans les documents budgétaires du Conseil régional, notamment des « contrats de (re)conversion » pour la transformation écologique des filières économiques et des entreprises, la relance de l’appel à projets « innovation sociale » ou encore un appel à projets (création, diffusion) sur le thème de l’écologie pour à la fois réenchanter nos imaginaires autour de la transformation écologique et générer de l’activité pour les acteurs. Mais il nous semble qu’il faut aller plus loin et, de fait, le re-confinement va nécessairement obliger notre Région à aller encore plus loin dans les mois qui viennent.

Nous mesurons aujourd’hui, au-delà de l’ampleur de la deuxième vague à laquelle nous sommes confrontés, combien il est urgent d’engager les acteurs économiques, sociaux, culturels… du Centre-Val de Loire dans la transformation écologique et sociale post-Covid. Nous y travaillons d’arrache-pied. Ce sera notre boussole alors que vont se négocier dans les prochaines semaines le Contrat de Plan Etat-Région et les maquettes budgétaires des fonds européens pour la période 2021-2027, c’est-à-dire les outils financiers qui vont permettre à la Région d’agir durant la prochaine mandature.

Benoit FAUCHEUX, président du groupe écologiste

Charles FOURNIER, porte-parole du groupe écologiste