Nouvelle carte des ZDS – Pour un modèle agricole plus vertueux

Intervention de Gérard Nicaud

Monsieur le Président, chers collègues,

Nous le savons tous maintenant, notre planète est en danger ! Tous les experts le confirment, comme le GIEC encore très récemment.

En octobre 2017, on nous annonçait que près de 80 % des insectes volants avaient disparu. Six mois plus tard, en mars de cette année, le Muséum d’histoire Naturelle et le CNRS indiquaient qu’environ un tiers des oiseaux de la campagne se sont évanouis en quinze ans. Et ne sont pas évoqués les effets sur les autres animaux et sur l’homme.

La diminution des insectes rompt à tout jamais d’innombrables chaines alimentaires sur lesquelles reposent un grand nombre de formes vivantes. C’est notre bien commun qui disparait !

Chers collègues, ce n’est pas un discours fataliste, mais le reflet actuel de très nombreuses observations. Alors, et sans vouloir discréditer le monde agricole, n’attendons pas des nouvelles fracassantes et plus alarmistes pour réagir ! Profitons aujourd’hui de cette prise de conscience pour faire évoluer notre agriculture.

Cette dernière est à un tournant. Le monde agricole se pose des questions. Le modèle mis en place au sortir de la 2ème Guerre Mondiale a vécu. Il fallait nourrir les Français, puis les Européens. De bonne foi, les agriculteurs sous la poussée de l’industrie chimique se sont jetés dans le progrès, inspirés par le modèle américain. Cette industrie, par désinformation et voire par ruse a envahi les fermes. Mais aussi les allées du pouvoir afin d’obtenir le champ libre pour obtenir les mises en marché de leurs poisons ou maintenir ceux qui y étaient : jadis le DDT que nous avons été les derniers à interdire en Europe, le gaucho, et combien d’autres. Le glyphosate aujourd’hui.

Ce monde d’illusion n’est plus ni tenable ni durable. Redonnons à nos agriculteurs l’honneur qu’ils méritent, des salaires décents et une liberté de produire. Ils attendaient d’ailleurs beaucoup de la loi « alimentation et agriculture » votée le 2 octobre dernier. Le Président de la république avait même déclaré en octobre 2017 que cette loi permettrait « une meilleure rémunération des agriculteurs ». A peine votée, elle subit déjà des controverses. Les agriculteurs eux-mêmes doutant que les hausses des prix en magasins « ruissellent » jusque dans les campagnes. Même Michel Edouard Leclerc, provocateur,  doutait que la hausse de prix du Coca et du Nutella du ruisselle vers le monde paysan ! Je ne qualifierai pas l’interdiction des pailles et des couverts plastiques de mesures gadget, mais que reste-il des Etats généraux lancés en 2017 ?

L’Etat a lancé un « Grand Plan d’Investissement (GPI) » qui a vocation à être l’un des principaux instruments de l’État sur la période 2018-2022 pour accompagner et stimuler les transformations des secteurs de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de la forêt et du bois, de la pêche et de l’aquaculture,

Monsieur le Président, notre collectivité est dans ce domaine à l’aube d’une Renaissance.

Profitons de cette situation pour amener nos agriculteurs vers un modèle de production plus vertueux, respectueux de son environnement.  L’année 2018 sera terrible pour l’élevage, qui outre la fin du versement de l’ICHN subit de plein fouet le double effet de la sécheresse et de la canicule.

Pour soutenir nos éleveurs, utilisons les dispositifs ayant fait leur preuve. Je pense ici aux MAEC, mesures permettant d’accompagner les exploitations agricoles qui s’engagent dans le développement de pratiques combinant performance économique et performance environnementale ou dans le maintien de telles pratiques lorsqu’elles sont menacées de disparition.  Dispositif largement subventionné par l’Europe dans le cadre du FEADER, n’impactant ainsi peu le budget de notre collectivité.

N’oublions pas non plus ces traités désastreux (CETA, TAFTA) par lesquels l’Europe sera contrainte d’accepter sur son territoire du bétail élevé avec des normes que ne rencontrent pas nos éleveurs.

Mais soyons nous aussi vertueux et ne laissons pas l’industrie agro-alimentaire mener avec arrogance et mensonge ses plans vis-à-vis du monde agricole et de nos concitoyens. A titre d’exemple, quelques slogans lus sur les thématiques de l’Open Agrifood de cette année :

  • Des champions de la grande distribution mondialement présents.
  • Des fournisseurs d’intrants de plus en plus soucieux de l’environnement.
  • Des produits de grande qualité nutritionnelle, sanitaire mais également organoleptique.

On a vu le résultat. Changer de paradigme n’est pas impossible.

Pour terminer, ne laissons plus l’industrie chimique gangréner les sphères de l’Etat, nos institutions agricoles et nos champs. La consommation de pesticides et autres produits en « ides » continue d’augmenter. Au détriment de notre santé et de notre environnement. L’empoisonnement s’aggrave. Les français attendent autre chose.

Ce ne sont pas les propos du Président de la République tenus mardi soir et l’arrivée d’Emmanuelle Wargon comme secrétaire d’État auprès du Ministre de la Transition écologique et de la solidarité qui sont des gages pour la préservation de l’environnement.