Nouvelle compétence régionale en matière d’orientation et d’information sur les métiers

Intervention de Gérard Nicaud

L’orientation et l’information sur les métiers sont des sujets qui s’invitent de plus en plus régulièrement dans nos débats, depuis qu’en 2018 la loi intitulée « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » a largement modifié la répartition des compétences entre l’État et la Région.

Il y a longtemps eu beaucoup de flou sur la façon dont cela allait pouvoir se concrétiser sur le plan opérationnel. Il s’était alors exprimé dans les milieux de l’orientation des inquiétudes :

–          sur la capacité des Régions à assurer un service public de qualité et d’en assumer ses principes fondamentaux que sont la gratuité, l’objectivité, la validité et la neutralité des informations ;

–          sur l’alliance de travail entre les collectivités régionales et l’Éducation Nationale ;

–          mais aussi sur l’effectivité de la liberté de choix dont il était à craindre qu’elle soit soumise à une vision par trop « adéquationniste ».

Mais depuis il y a un « cadre national de référence » qui définit les conditions dans lesquelles l’État et les différentes Régions exerceront leurs missions respectives, nous y voyons nettement plus clair et notre Région va pouvoir s’engager pleinement, en mobilisant ses compétences, en développant ses coopérations et en nouant de nouveaux partenariats pour un Service Public de l’Orientation Régional augmenté, au service d’une orientation choisie.

La nouvelle offre de service régionale sera animée dans un cadre partenarial régional qui va prendre le nom de « La Fabrique de l’Orientation » et qui associera le Service Orientation de la Région, les autorités académiques, le GIP Alfa Centre, le CREFOP, les acteurs économiques, les établissements…

Ce rapport consiste d’abord à engager la collectivité dans le cadre de l’expérimentation prévue pour une durée de trois ans.

Il consiste également à approuver une convention triennale avec l’État pour coordonner la mise en œuvre de nos compétences respectives en matière d’information et d’orientation pour les scolaires, les apprentis et les étudiants. Cette convention va nous permettre de mettre en synergie :

–          le SAIO (Service Académique Information-Orientation) du rectorat,

–          la DRONISEP (Direction Régionale de l’ONISEP),

–          la DRAAF (Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt).

Les établissements scolaires, non seulement nos lycées mais aussi les collèges, auront accès à la plateforme ONISEP. 

Le rectorat, c’est important, réaffirme son engagement dans les différentes manifestations dédiées à l’orientation.

Sur le plan des ressources humaines, la convention prévoit en particulier le déploiement d’une équipe régionale de 12 postes en charge de l’ingénierie en matière d’orientation, qui seront répartis dans les départements et localisés dans les Espaces Région Centre-Val de Loire (ERCVL) :

–          6 équivalents temps plein mis à disposition par l’Etat (pris sur les moyens des CIO)

–          et 6 équivalents temps plein créés par notre Conseil régional (au titre du redéploiement de crédits de la compétence apprentissage)

Par ailleurs, 4 postes de chargés de mission « information métiers » seront transférés de la DRONISEP à la Région (au titre de la compensation de moyens liée au transfert aux Régions des missions exercées par les DRONISEP).

Le groupe écologiste salue l’engagement de l’exécutif régional, son volontarisme pour fédérer les différents acteurs, condition nécessaire pour faire émerger une nouvelle offre de service structurée.

Même si l’expression « Petites Fabriques de l’Orientation » n’est sans doute pas très heureuse, nous saluons aussi la volonté de notre majorité de veiller particulièrement à ce qu’une dynamique territoriale existe, au-delà de la « Fabrique de l’Orientation » qui existera à l’échelle régionale.

L’outil est donc prêt et pour le groupe écologiste, l’essentiel à présent réside du côté de l’ambition que nous devons nous fixer. Pour nous, c’est un double mouvement qui est nécessaire afin de permettre :

–          de passer d’une orientation trop souvent subie à une orientation choisie, pour tous et tout au long de la vie ;

–          d’accompagner les transitions écologiques et économiques, par l’information sur les formations.

Que ce soit pour les salariés en situation précaire, licenciés ou craignant de l’être, ou pour les jeunes et adultes demandeurs d’emploi à la recherche d’une qualification ou d’un emploi, il faut un service public d’orientation tout au long de la vie, accessible de manière inconditionnelle, pratiquant un accueil bienveillant et capable ensuite, soit d’accompagner chacune et chacun dans son parcours, soit de passer le relais à ceux qui ont les compétences spécifiques pour effectuer cet accompagnement.

Les parcours de vie sont désormais plus segmentés : on change de secteurs d’activité beaucoup plus fréquemment, on alterne les activités qu’elles soient professionnelles ou non, on explore plus longtemps les différentes opportunités qui s’offrent à nous, et la précarité contraint aussi à changer de voie et à réfléchir à de nouveaux horizons.

Certains souhaitent qu’on oriente les demandeurs d’emplois ou les jeunes en décrochage vers les « métiers en tension », ces emplois qui ne trouveraient pas preneurs. Ce ne peut pas être la seule façon de traiter la question. Il faut renoncer à concevoir l’orientation professionnelle comme une gare de triage. Qui peut croire que tous les problèmes seront résolus quand les demandeurs d’emploi seront – enfin ! – « bien orientés » vers les emplois vacants dans ces « métiers en tension » ? Outre que le nombre d’emplois vacants est infiniment moins grand que celui des chômeurs, ceux-là mêmes qui, la main sur le cœur, s’insurgent que les emplois vacants dans l’industrie ne soient pas pourvus automatiquement par des chômeurs, ne voudraient bien souvent, ni pour eux-mêmes, ni pour leurs proches et leurs enfants, « bénéficier » d’un tel traitement…

L’objectif doit donc être d’accompagner chacun dans son parcours, en offrant la possibilité de construire ses choix, s’il le faut en expérimentant : s’orienter plutôt qu’être orienté. S’orienter suppose une recherche et des rencontres. Cela requiert de découvrir des métiers… et pas seulement à travers des fiches techniques, des référentiels de compétences ou même des clips vidéo. Il faut que les métiers s’incarnent pour, non seulement en avoir une représentation précise, mais surtout en saisir le projet, en comprendre le sens : car c’est la découverte de ce qui « anime » un métier qui permet d’envisager de s’y investir, de décider de s’y engager.

D’après une enquête menée en 2018 par le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie, en lien avec l’Institut National de la Jeunesse et de l’Éducation Populaire, il apparaît que les jeunes revendiquent la volonté d’être acteurs de leur vie professionnelle. Ils veulent maîtriser leur parcours de vie, participer, co-construire les décisions qui les concernent. Ils s’inscrivent pleinement dans l’essor de pratiques plus horizontales, plus collaboratives et entrent en résonance avec les initiatives visant à donner davantage de pouvoir d’agir aux citoyens.

En définitive, l’enjeu sur l’orientation ne relève donc pas uniquement de la compétence technique, mais aussi de la capacité de résilience dans un monde du travail de plus en plus mouvant. Notre souci doit être de favoriser l’émancipation des jeunes et des moins jeunes, que cette émancipation soit intellectuelle, culturelle ou sociale, pour qu’ils puissent librement choisir leur voie, leur vie et être en capacité de s’adapter.