Nucléaire : la Région fait le choix d’accompagner le « grand carénage », les écologistes disent non !

La commission permanente du Conseil régional du 3 mai a validé une subvention de 30 000€ à la Chambre régionale de commerce et d’industrie pour la mise en place d’une plateforme destinée aux marchés d’EDF liés au « grand carénage », ce programme industriel visant à prolonger la durée de vie des centrales nucléaires, relevant d’une décision non démocratique, qui est un non-sens économique et qui pose un véritable problème de sûreté. Les écologistes, avec l’appui d’autres membres de la majorité, se sont opposés à l’octroi de cette subvention. Malgré cela, la délibération a été adoptée avec les voix de la droite et de l’extrême-droite.

Avec ce programme industriel de prolongement des réacteurs nucléaires, EDF impose ses choix stratégiques de manière non démocratique. La Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) n’est pas encore finalisée, le débat public sur les déchets est en cours, mais EDF a décidé depuis longtemps et seul de lancer son « grand carénage ». Pour les écologistes, s’agissant d’un domaine aussi sensible, c’est la décision politique qui doit s’imposer au projet industriel et non l’inverse. En effet, dès lors que les investissements auront été réalisés, il sera presque impossible de justifier politiquement l’arrêt des réacteurs dont la durée de vie aura été prolongée. Par ailleurs, la loi et la PPE, même si elles doivent être revues, prévoient une réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le mix électrique français, ce qui devrait obliger EDF à être tout aussi velléitaire pour le démantèlement de certains réacteurs que pour la prolongation des autres… Mais rien n’est fait en matière démantèlement, ce qui témoigne d’un empressement tout relatif à mettre en œuvre la stratégie nationale de l’énergie… Ce choix s’effectue au moment où une majorité de nos concitoyens souhaitent sortir de l’énergie nucléaire comme en attestent les récents sondages.

Ce programme représente un coût exorbitant qui grève le développement des énergies renouvelables et le programme de démantèlement des réacteurs. EDF évalue ces travaux à 51 milliards. Notons que dans un rapport publié en 2016, la Cour des comptes les estime plutôt à 100 milliards et que le cabinet WISE-Paris a calculé que la mise en œuvre des exigences de sûreté renforcée définies par l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) après Fukushima impliquerait un coût de 250 milliards d’euros. C’est autant d’argent qui ne sera pas investi dans le démantèlement des réacteurs. EDF est accablé par une dette de 43 milliards d’euros : s’il s’agissait d’une entreprise à capitaux privés, aucun administrateur ne prendrait le risque – ne serait-ce que financier – d’engager le « grand carénage ».

Avec le « grand carénage », EDF fait le choix de continuer à nous faire prendre toujours plus de risques. Prolonger de 10, 20 voire 30 ans supplémentaires les réacteurs, c’est faire prendre des risques tout à fait inconsidérés à l’ensemble des populations. Qui sait comment les cuves, initialement prévues pour une durée de vie d’un maximum de 40 ans, pourront réagir ? On peut tout à fait penser que cela augmenterait drastiquement le risque d’un accident nucléaire majeur en France, dont les conséquences sanitaires et économiques seraient dévastatrices, pour ne pas dire apocalyptiques. Là encore, une telle décision ne peut se prendre sans l’aval des citoyens.

La Région justifie sa participation à ce programme industriel au motif que cela permettrait de générer de l’activité économique et des emplois en Centre-Val de Loire, en l’occurrence sur les sites des 4 centrales. Mais cet argument ne tient pas. Un choix assumé de sortie du nucléaire et d’implication en faveur de la sobriété et de l’efficacité énergétique ainsi que de la production d’énergies renouvelables créerait au moins autant d’emplois, mais des emplois stables, mieux répartis sur le territoire régional, tout en structurant des filières économiques locales. Ces chantiers vont générer un besoin immédiat de logements, de biens et de services pendant quelques années, et cette opportunité économique est largement utilisée pour vendre ce colossal projet. Outre le fait que de nombreux travailleurs viendront d’autres régions, le chantier se terminera quelques années plus tard et provoquera une désertion aussi rapide, avec tous les impacts que l’on peut imaginer. Nous préférerions aussi que les emplois liés au nucléaire soient orientés vers un programme ambitieux de démantèlement des réacteurs. Nous défendons la sécurité des habitants et de l’emploi sur le long terme, plutôt qu’une approche de court terme et incertaine en matière de sûreté nucléaire.

Le groupe écologiste est donc en profond désaccord avec toutes les mesures qui visent à accompagner le « grand carénage », qui d’ailleurs ne fera que repousser le problème. Les réacteurs situés dans la région ont tous été mis en service au cours de la même période et, même avec une durée de vie allongée, s’arrêteront à peu près au même moment. Que faudra-t-il faire si d’ici là nous n’avons pas mobilisé tous les moyens pour réussir la transition énergétique ? Nous ne pourrons pas faire les deux, alors choisissons la transition énergétique !

Les élu-e-s du groupe écologiste au Conseil régional Centre-Val de Loire