Numérique et agriculture

Intervention de Michelle Rivet

Monsieur le Président, chers collègues, vous l’avez constaté par la voix de Charles Fournier, le groupe écologiste peine à se retrouver dans ce rapport.

Nos réticences ne sont pas liées aux outils dont la numérisation ouvre les perspectives. Vous connaissez nos interrogations sur les consommations énergétiques ou sur les aspects de santé induites par leur utilisation. Mais ce qui nous gêne le plus, c’est le statut donné au numérique, posé comme un but en soi, et c’est particulièrement vrai sur le plan économique.

Je m’attacherai à la question des «progrès» amenés par la numérisation en agriculture.

Il est tout à fait frappant que ce rapport ne parle que des outils numériques en matière de grandes cultures et qu’il ne s’attache qu’à une très petite partie des pratiques agricoles. L’agriculture donnée à voir se pratique en blouse blanche, parle anglais et évite autant que faire se peut de produire de l’alimentaire.

Est-ce bien l’agriculture dont nous aurons besoin principalement demain ? Nous ne le pensons pas. Car la numérisation ne semble répondre qu’à un nombre restreint d’agriculteurs férus de technique et qui souhaitent poursuivre dans le droit fil de l’agriculture industrielle.

L’intérêt majeur des outils numériques est plutôt d’améliorer les conditions de travail des agriculteurs. L’informatisation de l’agriculture a d’ailleurs débuté très rapidement grâce en particulier aux groupes de développement et d’éducation populaire. La numérisation n’a de sens que si elle est diffusable à tous les agriculteurs et permet une meilleure maîtrise de la gestion, des données de son exploitation et l’amélioration de la prise de décision.

L’agriculture est  en effet un des métiers de demain et il est indispensable que son image évolue et s’améliore. La numérisation peut apporter des solutions en terme de temps de travail et de pénibilité des tâches pour que l’agriculteur puisse consacrer plus de temps à la réalité de son exploitation, à la réflexion et l’observation.

Mais la noblesse de l’agriculture est le rapport au vivant et il est donc indispensable que la numérisation ne soit pas un but en soi mais un outil au service d’une agriculture revisitée . Elle ne doit pas fausser l’image de ce métier nourricier qui doit aujourd’hui se reconnecter avec la nature et les fonctionnalités naturelles et non poursuivre la fuite en avant vers l’industrialisation de ses process.