Numérique et éducation

Intervention d’Alix Téry-Verbe

Monsieur le Président, chers collègues,

Mon intervention se concentrera sur le numérique dans le cadre éducatif.

Plusieurs actions en chantier : l’aide à l’acquisition d’équipements, l’investissement dans des infrastructures WIFI-BYOD, la numérisation des manuels scolaires et l’accompagnement aux changements des utilisateurs (équipes, élèves et familles).

Concernant le premier point, le fait d’utiliser le matériel personnel, s’il est à priori positif d’un point de vue économique et écologique, pour ne pas multiplier les outils en circulation, peut s’avérer inégalitaire ; car même si une aide à l’acquisition permettra à chacun de pouvoir être en possession d’un matériel, la performance de ceux-ci pourront être aux antipodes en fonction du budget que chaque famille y consacrera.

Concernant le BYOD, nous n’étonneront personne en rappelant la position des écologistes vis-à-vis du Wifi et de l’impact des ondes sur la santé.
La majorité régionale a convenu que le filaire serait toujours prioritaire sur l’installation du wifi. La systématisation du Wifi-byod ne va-t-elle pas à l’encontre également du principe de précaution ?
Le 27 mai 2011, le parlement européen a demandé aux Etats membres d’appliquer le principe de précaution, de fixer un seuil de prévention de 0,6 Volt/m et de le ramener à moyen terme à 0,2 Volt/m et ce, en particulier, sur les zones statiques que sont les internats et les salles de cours. Le gouvernement français refuse toujours à ce jour de suivre cette préconisation mais il n’est pas pour autant interdit d’abaisser les expositions dans nos infrastructures. Pour information, actuellement en France la tolérance va jusqu’à 61 Volt/m. Un certain nombre de pays ont d’ores et déjà fait le choix de modifier leur législation et d’abaisser leurs seuils autorisés.

De nouvelles technologies à priori moins coûteuses, plus performantes en terme de débit et moins nocive sur le plan de la santé semble voir le jour : je pense notamment au Lifi qui utilise la lumière pour la transmission de données ou encore le CPL qui utilise le courant. Le Lifi n’est pas encore normalisé et ne sera pas développé de manière industrielle avant 2 ans, mais ne serait-il pas raisonnable de patienter car en cas d’investissement massif dans le wifi, pourrons-nous passer à ces techniques innovantes au moment de leur déploiement ? Il semble déjà prévu de tester le Lifi dans certains lycées. Soyons proactif et multiplions les points d’expérimentations pour faciliter le déploiement à venir.

Par ailleurs on peut noter que cette technologie intéresse les crèches et autres établissements recevant les jeunes enfants car le Wifi est interdit dans ce cadre. Ne pourrait-on pas préserver également nos grands enfants ?
D’autant qu’une nouvelle source d’inquiétude est d’actualité. L’arrivée de la 5G et la problématique de la multiplication des réseaux qui s’additionnent : les installations de 2G, 3G, 4G restant en place. 

Contrairement à ce que certains pensent, nous écologistes ne sommes pas contre l’amélioration de la qualité de vie. Bien au contraire. Mais cette notion de qualité de vie qui irait de pair avec la modernité, et qui serait elle-même synonyme d’ère numérique, ne nous semble pas être une équation équilibrée. L’équilibre se fait par les complémentarités. Le numérique doit être un outil parmi d’autres.

Même si cette problématique des risques est abordée dans le préalable et le cadre éthique, il est important de rappeler que, le milieu scolaire est un lieu clef de la sociabilisation, qu’il faut favoriser les interactions réelles et de pas être la continuité d’un enfermement dans une « bulle numérique virtuelle ».

C’est pourquoi la numérisation totale des manuels scolaires ne nous apparaît pas non plus comme un progrès. Ni d’ailleurs l’installation systématique de matériel couteux tels que de grands écrans tactiles, qui ne réponde pas forcément aux attentes des enseignants qui reste maître dans leurs classes et dans la pédagogie qu’ils souhaitent appliquer.