Orientations budgétaires 2018 : alimentation, tourisme

Intervention de Christelle de Crémiers

Quel serait aujourd’hui le défi le plus important auquel sont confrontées les Régions, mais aussi l’ensemble des collectivités territoriales ? Il s’agit sans doute de réagir face à ce que l’on appelle les « inégalités cumulatives ». L’ensemble du système socio-économique qui est actuellement à l’œuvre est fondé sur une mécanique simple : faire grossir ceux qui sont déjà gros et affaiblir, puis faire disparaître ceux qui sont plus petits. Nous retrouvons ce phénomène à tous les niveaux, dans l’apparition de mega entreprises mondiales, qui se situent sans grand mal de fait au-dessus des lois nationales, dans l’apparition de villes de plus en plus peuplées, souvent dans des conditions de pauvreté, et des territoires de plus en plus déserts, autant du point de vue des services publics que des habitants.

Le spectre d’une France aux villages vides ne doit pas quitter nos esprits. Car le phénomène cumulatif est mécanique. Autrement dit sans volonté politique, la tendance est inexorable. La tension particulièrement intense cette année, mais qui se renforcera l’année prochaine, et les suivantes, imposée par les baisses des dotations de l’Etat aux collectivités territoriales traduit l’acceptation de la part de l’Etat d’accompagner la mécanique inexorable des inégalités cumulatives au lieu de la combattre. Heureusement, la Région peut encore jouer le rôle de rempart. Oui, soutenir les constructions d’équipements en dehors des grandes villes, comme un lycée, à contre-courant de cette tendance mécanique est indispensable et si les élus ne le décident pas, cela ne se fera pas.

Sans doute cet axe devrait traverser les différentes politiques régionales et aussi celles des autres collectivités. Il traverse les orientations budgétaires de la politique touristique. Elle porte de manière centrale la construction d’une véloroute qui traverse le Cher, le Loir-et-Cher et l’Indre-et-Loire avec une intégration culturelle, environnementale et économique très poussée. Cet ouvrage majeur, financé fortement par la région, car les maîtres d’ouvrages ne sont appelés que sur 20% des coûts, aura une fonction de développement local incontournable, il vise à recevoir un million de touristes et visiteurs, particulièrement enclins à la fidélité, dans des territoires qui n’en avaient presque pas. De même l’action de promotion menée par les Offices de tourisme, par les marques de territoire, les ADT, et sous l’impulsion bien sûr du CRT auront vocation à promouvoir les projets touristiques de territoire. Ce sont les projets que la réforme des Offices de tourisme et la volonté des collectivités portées par une stratégie partagée vont faire émerger. C’est pourquoi, entre autres, les célébrations et festivités du 500e anniversaire doivent être pensées dans l’idée des mille fleurs qui vont s’ouvrir sur les territoires dans toute leur diversité, et non comme un événement unique qui aurait le monopole des financements et de la communication.

Jouer le rôle de rempart contre les inégalités cumulatives, c’est aussi l’ambition qui traverse les orientations budgétaires de la stratégie régionale pour l’alimentation. A travers les très éprouvés et efficaces instruments que sont les CRST, dont l’enveloppe « A vos ID ! », la relocalisation et la diversification de la production et la transformation alimentaire seront soutenus dans l’objectif de permettre aux territoires de se doter de systèmes alimentaires territoriaux. En effet, le secteur de l’alimentation aux ramifications si importantes en matière de santé, d’environnement, avec plus de 40 % d’impact sur le climat, de culture et d’économie, doit faire partie en premier lieu du renforcement des territoires que nous appelons de nos vœux et que nous devons appeler de toute la force de notre volonté politique des élus territoriaux que nous sommes.