Portrait Jean Delavergne

Orientations budgétaires pour l’année 2014

Intervention de Jean Delavergne

 

Le contexte dans lequel nous devons élaborer notre projet de budget n’est pas bon. Il n’est pas bon parce que, même si des signes timides de reprise existent, la situation économique et sociale reste très difficile et qu’en particulier le chômage demeure encore à des niveaux extrêmement élevés. C’est incontestablement la question décisive aujourd’hui pour nos concitoyens et c’est bien celle qui a été mise en tête des orientations budgétaires qui nous sont proposées. Nous y reviendrons.

 

Mais je n’hésite pas a dire que la situation est difficile aussi du fait des orientations politiques mises en œuvre aujourd’hui au niveau national. Malgré le travail des ministres EELV, la politique du gouvernement reste rivée à une idéologie marquée par le libéralisme et le productivisme. Alors que la pression fiscale s’accentue sur les ménages, elle diminue massivement sur les entreprises, les allègements de charges s’effectuant sans contreparties.

 

Avec l’orientation dominante de ce gouvernement, la liste de nos désaccords est longue : CICE (crédit d’impôts compétitivité emploi), ANI (accord national interprofessionnel), grands projets inutiles comme Notre-Dame-des-Landes, nucléaire, droit de vote des étrangers, retraites, scrutins territoriaux, reconversion de l’agriculture…

 

Aujourd’hui, la menace pèse au-dessus de nos têtes d’une prolongation de 10 ans de la durée de vie des réacteurs nucléaires : nous le redirons ce soir à travers un vœu, ce serait une aberration énergétique, un mensonge économique et une provocation politique.

 

Comment, plus généralement, la politique budgétaire d’austérité pourrait-elle rendre possibles les investissements nécessaires à la transition écologique ? On en reste trop souvent au stade des discours sur la transition écologique et, pendant ce temps, le gouvernement rogne le budget de l’écologie,

 

Comme il rogne les dotations aux collectivités locales.

 

Nous l’avons écrit au Premier ministre, nous l’avions dit ici en juin dernier et nous le redisons aujourd’hui avec force. Nous sommes résolument contre les baisses de dotations imposées aux collectivités locales : ce sont de plus de 7 millions d’euros que nous allons être privés pour mener à bien nos projets au service du développement régional.

 

Ne vous réjouissez pas trop vite de nos critiques, Mesdames et Messieurs de la droite ! Nous savons bien que si Monsieur Sarkozy avait gagné les élections, ce serait sans doute encore pire. Mais franchement, nous n’avons tout de même pas voté pour cela !

 

Alors dans ce contexte morose, l’exécutif régional fait quant à lui preuve de détermination et maintient dans l’ensemble un haut niveau d’ambition.

 

La question première aujourd’hui, nous l’avons dit, c’est celle du développement économique et de l’emploi. La vision écologiste, c’est que nous ne traversons pas simplement une crise passagère mais qu’il s’agit plutôt d’une mutation profonde : nous devons donc non seulement prendre des mesures d’urgence économiques et sociales, mais aussi et surtout engager des réorientations profondes. Le rapport l’indique, au-delà du soutien à l’économie verte, c’est la question globale de passer d’une économie linéaire à une économie circulaire qui est aujourd’hui posée.

 

Quand on parle « d’économie verte » on évoque les énergies renouvelables et l’isolation des bâtiments, les activités liées au traitement de l’eau et des déchets, ou encore les métiers liés à la protection de la biodiversité et à l’éducation à l’environnement. Nous avons indiqué depuis longtemps qu’il y avait là des possibilités fortes de créations d’emplois.

 

Mais aujourd’hui, en inscrivant l’économie circulaire au cœur de la stratégie régionale pour l’emploi, nous voulons signifier que c’est l’ensemble des activités économiques – et particulièrement celles de l’industrie – qui doit être concernée : il en va de la robustesse des entreprises régionales et de la pérennité de l’emploi. Face à la croissance inévitable des prix des matières premières et de l’énergie, la pérennité, la résilience des activités économiques passe et passera de plus en plus par la capacité à fonctionner en économie circulaire. En 2014, à l’occasion de la révision du SRDESI, nous souhaitons donc que la Région s’engage de façon claire pour stimuler, accélérer les avancées dans ce sens des PME de la Région.

 

Ajoutons encore que travailler sur l’économie circulaire, c’est une voie pour revenir à une dimension plus territoriale de l’économie : on retrouve les idées de circuits courts, de valorisation des ressources locales, de développement endogène … C’est à toute cette dimension de mobilisation des potentialités de coopération au niveau d’un territoire que fait référence la notion de « Pôles Territoriaux de Coopération Économiques », évoqué dans le chapitre sur la solidarité des territoires.

 

Notons encore que cette dimension économique territorialisée est fortement présente dans le dispositif « ID en campagne », dispositif de soutien aux initiatives citoyennes : il s’avère aujourd’hui que la majorité des projets soutenus se situent dans le champ économique.

 

Soulignons enfin, concernant cet axe économique des politiques régionales, que notre intérêt pour l’économie circulaire n’est nullement en contradiction avec notre attachement à l’économie solidaire. De fait, il y a beaucoup de structures d’insertion par l’économie qui se situent elles même dans le champ de l’économie circulaire. Ressourceries, valorisation de matériaux bio-sourcés, réparation, recyclage, … : l’économie solidaire a souvent permis d’innover dans tous ces domaines. Mais au delà, nous sommes toujours fiers de pouvoir continuer à apporter avec Cap Asso un soutien à l’emploi associatif, sans doute sans équivalent au niveau national.

 

Un autre grand chantier à dimension économique, social et environnemental est celui de la rénovation thermique des bâtiments et en particulier des logements. Nous y reviendrons en décembre lorsque sera présenté à l’assemblée la politique de la région concernant le soutien au logement social : la rénovation thermique en constitue on le sait un des principaux axes d’intervention régionaux.

 

Mais on sait aussi que la lutte contre la précarité énergétique et les gains attendus en matière d’économies d’énergie ne se situent pas seulement dans le logement social. Le parc privé comprend beaucoup de logements passoires et il nous faut trouver les moyens d’aider les personnes dont les revenus sont modestes à pouvoir réaliser les investissements indispensables. Dans cette perspective, nous attendons en particulier beaucoup de la réflexion en cours en vue de créer un organisme de tiers-financement pour l’isolation des logements.

 

Bien évidemment, l’année 2014 devrait aussi permettre de poursuivre et de renforcer la politique d’investissements dans l’efficacité énergétique des lycées : les efforts réalises dans ce domaine depuis le début du mandat vont donner en 2014 leur plein effet.

 

Ces travaux d’efficacité énergétique dans les lycées permettent de faire le lien avec l’autre versant du débat d’orientation budgétaire : la question des ressources. 

 

J’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, les écologistes sont depuis longtemps des adeptes de la « chasse au gaspi ». De ce point de vue, les investissements réalisés dans nos lycées sont des investissements qui préparent doublement l’avenir puisqu’ils permettent aussi et permettront encore plus demain de faire face aux factures croissantes d’énergie.

 

Ajoutons que les équipes de thermiciens intervenant dans les lycées devraient très utilement accompagner les investissements. Nous pensons d’ailleurs que dans un esprit de bonne gestion, il faudrait en accélérer la mise en place sur l’ensemble du territoire régional quitte 0 écorner quelque peu la « règle d’or » de la non augmentation du nombre de salariés à la Région : il y a des embauches, Monsieur le Président, qui permettent de faire des économies !

 

On le voit d’ailleurs bien avec la mise en place d’un service achat qui devrait nous permettre de limiter de réduire nos dépenses de 4,5 M€ : voilà qui tombe vraiment à pic lorsque l’Etat va nous priver de 7 M€ !

 

Lors de la prochaine session, nous aurons aussi l’occasion de revenir sur les dossiers des grandes contractualisations qui devraient marquer l’année 2014, que ce soit avec l’Europe pour le FEDER, le FSE et le FEADER ou encore avec l’Etat pour le Contrat de Plan. Disons simplement pour l’instant sur ces deux derniers dossiers que nous serons très vigilants pour que soient respectées, non seulement pour la forme mais bien sur le fond, les priorités pour « l’économie décarbonée » ou pour la « transition écologique et énergétique »qui figurent dans la définition des orientations définies par l’Union européenne ou par le gouvernement.

 

Monsieur le Président, dans un environnement morose, la Région Centre peut représenter un pôle de résistance mais aussi donner du sens à l’avenir : vous l’aurez compris, pour nous, le sens de l’avenir ne peut être que dans la transition écologique et en particulier dans la transition écologique de l’économie !

 

Session du 17 Octobre 2013
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