Perturbateurs endocriniens : il est grand temps d’agir !

Intervention de Sandrine Tricot

Monsieur le Président, chers collègues,

Les perturbateurs endocriniens ont été mis en lumière très tardivement dans les années soixante-dix avec ce que l’on a appelé « l’affaire du distillène ». Pour rappel, cette œstrogène de synthèse était donnée aux mères pour éviter des fausses couches durant leur grossesse. Ces jeunes filles exposées in utéro ont développé des formes rares de cancer ou des altérations de leurs organes reproducteurs.

Mais, il faudra attendre 2002 pour que l’Organisation Mondiale de la Santé en donne une définition.

Aujourd’hui, il est impossible d’ignorer la présence de ces molécules.

Les perturbateurs endocriniens concernent de plus en plus de citoyens et en particuliers des femmes. Les plus jeunes en période prénatale ou périnatale, lors de la petite enfance et de l’adolescence sont particulièrement vulnérables. Mais messieurs ne vous croyez pas à l’abri. Ils se sont invités dans nos assiettes, nos produits cosmétiques ou pharmaceutiques, les jouets de nos enfants, dans notre eau ou dans notre alimentation… et tout simplement dans notre vie quotidienne de manière insidieuse.

Leurs principes actifs agissent cachés, en petite ou en très petite quantité et sur du long terme. La confrontation à plusieurs perturbateurs semble potentialiser leurs effets comme une bombe à retardement.

Il est difficile de s’en protéger car de nombreuses zones sont exposées. On les retrouve partout, y compris longtemps après leur interdiction. Contrairement à ce que nous pouvons penser, les zones urbaines ne sont pas les seuls secteurs géographiques exposés. Les habitations à proximité des champs traités en zone rurale ne sont pas épargnées par exemple.

Certaines activités professionnelles sont également mises en lumière avec l’utilisation de nombreux produits qui sont aujourd’hui reconnus toxiques comme les bisphénols, phtalates, pesticides et autres.

Vous l’aurez compris : les perturbateurs endocriniens sont particulièrement dangereux car ils sont invisibles, les études parlent de résidu, et démontrent qu’ils agissent sur du long terme.

C’est parce qu’ils nous menacent tous directement qu’il est grand temps d’agir. Ils ont des conséquences catastrophiques en provoquant plusieurs types de cancers, de malformation des organes reproducteurs, de perturbation des hormones, ou encore d’infertilité…

Quelle espèce ne serait pas inquiète de voir sa capacité de reproduction menacée ? Comment ne pas s’alerter du nombre croissant de cancer ou bien du nombre exponentiel de malade de la thyroïde ?

C’est dans ce contexte qu’un vœu a été voté dans cet hémicycle le 2 mars 2017. Il appelait au lancement d’une grande étude sur l’impact des perturbateurs endocriniens. L’étude menée dans notre région a mis en lumière 39 substances prioritaires dont 5 sont interdites.

Depuis, plusieurs plans d’actions européens et nationaux ont vu le jour. Ils ont pour objectifs communs l’identification de ses perturbateurs, l’information des citoyens, la protection de l’environnement et de la population, et la réduction des expositions.

D’autres études nationales complètent la nôtre et aident sur d’autres champs à mieux comprendre, appréhender le rôle de ces molécules particulières et leurs incidences notamment sur les plus jeunes.

 La première cohorte appelée « Etude longitudinale française depuis l’enfance » suit 20 000 enfants depuis leur naissance en 2011. Elle a pour but d’étudier les déterminants environnementaux et sociétaux.

La deuxième cohorte est dite « Etude longitudinale sur les anomalies de la grossesse, l’infertilité et l’enfance ». Elle étudie l’impact des contaminants sur le développement intra-utérin et de l’enfant.

Toutefois, le chemin à parcourir pour limiter les effets des perturbateurs endocriniens est encore long. Plus que jamais le plan d’actions régional présenté ce jour par ma collègue Alix Téry-Verbe est important et nécessaire.

D’autant que la COVID est venue littéralement exploser notre modèle sociétal. Cette crise écologique de grande ampleur touche tous les domaines. C’est une alerte sur le sens du mot « vie ». Les perturbateurs endocriniens font partie de ces dangers majeurs qui planent encore et pour de nombreuses années sur nos têtes.

Si nous voulons réduire leur impact et protéger les plus vulnérables, une prise de conscience collective semble nécessaire.

Les personnels de santé bien sûr, mais aussi les utilisateurs de ces produits, les consommateurs, les citoyens…c’est toute la société qui est concernée et c’est toute la société qui devra agir.

Les élus ont naturellement leur part et le rapport de notre collègue Alix Téry-Verbe l’illustre parfaitement.