Perturbateurs endocriniens : présentation du plan d’action de la Région

Intervention d’Alix Téry-Verbe

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s’inquiète de l’émergence de nombreuses maladies chroniques et suspecte l’implication des produits chimiques dans celles-ci. Des études de suivi de cohortes, depuis les années 2000, viennent abonder cette hypothèse.

La première définition sur les perturbateurs endocriniens (PE) a été soumise en 2002 par l’OMS : « Un PE est une substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et, de ce fait, induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de (sous)-populations. »

Ces substances vont « mimer » les hormones naturelles, bloquer leurs récepteurs ou moduler leurs expressions. Contrairement au modèle classique de toxicité des polluants, les expositions aux perturbateurs endocriniens pour lesquelles les effets les plus délétères sont observés se font à faible ou à très faible dose.

De plus, l’impact sanitaire éventuel des perturbateurs endocriniens ne peut être observé que sur le long terme suite à une exposition chronique à des faibles doses. Il semble que les effets cocktails jouent un rôle important dans l’apparition d’effets néfastes : l’exposition simultanée à plusieurs polluants pourrait amplifier, additionner ou potentialiser leurs effets respectifs.

Les effets des perturbateurs endocriniens ont généralement un temps de latence long ; les effets sont observés plusieurs dizaines d’années après l’exposition, voire sur la descendance (phénomènes épigénétiques).

Les perturbateurs endocriniens ne correspondent pas à une classe de polluants à part entière, mais à un mode d’action. De nombreux polluants (plus de 1 000 molécules) peuvent perturber le système endocrinien sans pour autant partager des caractéristiques chimiques ou physiques.

Les perturbateurs endocriniens peuvent appartenir à différentes familles de composés. Certains produits chimiques industriels (bisphénols, phtalates…), pesticides, pharmaceutiques ainsi que certains produits d’hygiène et de consommation courante peuvent contenir ou être des perturbateurs endocriniens.

Lors de la session plénière du Conseil régional du Centre-Val de Loire du 2 mars 2017, un vœu pour lancer une grande étude régionale sur l’impact des perturbateurs endocriniens avait été adopté à l’unanimité.

La Région s’est donc engagée en 2018 dans la préparation et le lancement d’une étude intitulée « Sensibilisation des habitants de la région Centre-Val de Loire aux enjeux des perturbateurs endocriniens ». Cette mission associe un grand nombre d’acteurs en région, notamment des acteurs de la santé, des représentants de l’Etat, des associations et des représentants de pôles de recherche.

L’étude a permis de mettre en évidence 39 substances prioritaires pour la région Centre-Val de Loire.

Une grande partie de ces substances a été identifiée grâce aux suivis régionaux environnementaux. D’autres, comme les cosmétiques, ou les substances diverses l’ont été grâce à l’extrapolation d’études menées en dehors du territoire régional.

Par exemple, les analyses des prélèvements régionaux (air, eau et sol) ont permis d’identifier notamment 8 insecticides, 3 herbicides, 2 fongicides, 1 fertilisant et un antioxydant. Parmi ces substances, quatre ont des effets perturbateurs endocriniens et cinq sont interdites. En effet certaines molécules persistent dans l’environnement, malgré l’arrêt de leur utilisation (rémanence)

Les perturbateurs endocriniens agissent sur le système hormonal. Ce dernier connaît une activité plus forte lors de certaines périodes de la vie. C’est notamment le cas lors de la période prénatale et périnatale (période des 1 000 premiers jours), lors de la petite enfance ou la puberté. Lors de ces périodes, les conséquences de l’exposition aux perturbateurs endocriniens sont ainsi plus marquées qu’à d’autres moments de la vie.

Pour protéger les citoyens des dangers et risques associés à ces substances, des plans, stratégies nationales ou régionales existent, et tous les leviers d’actions doivent être mobilisés. Cependant, les réglementations sont incomplètes et des progrès restent à faire.

De espoirs d’améliorations font surface régulièrement mais sont systématiquement sapées par des groupes aux abois qui craignent pour le développement de marchés qui sont juteux mais qui n’ont pas prouvé loin de là leur innocuité. Récemment un article intéressant du Monde du 22/06 a révéler la stratégie de groupes qui s’appuient sur des scientifiques qui se disent experts mais qui ont surtout des intérêts conflictuels ! Malgré la supercherie pointée publiquement par le journal, le mal est fait, le principe du doute s’immisce, comme lorsque les climatosceptiques il fut un temps réussissaient à mettre le doute sur ce qu’aujourd’hui plus personne ne conteste, le dérèglement climatique !

Ne nous y trompons pas, le principe de précaution doit être la règle, d’autant plus quand il s’agit de santé publique. Mais si nous ne pouvons pas compter sur une réglementation à la hauteur, nous devrons utiliser d’autres leviers pour faire changer les pratiques. Mettre en place des stratégies d’évitement qui obligeront les industriels à changer leurs pratiques.

C’est tout l’objet de ce plan d’actions.

Le travail de construction du plan d’actions est mené avec l’ensemble des membres du COPIL. Les membres de l’équipe projet ont d’ores et déjà été sollicités pour se positionner sur des actions, et seront incités à le faire régulièrement. La Région engagera cependant les premières actions de sensibilisation / prévention dès septembre 2020. Dans le cadre du déploiement du plan d’actions, la Région a un rôle d’animation, de suivi des actions et des indicateurs. Une réunion annuelle est envisagée pour faire un point sur l’état de réalisation des actions.

Des leviers sont disponibles pour enclencher une réduction et à terme la suppression de l’utilisation de substances ayant des effets perturbateurs endocriniens. L’amélioration de la connaissance, la sensibilisation des populations à une consommation éclairée, la formations des professionnels, la conditionnalité dans la cadre de l’achat public, sont autant de leviers pour réorienter une production afin qu’elle réponde aux nouvelles demandes des utilisateurs.

Le plan s’articule autour de 3 axes :

Le premier information/communication avec par exemple la création d’un espace dédié sur le site internet de la Région.

Le second connaître avec entre autres l’étude de la création d’un pôle de recherche et de suivi autour des perturbateurs endocriniens.

Le troisième axe « sensibiliser pour réduire » avec par exemple la diffusion d’outils de sensibilisation auprès des professionnels de santé, des crèches, des assistants maternels, des PMI.

La Région souhaite également s’engager sur l’exemplarité de son action au travers de ses politiques d’intervention et de son organisation interne à travers la co-construction d’un plan d’actions interne sur les perturbateurs endocriniens.

Elle initiera en 2020 ce travail avec les directions concernées.

Avec des actions telles que :

  • Accentuer le soutien des projets de recherches pour améliorer les connaissances sur les PE et la recherche d’alternatives
  • Orienter la commande publique par la mise en place d’éco-conditionnalités dans les contrats et les achats publics pour demander aux fournisseurs de limiter, puis supprimer, l’usage des PE présents dans de nombreux produits. Des bénéfices qui peuvent être partagés avec de plus petites collectivités qui n’ont pas de pouvoir de commande aussi important.
  • Modifier les pratiques dans la gestion des lycées et de l’ensemble des bâtiments de la collectivité : alimentation biologique, supprimer contenants en plastique, renouvellement des ustensiles de cuisines, vaisselle avec des matériaux sans pe, produits d’entretien, textiles des vêtements professionnels, savons dans les sanitaires, entretien des espaces verts sans pesticides, revêtements et mobilier…
  • Soutenir la filière agricole biologique
  • Financer des formations spécifiques des personnels soignants
  • Mettre en place des Eco-conditionnalités dans le cadre des aides économiques pour pousser l’industrie dans le renouvellement et la réorientation des pratiques (exemple industrie plastique, cosmétique…) et dans le cadre du soutien aux manifestations culturelles.
  • Interpeller les pouvoirs publics pour faire changer la réglementation à l’échelle européenne

Au titre de ce plan interne, il vous est proposé de permettre au Président de signer la charte d’engagements régionale de lutte contre les perturbateurs endocriniens qui est inscrite dans ce rapport. Cette signature sera une des premières actions du plan d’actions et considérée comme un acte fondateur.