Plan Bio : accélérer la conversion du modèle dominant

Intervention de Benoît Faucheux

Le Plan Bio 2020-2022 s’inscrit dans l’objectif que nous avons voté dans notre SRADDET : passer de 3 % de surface agricole aujourd’hui en région Centre-Val de Loire à 7 % en 2025 et 15 % en 2030. Cela implique un rythme de conversion de 23 800 ha/an. Il est aussi cohérent avec notre objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et plus largement de réduction de l’empreinte écologique de notre économie.

Pour développer l’agriculture biologique, nous devons tout à la fois accompagner les installations de nouveaux paysans et les conversions de ceux qui sont déjà installées..

Pendant longtemps, le milieu agricole et rural a souffert de l’exode et de la désaffection du métier. L’on se désespérait de voir le nombre d’installations chuter, du manque d’attractivité du métier. Mais depuis une bonne dizaine d’années, l’on a vu arriver des nouveaux venus dans le secteur. Des jeunes actifs, souvent avec une autre expérience professionnelle, qui n’étaient pas enfants d’agriculteurs et n’avaient donc pas de ferme à reprendre. Dans le maraîchage, mais aussi dans la viticulture, l’élevage…

Pour ces personnes fortement motivées l’installation en bio est une évidence, cela fait partie des éléments qui les motivent. Des dispositifs d’accompagnement spécifiques ont été créées à l’initiative de l’ARDEAR et du pôle INPACT. Ces installations sont le plus souvent sur de petites structures, avec donc très peu d’aides de la PAC, ces dernières étant calculées à la surface. Je me réjouis donc que le plan bio prévoir un dispositif spécifique pour les petites fermes.

Mais pour atteindre les objectifs de notre SRADDET, il faut aussi accélérer la conversion des agriculteurs existants. Le mouvement de l’agriculture bio commence à décoller dans toutes les régions, et en particulier dans les régions céréalières. Les grandes cultures représentent le plus de surfaces agricoles (70 %). Pour qu’elles suivent le rythme de conversions nécessaire, c’est environ une centaine d’exploitations qui doivent engager un processus de conversion chaque année jusqu’à 2030, alors qu’en ce moment une vingtaine se convertissent chaque année. Pour soutenir ce mouvement de conversion, nous devons développer ce qui a déjà démontré son efficacité :

  • Les groupes d’échanges de pratiques mixtes : bio et non bio
  • La structuration de la filière légumineuses, insuffisante en région Centre et pourtant fondamentale. En effet, un des ingrédients du succès d’une conversion en bio est la capacité de remplacer les engrais azotés chimiques (responsables de 40 % des émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture, et d’une forte pollution des eaux) par des engrais organiques. Le meilleur des engrais organiques, ce sont les plantes, notamment les légumineuses, qui fixent l’azote de l’air (ce sont les seules plantes à savoir le faire). Pour structurer la filière il faut permettre un savoir faire technique, développer les infrastructures nécessaires comme les silos, des débouchés – notamment en alimentation humaine – pour meilleure viabilité des fermes, etc
  • L’accompagnement par des structures reconnues sur le territoire pour leur professionnalisme, notamment l’interprofession Biocentre.

L’agriculture biologique réduit l’empreinte écologique de notre économie, crée plus d’emploi à l’hectare que l’agriculture conventionnelle. Il y a une forte aspiration de nos concitoyens à manger des aliments sains et biologiques, et un mouvement de conversion et d’installation sans précédent. Ce plan bio est un pas de plus pour accompagner le développement de la bio qu’il faudra prolonger par une orientation plus affirmée des fonds européens gérés par la région dans la prochaine programmation.