Plan Bio 2020-2022

Intervention de Christelle de Crémiers

Ce Plan Bio est une bonne nouvelle. Car les freins à la conversion ont été particulièrement efficaces dans notre région. A force de freiner, celle-ci occupe désormais la dernière place ex-aequo en production Bio et dernière, de loin, en transformation Bio. Ceci étant posé, j’aimerais interpeller un raisonnement qui s’est souvent tenu dans cet hémicycle. Je cite : « Il ne faut pas opposer le Bio et le conventionnel. Il y a de la place pour tous les goûts. » Comme si le Bio était une option parmi d’autres. Une option de niche. C’est un mauvais raisonnement. Il y a un moment où il faut donner un cap. Cela peut prendre du temps, la transition écologique de l’agriculture se fait sur la durée, elle doit être accompagnée. Mais il faut accepter de se dire que l’évolution vers l’arrêt des pesticides et des intrants chimiques de synthèse doit être un objectif commun. Cela ne se fera pas tout seul, et encore moins en laissant faire le marché. Car les émissions carbone issues de l’agriculture conventionnelle, les pollutions des nappes phréatiques, la disparition de la biodiversité, l’appauvrissement des sols sont transparents aux yeux du marché. Le comportement des acheteurs et des consommateurs ne suffit pas pour infléchir les pratiques car les informations mises à leur portée sont incomplètes et trop parcellaires. C’est aux élus de donner le cap et d’accompagner les acteurs tout au long du parcours de la transition.

La transition écologique de l’agriculture n’est pas linéaire. En d’autres termes, la diminution progressive de la quantité de pesticides ne mène pas vers l’agriculture biologique. En plus, dans les faits, et c’est logique, c’est le contraire qui se produit. Lors du forum sur la relocalisation, France Nature Environnement a commenté l’augmentation du nombre de tonnes de pesticides déversées dans notre région qui est de +25% au cours des dix dernières années. La transition implique un changement bien plus global que la diminution, pour l’instant hypothétique, des intrants. Elle implique des pratiques profondément différentes, de la diversité des cultures, des semences anciennes, et une envie de la part de l’agriculteur, à l’image des paysans, de refaire société sur son territoire et de reprendre en main ses choix de production et de prix. Les producteurs Bio sont souvent à l’initiative de démarches solidaires de territoire, comme à Lucé ou à Mainvilliers où le CCAS travaille en collaboration avec l’AMAP pour la livraison de paniers aux épiceries solidaires. Vous l’aurez compris, il s’agit d’un changement systémique et c’est pourquoi il relève de la volonté politique et particulièrement de la politique régionale.

Ce changement de vision et de comportement concerne aussi les consommateurs. La transition des habitudes alimentaires n’est pas linéaire non plus. Consommer de temps en temps un produit Bio ou introduire un repas Bio par mois dans une cantine relève de l’anecdote. L’étude de Solagro « Le revers de notre assiette » le montre explicitement : les consommateurs réguliers d’aliments Bio, consomment différemment. Moins de viande, plus de produits bruts, plus de légumineuses, plus de fruits secs, plus de cuisine aussi. Et beaucoup moins de sodas. C’est logique, car les consommateurs réguliers de Bio ne voient plus les choses pareilles. Là où plus jeunes, ils mangeaient un cordon bleu industriel sans se poser aucune question, non seulement ils ne peuvent plus le consommer car ils savent désormais comment il a été fabriqué et ce qu’il contient, mais ils ne l’offriront pas non plus à leurs enfants. C’est une révolution intérieure et personnelle qui a des répercussions sur notre économie et donc sur l’environnement.

J’aimerais partager avec vous l’une des belles surprises du mandat sur l’alimentation. La Région soutient le GRAINE CENTRE pour l’organisation des défis de l’alimentation durable. Nous terminons la troisième édition. Lors de la première édition, 120 familles ont participé par équipes de dix. Le défi consistait pour des familles qui ne consommaient pas de Bio, à commencer à en consommer. Pour cela, les associations du GRAINE organisent des animations de rapprochement entre les familles et les producteurs locaux, pour mieux se connaître et mieux connaître les produits. Elles organisent également des ateliers cuisine pour apprendre à cuisiner à partir de produits bruts. C’est le « Vrai par Nature » en mode apprentissage. Contre toute attente, c’est le groupe de familles aux revenus les plus modestes en quartier politique de la ville qui a gagné haut la main. Ils ont pulvérisé l’idée reçue selon laquelle le Bio c’est pour les bobos. Je les ai interviewé : « Allez-vous revenir vers vos anciennes habitudes maintenant que le défi est terminé ? Car cela représente un budget plus important tous les mois. » La réponse a été catégorique : non. « La qualité des aliments, c’est notre santé. Nous ne pouvons plus consommer comme avant, parce que maintenant, on sait. » Ce qui est très intéressant dans le parcours des défis alimentation, c’est la sensibilisation au métier d’agriculteur. En quelque sorte, le prix des aliment cesse d’être une simple étiquette anonyme sur un rayon de hard discount qui réduit tous les produits à une seule dimension, pour devenir la rémunération du travail du producteur. Soyez-en assurés, une alimentation saine et Bio est accessible à tous.

Autre idée reçue qu’il convient de déboulonner : que le Bio dans les cantines va représenter un surcoût pour les familles. De nombreuses collectivités l’ont prouvé, la dernière en date, la commune de 9000 habitants de Mouans Sarthoux en Alpes Maritimes qui est 100% Bio sans surcoût pour les familles. L’économie moyenne par repas grâce à des actions de lutte contre le gaspillage est de 30 centimes, ce qui absorbe le coût du Bio, tout en ayant recours plus souvent à des protéines et à du calcium d’origine végétale. C’est pourquoi le rapport propose d’augmenter l’accompagnement des lycées pour l’introduction de produits Bio à la cantine et d’aider les petites cantines scolaires avec 10 centimes par repas pendant leur transition car plus la structure est petite, plus le surcoût est important par repas.

C’est pourquoi aussi, quand la région a élaboré avec les têtes de réseau régionales (les consulaires, l’AREA, Inpact Centre, Bio Centre, et six autres réseaux) les critères de reconnaissance des Projets Alimentaires de Territoire en Région Centre Val de Loire, elle a inscrit l’agriculture biologique comme devant faire partie du projet.

D’autres Régions en France se sont donné comme objectif de passer intégralement en conversion Bio ou en HVE sous dix ans. Mesurons ensemble la distance qui nous sépare ici de cet objectif. Gageons que ce Plan Bio, qui recèle de nombreuses mesures incitatives autant pour les producteurs, les consommateurs que pour les transformateurs, saura amorcer l’accélération nécessaire de la transition agricole dans notre région.