Plan déchets : le projet de création d’une usine de Tri Mécano-biologique (TMB) en Touraine

Intervention de Sabrina Hamadi

Président, chers collègues, si globalement, le Plan Régional de Prévention et de Gestion des Déchets (PRPGD) fait consensus, son élaboration fut  quand même marquée par une levée de boucliers localisée en Indre-et-Loire, autour d’un projet de création d’une usine de Tri Mécano-biologique (TMB). Ce sujet a fait naître une polémique d’une ampleur équivalente au périmètre des personnes concernées. Je profite donc de ce débat pour revenir sur les objectifs qui motivent notre opposition à ce projet.

La priorité, c’est la réduction des déchets. Il s’agit d’un point crucial du débat. L’usine en question est présentée comme une « unité de valorisation énergétique », ce qui implique que son modèle économique exige un approvisionnement continu en déchets non triés, pendant plusieurs décennies. Cette exigence s’oppose à la logique de généralisation du tri à la source des biodéchets à l’horizon 2025.

Nous considérons que la réduction des déchets est un impératif environnemental essentiel dans la préservation des ressources, donc participe de la lutte contre le dérèglement climatique. La métropole tourangelle possède déjà de nombreux leviers pour réduire les déchets mais tous n’ont pas été activés. 

Le premier objectif de réduction concerne les Ordures Ménagères résiduelles (OMr) en triant tous les plastiques.

La nouvelle usine de tri, mise en service dans le second semestre 2020 à Parçay-Meslay, sera capable de traiter tous les plastiques participant ainsi à réduire d’environ 10% les Ordures Ménagères résiduelles en les transférant de la poubelle bleue vers la poubelle jaune du recyclage.  On rappellera que cette suppression totale des plastiques dans les OMr réduira sensiblement le Pouvoir Calorifique Inférieur (PCI) de la matière (Combustible Solide de Récupération) dans le cas d’une usine de valorisation de type TMB. Ce qui rend son modèle encore plus fragile économiquement. En effet, les CSR de mauvaise qualité se vendent actuellement à prix négatifs sur le marché national.

Le deuxième objectif porte sur les biodéchets par une collecte à la source chez les professionnels et le développement du compostage

 Le PRPGD permet également la création d’unités de compostage et de méthanisation. Ces unités pourraient être dans un premier temps alimentées en collectant les bios déchets des professionnels. Citons l’exemple de l’entreprise ST Microelectronics qui aujourd’hui évacue 25tonnes/an de bios déchets à 70km dans le Loir-et-Cher, faute de propositions sur le territoire tourangeau. 

On pourrait aussi collecter régulièrement le contenu des composteurs collectifs (qui deviendraient des semi-composteurs supprimant ainsi les risques de contaminations dues à une mauvaise exploitation). Aujourd’hui la demande de composteurs collectifs est forte et pourrait facilement être développée au regard des listes d’attente de particuliers sur les unités existantes.

Au regard des objectifs énoncés, nous considérons que le TMB est une solution dispendieuse et incohérente avec une politique de réduction des déchets 

Il faut redire que les solutions offertes pour réduire les déchets sont multiples. Nous suivrons, donc avec intérêt l’étude alternative à un TMB. Pour nous, mais également pour les associations œuvrant dans ce champ d’activité, cette usine est un véritable « aspirateur à déchets ». Il est impensable de lancer ce type d’investissement sans évaluer la baisse potentielle de production d’OMr à l’horizon 2025 et la diversité des exutoires (tri à la source, enfouissement, incinération, CSR).

L’hypothèse de la mise en place d’une usine TMB, outre la difficulté de son implantation sur le territoire représenterait un investissement très conséquent, injustifiable écologiquement et incohérent avec les priorités données à la politique de gestion des déchets.

De fait, il enfermerait pendant des décennies la métropole dans la nécessité de « produire » des déchets, l’empêchant ainsi de développer une véritable politique de prévention et de tri à la source qui sont des priorités.

Président, chers collègues, je conclurais cette intervention en rappelant que la réponse à la surproduction de déchets n’est pas que technique, elle est comportementale. Nous devons nous engager dans la transition de nos modes de consommation.