Plan régional pour l’égalité 2018-2021

Intervention de Sabrina Hamadi

 

L’égalité est un des trois principes fondamentaux de la République. Son application fait l’objet d’une bataille lente qui se joue au quotidien. Parmi  eux, l’égal accès au droit, bien sûr mais aussi, l’égalité femmes/hommes, l’égalité sociale et sociétale mais également l’égalité face aux impacts du dérèglement climatique (Alix TERY-VERBE en parlera). C’est sur ces lignes de force que s’est construit ce plan égalité, dont la déclinaison se veut transversal. Ce plan, élaboré avec les acteurs régionaux, veut répondre à deux questions :

  • Comment peut-on améliorer l’exemplarité de la collectivité en la matière ?
  • Et qu’est-ce qu’une collectivité régionale peut apporter aux citoyens et aux acteurs de terrain ?

Avant d’évoquer les sujets emblématiques en matière de lutte contre les inégalités, il est important de rappeler que le droit premier en matière d’égalité est l’accès au droit. Sans accès au droit, il est impossible d’exercer pleinement sa citoyenneté particulièrement pour les moins avertis. Dans des sociétés complexes comme les nôtres, la question de l’accès au droit est un enjeu démocratique majeur. A tel point que cela pourrait constituer un des indicateurs mesurant le niveau démocratique d’une société.

Le plan égalité propose de travailler sur une information claire, lisible et accessible pour tous, à travers des fiches pédagogiques à destination des citoyens. Une enquête sur l’accès au droit réalisée par le défenseur des droits vient renforcer l’action que nous souhaitons engager. Il y est dit, entre autres choses, que d’une part, 20% de la population méconnait son droit à contester une décision d’un service public et d’autres part, les difficultés à contacter une personne et le manque d’information. En parallèle, la mise en place de l’ouverture des données publiques doit permettre de mieux informer les Français et fournir des éclaircissements sur de nombreux aspects des collectivités ou autres juridictions.

1 L’inégalité entre les femmes et les hommes est très certainement la « mère » des batailles pour une société plus égalitaire. Non seulement parce qu’elle repose sur une condition physique immuable mais surtout parce qu’elle a produit un système de domination ancré depuis des siècles, voire des millénaires dans nos sociétés. Cette construction mentale, culturelle est tellement ancienne qu’il est, aujourd’hui encore, difficile de s’en émanciper, d’avancer vers une égalité réelle entre les femmes et les hommes. Si chaque à époque, des hommes et femmes se sont insurgés contre cette condition inégalitaire, le chemin est encore long. Aujourd’hui, les combats portent sur l’égalité salariale, l’accès à des postes à responsabilité et/ou à des fonctions décisionnaires ou encore la lutte contre les violences et le harcèlement.    

En matière d’égalité H/F, les problématiques de harcèlement et de violences faites aux femmes figurent parmi les plus abjectes. Rappelons ce chiffre terrible de 602 viols enregistrés en région Centre-Val de Loire sur la période 2015-2017 et 898 agressions et harcèlements sexuels. Pis, ces données ne représentent qu’une faible part du phénomène réel en raison d’un faible taux de signalement (environ 8 % des victimes portent plainte). La tâche est immense et ce plan entend agir prioritairement au sein de notre collectivité. Il nous faut aider à libérer la parole et accompagner les victimes vers le long chemin de la réparation. C’est la raison pour laquelle la Région souhaite expérimenter, avec ses partenaires une coordination des politiques publiques sur le territoire régionale pour permettre un meilleur accompagnement des victimes.

2 Les inégalités se combattent dès le plus jeune âge : Changer les regards, les représentations, les pratiques est un travail de long terme avec la jeunesse, afin de limiter les comportements de reproduction sociale. Partant du principe qu’aucun droit n’est acquis définitivement, il est nécessaire de continuer et d’améliorer les dispositifs de sensibilisation, de mobilisation ou encore les actions de promotions, bien sûr pour lutter contre les stéréotypes, les comportements sexistes, les violences faites aux femmes mais aussi pour changer les regards, les pratiques, les parcours. Il s’agit, au regard des statistiques sexuées réalisés en 2016 d’inverser les tendances de fond ;

3 Respecter le principe : « A travail égal, salaire égal » Un principe qui a été rappelé et élargi par une dizaine de lois. La première date quand même d’il y a 45 ans, la dernière était en 2014. Cette dernière loi est un peu plus contraignante : elle dit que dans chaque entreprise de plus de 50 salariés, l’entrepreneur doit réaliser deux choses : diagnostic des différences de salaire dans l’entreprise et un plan d’action pour y remédier. Le problème, c’est que seulement 39,5% des entreprises ont fait ce diagnostic. Il faut noter qu’à poste équivalent les femmes gagnent 10,5% de moins que les hommes. Pour ce qui concerne la Région, l’écart à corriger est d’environ 500€ malgré les efforts déjà engagés depuis plus d’une dizaine d’années… Il nous faut identifier les causes de ces différences et identifier les leviers qui permettront de corriger les inégalités restantes.

3 Intégrer la différence dans les politiques publiques, dans les pratiques, dans l’espace public : La question du handicap, des personnes à mobilité réduite, du genre sont au cœur des problématiques d’éducation, d’accessibilité et de pratique des espaces de vie (espace public, administration, entreprise, établissement scolaire, lieux de formation). Qu’elle soit d’origine mentale, psychique, sensorielle, cognitive, physique, plurielle ou simplement dues à l’avancée en âge, la situation de handicap entrave la vie de plusieurs millions de personnes, les laissant bien souvent en marge des politiques publiques qui prônent plus facilement la performance et l’individualisme.  Agir efficacement c’est agir collectivement, Agir pour plus d’inclusion

4 Mettre à l’abri les plus vulnérables. Pour terminer sur les inégalités sociales et sociétales, je souhaiterai mettre en avant l’action N°26, notamment le point concernant la problématique de l’hébergement des personnes en situation d’exclusion ou de grande précarité dont le droit des mineurs non accompagnés (Estelle COCHARD développera ce point). Lors de la campagne présidentielle, le candidat Emmanuel Macron promettait que plus aucune personne ne serait à la rue d’ici la fin de l’année (2017 en l’occurrence)… Nous sommes en fin juin 2018 et tout le monde peut constater, chacun dans sa ville, que des personnes dorment toujours à la rue, dans des squats ou dans les gares… Encore une promesse non-tenue… La Région, qui n’est pas en compétence sur le sujet, invite les collectivités ou les autres acteurs potentiellement concernés à utiliser les dispositifs régionaux pour améliorer significativement le taux de prise en charge des personnes vulnérables, particulièrement les familles avec enfants. En 2018, encore… des bébés dorment dans la rue ou dans des squats insalubres et insécurisés !  Là aussi la Région se mobilise, là aussi la Région fait sa part, là aussi, la Région est fidèle à ses valeurs de gauche. 

Les inégalités de classe, les discriminations liées à une différence sont les maux contre les lesquels nous devons agir. L’écart entre les 10% les plus riche et les 10% les plus pauvre, tout comme le degré de tolérance et d’acceptation des différences, qu’elles soient, sexuelles, religieuses, physiques, reflètent le niveau de bien-être d’une société. Force est de constater, qu’aujourd’hui, entre la montée politique du populisme d’extrême droite, la tolérance envers les groupuscules néo-fasciste, le fantasme de la submersion migratoire, la recrudescence des actes de violence homophobes et/ou fanatiques, il y a urgence, en tant que responsables politiques situés à gauche de l’échiquier politique, à réaffirmer, à travers les politiques que nous mettons en œuvre, les valeurs progressistes, humanistes et écologistes, seules à même de proposer un futur désirable.