Point d’étape sur le schéma régional de développement économique (SRDEII)

Intervention de Charles Fournier

Très utile bilan face au risque que nous avions évoqué et que nous craignons de voir se réaliser, un déplacement du débat sur l’éco vers notre agence. 

Quelques éléments de contexte qui permettent de mieux comprendre mes remarques : 
Sur le plan socio-économique, contexte d’une économie mondialisée, d’un néolibéralisme et de ses conséquences. transformer nos économies, nos territoires et l’ensemble des actifs pour les rendre plus adaptables, plus mobiles, plus flexibles, en somme plus apte à supporter l’accélération des flux imposés par la mondialisation sans règles ni bienveillance à l’égard des femmes, des hommes et de la planète. 
Les entreprises régionales très largement sous-traitantes très dépendantes de la concurrence mondiale et des marchés internationaux : On peut évoquer le cas de Michelin à Joué-les-Tours, la délocalisation non justifiée au regard des résultats du groupe a abouti à un licenciement de 730 personnes. On peut aussi évoquer le cas BOSCH à Vendôme qui réclamait plus 1M d’€ aux collectivités pour ne pas délocaliser en Roumanie
Alors que peut faire une région ? comment résister et aider à la résilience des activités économiques dans nos régions. 
Certains préfèrent la résignation et le seul accompagnement. La tentation est grande de n’envisager que la compétitivité et de suivre le mouvement de concurrence induit par la mondialisation. 
On peut donner beaucoup pour cela, des aides éco vers des grands groupes qui demain délocaliserons sans que nous ayons aucun moyen de demander le remboursement des aides même si on en parle bcp. 
On  peut investir de manière massive dans la recherche et développement pour être concurrentiel dans un modèle qui au final fragilise ces activités et au-delà notre avenir.
On peut continuer à jouer la carte de l’attractivité, de cette idée qu’une entreprise viendrait chez nous parce qu’il y fait bon vivre et que l’herbe est plus verte qu’ailleurs
On peut massivement investir dans une économie que l’on dit solide dans cette compétition au détriment des activités locales des PME-PMI, de l’ESS, des circuits courts dans tous les domaines…

On peut rester sur une logique de l’économie linéaire : extraire, produire, jeter.
L’enjeu est bien au travers d’un premier bilan du SRDEII qui fixait une ambition dans le contexte d’un chef de filat affirmé est de mesurer l’efficacité de notre action. Et elle se mesure sur au moins quatre dimension : 
L’efficacité économique : la transformation de la structure éco de notre région, la plus grande indépendance, la solidité des activités, les créations d’entreprises, le bon fonctionnement de l’écosystème d’accompagnement, la diversité…
L’efficacité sociale : les emplois, la qualité de ces emplois, la formation, la place que chacun trouvera dans notre économie, les enjeux d’égalité…
L’efficacité écologique : nos activités altèrent-elles notre environnement, le climat, la qualité de notre vie, génèrent-elles plus de déchets, plus de pollution, plus de dégradation de la biodiversité
L’efficacité citoyenne et démocratique : a-t-on une meilleure maîtrise collective de notre développement, la gouvernance locale existe-t-elle, moins de dépendance de donneurs d’ordre sans visage ? l’économie au service de la solidité de nos territoires, durabilité ?

Efficacité économique

Dev’up : ok sur accompagnement, simplification
Mais pb de visibilité sur sa gouvernance, ses résultats. Demande conférence annuelle économie, ne pas être dessaisi du débat économique
Aide à la création : ok
Accompagnement : un écosystème est en place, très bien. Attention à ce qu’il soit bien porteur des différentes compétences et notamment sur l’accompagnement des transitions
Mais la configuration globale/le profil économique bouge lentement, les principaux secteurs d’activité régionaux sont peu compatible avec le climat (automobile, agriculture, aéronautique, …) = difficulté pour opérer la transition, besoin d’une conversation forte de l’appareil productif avec positionnement sur d’autres marchés.
Dépendance forte des entreprises sous-traitantes vis-à-vis des marchés internationaux (= 1 sous-traitant sur 2 est une entreprise artisanale) = besoin de formation adapté aux besoins à court terme, besoin d’un outil de production à moderniser dans une logique de compétition internationale => dépendance des fonds régionaux pour la formation et industries du futur) 
Peu de nouvelles filières d’avenir qui émerge, relocalisation des activités limitées… 
Fragilité reste : dépendance vis-à-vis des donneurs d’ordre, de la concurrence internationale qui est déloyale, besoin en investissement régulier pour s’adapter à l’offre, pas prise en compte des transitions comme nouveau modèle de développement,… 
Modèle entreprises fragiles : start up (cf intervention numérique)
Logique des aides éco : questionnement maintenu sur l’effet levier de toutes les aides, sur la Il existe toujours un effet d’aubaine. 
Diversification de l’ingénierie financière. bilan positif notamment pour les outils en direction des TPE. (fonds de garantie et à celui concernant les entreprises en difficultés). Nous sommes plus dubitatifs sur les fonds d’investissement à destination des start-up qui représente des montants importants. Sur ce point, il est bien difficile quand on n’est pas expert de se faire un avis sur l’opportunité de tels outils en matière de retombées pour le territoire, ni même sur la pertinence de financer tel ou tel projet. Bilan précis. Regard pas que positif sur les star-up, au-delà de l’image moderne, prodigieusement efficace et tout en même temps cool et branché des start up qui ne sont d’ailleurs jamais vraiment définie. J’y reviendrais sur le rapport numérique

Efficacité sociale
Formation : cf rapport défi et plus largement enjeu parcours, chiffre chômage, précarisation…
Capital humain : réseau CMA, géhodes…
ESS : ok une stratégie mais peu d’actions encore initiée. Pilier d’un modèle de développement des territoires ruraux notamment. PTCE, territoires zéro chômeur, financement participatif, monnaies locales…
Emplois non délocalisables restent un enjeu fort
QVT, égalité…

Efficacité écologique
Tansition écologique de notre appareil productif était indispensable et prometteuse. 
La traduction du SRDEII dans les politiques sectoriels et dans conventions cadre avec les chambres reflète l’engagement dans la transition écologique. 
Points très positifs : 
– économie circulaire : du concept au réel, le récit futur, des enjeux énormes …Cf écologie industrielle : 1800 synergies, 7 zones activités (lien territoire industrie, CTE…)
– agroécologie même si pas assez vite, plan ambition en faveur de la bio et de la relocalisation 
– PTRE, sem tiers financement, impact économique important massification isolation, filières économique biosourcés
Cependant, la mise en œuvre opérationnelle et les moyens consacrés ne sont pas la hauteur de l’urgence à agir pour opérer la transformation écologique. 

Le bilan des aides économiques 2017 montre qu’environ 4 millions d’euros ont bénéficié à des projets participant de la transition écologique, sur plus de 34 millions d’engagement dans l’activité économique régionale. A l’échelle nationale, 350 milliards investissements, seulement 40 sont verts… vigilants sur la nature des activités des entreprises aidées. Il arrive que la Région apporte son soutien au financement d’activités écologiquement incompatibles et éthiquement douteuses. 
Place donnée à la recherche et développement au regard de son efficacité écologique et sociale. CAP Recherche et Développement en raison de la nature de l’aide (bien souvent des subventions), des montants conséquents et des projets souvent peu compatibles avec la transition écologique.
Dev’up : un comité spécialisé RSE mais ce n’est qu’une petite entrée du sujet et manque un comité sur la transition écologique à l’instar de ce qui est lancé sur la formation. Cf révolution industrielle en Nord Pas de Calais. Viser l’excellence écologique, structurer des filières d’avenir, accompagner les transformations des filières qui ne seront plus compatibles avec les enjeux écologiques
Le dérèglement climatique, la précarité grandissante des salariés : relocaliser nos échanges économiques pour faire vivre nos territoires et nos terroirs grâce à des emplois non-délocalisable, adapter l’agriculture régionale aux enjeux climatiques et écologiques et à développer des filières d’avenir liées à la transformation écologique de l’économie. Saluer le travail sur alimentation..

Efficacité démocratique et citoyenne : l’économie cela nous regarde tous, écosystème au service de tous, la transparence de l’intervention publique…
L’action de l’agence Dev’up encore manquer de lisibilité et de transversalité. On ressent une forme d’éloignement due à l’externalisation des missions et de fait un risque de dépossession des choix vis-à-vis de l’assemblée de régionale. Mieux partager son action : 
Manque de lisibilité : Depuis sa mise en œuvre, force est de constater, qu’hormis le détail du plan d’action annuelle aboutissant à une subvention de plus de 5M€ (fonds propres de la région + fonds FEDER), il y a peu de détails sur les résultats et les finalités.
Manque de transversalité : L’externalisation des missions de développement économique devait permettre une plus grande proximité territoriale autour des antennes départementales et une plus grande diversité d’acteurs pour une véritable co-construction. Toutes les connections ne sont pas faites. Je pense également au lien avec les autres services du conseil régional, l’environnement ou l’énergie qui ont à apporter. L’écologie industrielle et territoriale est plein de promesses.  
Nature des sujets traités : cf transition écologique, mais aussi entreprise citoyenne. Nous nous réjouissons des progrès à venir en matière de responsabilités sociales et environnementales avec l’installation d’un groupe dédié. Nous comptons sur les membres de ce groupe pour éviter que le développement de la RSE dans les entreprises ne se résume qu’à un catalogue de bonnes intentions ou à du greenwashing. 
La gouvernance de l’agence et plus largement de la politique de développement économique se confondent. 
Réfléchir à sa gouvernance et aux évolutions qui permettrait une meilleure prise en compte des enjeux L’architecture de gouvernance de Dev’up construite en collège à la manière d’une SCIC est une bonne chose. Un bémol toutefois, un manque de diversité : la mise en place d’un collège associatif et syndical aurait pu permettre, là encore d’apporter une diversité de point de vue et enrichir la gouvernance et les choix d’orientation. Rôle et place pour les associatifs, des syndicats de salariés, des consommateurs… dans le pilotage du SRDEII : Nous avions également acté dans le SRDEII l’intégration d’acteurs associatifs du fait de leurs expertises spécifiques. Où en est-on ? le bilan ne le dit pas. 
Quid de la conférence régionale de développement économique et de l’emploi ? Je n’ai pas souvenir d’avoir été convié à une deuxième édition. Il y a bien eu la première dans la foulée du vote du SRDEII. La conférence conférence régionale de développement économique et de l’emploi prévue dans le SRDEII est inscrite comme une instance de pilotage, la concrétisation de la démarche globale de démocratie permanente. Surtout, cette instance était censée se tenir tous les ans. Le bilan ne dit rien de cela
Efficacité aides éco : résilience – véritable effet levier pour les TPE-PME qui en bénéficient particulièrement pour les aides de moins de 20 000€.. Maintenir un tissu de petites et moyennes entreprises agissant le plus possible sur des secteurs d’activité non-délocalisable est essentiel pour se prémunir d’éventuels crises économiques.

Conclusion : 
Le SRDEII est ambitieux. 
Le virage écologique et social nécessite de réorientation plus marquée notre politique de développement économique. 
Le cap des écologistes n’a pas changé : Réduire l’empreinte écologique des zones d’activités et de l’immobilier d’entreprises, l’impérieuse nécessité d’orienter nos politiques agricoles vers l’agriculture paysanne et biologique. développer des filières solides et pourvoyeuses d’emplois dans les domaines de l’économie circulaire, l’économie sociale et solidaire, l’écologie industrielle et afin orienter l’innovation et la recherche-développement au service de l’écologie.