Pourquoi une stratégie Europe ?

Intervention de Charles Fournier

Pourquoi une stratégie Europe ?

Parce que la Région a un rôle à jouer autour des actions de sensibilisation, d’information sur l’Europe, autour des enjeux de mobilité des jeunes, étudiants, apprentis, lycéens…

Parce que la Région a une responsabilité renforcée en matière de fonds européens depuis 2014.

Parce que de fait nous sommes impliqués auprès des collectivités infra-régionales et des acteurs du territoire autour des questions européennes : tant sur l’aspect des financements que sur la compréhension des mécanismes européens ou sur l’inscription des dynamiques partenariales à l’échelle européenne. Je pense là aux « Matins de l’Europe », au dispositif « Cap’Euro » ou encore au programme LEADER dans les pays. Aujourd’hui, la Région est attendue sur son rôle de collectivité intermédiaire entre l’Europe et les territoires : sollicitations de collectivités, d’acteurs, gestion des fonds européens.

Parce que 633 millions d’euros de fonds européens entre 2015 et 2020, c’est plus que le Contrat de projet Etat-Région sur la même période.

Parce que nous disposons d’une antenne à Bruxelles qui est un possible levier pour ce rôle de collectivité intermédiaire dont nous n’avons pas fait tout l’usage possible. Nous pourrions aussi évoquer la présence des Régions au sein du Comité des Régions, notre présence dans des réseaux européens d’acteurs ou de collectivités autour des enjeux de formation, de recherche…Tout cela s’est construit au gré de la montée en puissance des régions autour de la question européenne.

Parce que nous sommes dans le contexte d’une affirmation du fait régional et d’une rôle majeur de cet échelon en particulier sur les questions d’économie, de compétences autour de la transition énergétique, la biodiversité, des déchets… Ces sujets sont à mettre en relation avec des priorités de la stratégie européenne et dans le même temps, l’Europe reconnaît de plus en plus les Régions, s’adresse de plus en plus directement à elle partout où la décentralisation avance.

Parce que le climat de défiance, d’euroscepticisme, l’absence de culture commune de l’Europe…

Pour toutes ces raisons, il nous semblait utile de poser une première marche d’affirmation de notre rôle en élaborant cette stratégie. Elle fixe un cap, elle devra se traduire de façon opérationnelle mais la proposer à notre assemblée, est une étape de cette affirmation.

Quels contenus pour cette stratégie ?

C’est une stratégie qui fonctionne sur ses deux jambes : mieux bénéficier des ressources européennes (pas  que financières), mais aussi porter ensemble la responsabilité de l’Europe, c’est-à-dire faire  vivre son projet tout autant que permettre l’appropriation de ce qu’elle est et permettre le débat, la contribution à son devenir. Ni eurosceptiques, ni eurobéats, il s’agit d’abord d’être « euro-actifs ». Pour imaginer une autre Europe, il convient d’abord d’en comprendre les mécanismes, de l’amener au plus près des citoyens, de permettre la lecture critique avertie.

5 enjeux :

-Organiser un cadre de dialogue entre l’Europe et les acteurs dans le cadre de la gestion des fonds européens et au-delà.

-Défendre les intérêts et les dossiers prioritaires de la collectivité et des territoires de la région. Peser aussi sur les décisions de l’UE. Ex : PAC, politique de cohésion sociale après 2020. Porter aussi le regard critique sur son fonctionnement du point de vue des Régions.

-Saisir mieux les opportunités financières.

-L’ouverture des citoyens, notamment des jeunes, à l’Europe et à ses valeurs.

-Le renforcement de l’appropriation et de la connaissance de l’UE auprès des habitants/acteurs, son fonctionnement, ses décisions, les  cadres de coopération qu’elle propose…

3 axes :

-Faire vivre le projet européen : organiser des actions d’infos avec des partenaires locaux (ex : jumelages, matin de l’europe…),soutenir les acteurs régionaux en faveur de leurs initiatives européennes (cf. réforme à venir de la coopération), favoriser la mobilité européenne des jeunes à des fins d’insertion sociale et professionelle, actualiser nos coopérations décentralisées européennes (Saxe-Anhalt, République tchèque, Pologne), mais aussi s’ouvrir à des coopérations stratégiques avec des Régions européennes pour peser sur l’UE.

-Interagir avec les institutions européennes au bénéfice du territoire : valoriser, accompagner et promouvoir les acteurs et projets régionaux (veille, accompagnement acteurs, participation à des réseaux), contribuer à l’élaboration des politiques européennes susceptibles d’avoir un impact sur la région (agenda européen, travail de lobbying ou plaidoyer), intégrer la dimension européenne dans les politiques régionales pour accompagnement notre développement, intégrer l’Europe dans nos documents stratégiques(cf. SRDEII), diffuser les bonnes pratiques.

-Saisir les opportunités offertes par les financements et partenariats européens : investir les programmes et partenariats, définir des thématiques d’investigation et de prospection (économie circulaire, déchets, efficacité énergétique…), orienter et accompagner les acteurs régionaux (aide au montage de projets), optimiser la mobilisation des fonds européens : au-delà des fonds structurels.

Conclusion : autour de chacun de ces axes et de chacun des objectifs, nous ne partons pas d’une feuille blanche, nous avons d’ores et déjà des pratiques, des dispositifs et des réseaux actifs. Nous devrons dans une seconde étape opérationnaliser cette stratégie : comment travailler avec les collectivités et notamment dans les territoires ruraux ? Quels réseaux d’acteurs pour faire vivre l’idée européenne ? Quelles mobilisations auprès des institutions européennes ?

C’est une étape qui fixe un cap. Pour terminer, je ne doute pas que nous ayons là un débat qui dépasse ce que cette stratégie souhaite porter, la période s’y prêtant sans doute bien. Mais vous l’aurez compris, cette stratégie ne dit pas quelle Europe faut-il ou ne faut-il pas. Mais plutôt, là, dans le contexte actuel, comment porter une vision stratégique sur nos relations avec l’Europe, sur la relation de l’Europe avec les territoires et les citoyens ?

Bien sûr, l’idée européenne est en souffrance, bien sûr elle repose sur des fonctionnements trop technocratiques, bien sûr elle ne répond pas aux enjeux de justice sociale, de justice fiscale, pas assez aux enjeux d’investissements durables pour notre avenir, bien sûr qu’elle est menacée, y compris sur le plan de la paix et de la  solidarité. Nous ne règlerons pas cela à l’échelle de la Région mais nous sommes convaincus que la Région a son rôle à jouer pour défendre une Europe qui réponde aux aspirations de nos concitoyens et de nos territoires.