Préparation d’une stratégie alimentaire régionale

Intervention de Gérard Nicaud

Monsieur le Président, chers collègues, madame la Vice-présidente vient de nous présenter le sens de la future stratégie alimentaire de la Région pour les années 2017/2020. Alors que les attentes de nos compatriotes sont de plus en plus fortes en la matière, nous ne pouvons que nous réjouir de la volonté de notre collectivité à poursuivre ses engagements dans ce domaine.

Un mot d’introduction pour rappeler le lien de dépendance entre une alimentation de qualité et le système d’aide agricole. Aujourd’hui, les milliards d’euros annuels attribués dans le cadre de la PAC à l’agriculture française représentent 80% des revenus des exploitations mais ne permettent ni le maintien de l’emploi agricole, ni d’atteindre le niveau de performance environnemental nécessaire au maintien des éléments de base du système productif, à savoir la biodiversité. Le marché ouvert et dérégulé engendre des prix faibles qui ne permettent pas de rémunérer correctement les agriculteurs et les rendent dépendants de ces aides. Dans un tel contexte, l’argent public est loin d’avoir pour contrepartie une alimentation dont les conditions de productions répondent à l’intérêt commun. Cette question devrait être au cœur des états généraux de l’alimentation qui démarreront en juillet.

Le défi la transition alimentaire revient d’une part à baisser la consommation de pesticides qui a augmenté de 22% entre 2009 et 2015 et d’autre à répondre à la demande des consommateurs en produits biologiques qui elle a augmenté de 15% pour la seule année 2015 et continue sa progression en 2016.

En ce sens les systèmes alimentaire territoriaux, identifiés comme un des axes prioritaires de la future stratégie régionale est un véritable levier vers un mieux disant social et écologique. Il s’agit d’organiser une filière de distribution permettant de répondre aux besoins locaux, à la restauration collective et au marché parisien. L’enjeu réside dans l’organisation logistique d’un réseau de de plateforme associant magasin de producteurs, lieu de transformation et de stockage, le tout dans le respect des principes de l’économie sociale et écologiquement responsable. Associer consommateurs, producteurs, transformateurs sans oublier la distribution ne peut être que gage de réussite.

Vous l’avez déclaré Madame la Vice-présidente, les consommateurs que nous sommes tous expriment un besoin réel d’information et de transparence. De crises en crises (vache folle, grippe aviaire, prix du lait, lasagnes à la viande de cheval, œufs industriels, etc), le doute désormais est instillé :

-Que mangeons-nous ?

-Où cela a-t-il été produit ?

-Où cela a-t-il été transformé, par qui ?

Comme cela a été noté aussi ce matin dans la présentation du rapport sur l’agriculture régionale, le consommateur tend à devenir « de plus en plus un consomm’acteur qui achète des produits de qualité, provenant de circuits courts, de l’agriculture biologique, des produits certifiés ou labélisés) ».

Malgré une impression de population en bonne santé et une longévité encore en croissance, la qualité de l’alimentation en grande partie élaborée par l’industrie agro-alimentaire se dégrade. Vous l’avez cité Madame la Vice-présidente, nombreux sont nos jeunes atteints d’allergies, d’obésité, de diabète de maladies auto-immunes.

Au prétexte de proposer une alimentation nous garantissant contre les risques sanitaires, les produits que l’on trouve sur les rayons de la grande distribution sont sans valeur nutritionnelle. Je vous invite aussi chers collègues à déchiffrer les étiquettes et les substances additionnelles présentées sous forme de E… Bon nombre d’entre elles sont d’ailleurs cancérogènes.

En réponse, la future stratégie alimentaire actera le lancement du projet « zéro additif » piloté par le comité spécialisé « © du Centre » avec l’appui des réseaux consulaires, de l’AREA et de Dev’Up pour engager les acteurs vers la réduction des additifs alimentaires. L’objectif étant de permettre un accompagnement des entreprises pour faire évoluer leurs processus industriels et artisanaux. Cet engagement multi-partenarial sincère, bien loin des pratiques de greenwashing employé par des entreprises peu scrupuleuses, est une réelle avancée dans la lutte contre les perturbateurs endocriniens.

Alors, devons-nous continuer à nous empoissonner, dès lors que l’on sait en plus que ce commerce (la grande distribution) tire les prix à la baisse et étrangle ainsi les producteurs.

Bien entendu, notre groupe vous soutiendra dans la mise en œuvre de cette stratégie, mais sera vigilant quant aux règles et au calendrier que vous mettrez en place.

Et nous soutiendrons l’ambition de la Région au travers du déploiement de l’alimentation responsable afin de permettre à ses habitants d’augmenter leurs choix, de rendre plus accessibles les aliments issus de l’agriculture biologique, de l’agriculture paysanne, de l’agriculture de proximité, et de son soutien aux produits de qualité transformés localement (c.f. rapport agriculture page 9). A cet égard, la restauration collective est des leviers majeurs. Lors de la dernière session plénière, l’assemblée régionale, à travers l’adoption d’un vœu,  se donnait un cap en souhaitant encourager les établissements scolaires, les administrations et les entreprises à atteindre progressivement dans leur restauration collective l’objectif d’au moins 40 % de produits locaux et durables (de saison, de qualité et issus de circuits courts) dont 20 % de produits biologiques à l’horizon 2020.

Ma collègue Michelle Rivet le disait tout à l’heure, l’agriculture est un secteur à la fois très exposé au risques et à la fois stratégique. Pour garantir sa durabilité, le groupe écologiste attend, de l’Etat et de l’Europe, des règles loyales, strictes exigeantes, respectueuses des producteurs en leur redonnant de la fierté et du revenu, créatrices d’emplois locaux, respectueuses de la nature.

Alors que le nouveau gouvernement vient de se doter d’un ministre de l’agriculture et de l’alimentation, portons le message de notre collectivité sur son engagement à une alimentation de qualité avec en exemple ce que notre Région met en place pour la restauration dans les lycées et les CFA. N’oublions pas non plus la volonté de quelques grandes collectivités à créer des cuisines centrales où seront préparés des repas avec des produits locaux voire issus de l’agriculture biologique. Sans oublier toutes ces petites cantines scolaires où sur la volonté d’élus locaux responsables et de parents d’élèves engagés, continuent à proposer des menus confectionnés localement, sans passer par les grandes centrales de restauration.

En conclusion, nous veillerons à ce que les cinq axes de la stratégie alimentaire ne restent pas incantatoires. Soyez assurés de notre soutien, mais aussi de notre vigilance