Présentation de la stratégie régionale en faveur de l’alimentation

Intervention de Christelle de Crémiers

 

Pour cette mandature, la Région a souhaité se doter d’une stratégie en faveur de l’alimentation. C’est une stratégie globale, à 360 degrés. La loi portant Nouvelle Organisation Territoriale de la République fait de la Région l’échelon où se construisent les orientations stratégiques du territoire, au travers de schémas obligatoires et en partie prescriptifs. Il s’agit du développement économique avec le SRDEII, de l’aménagement du territoire avec le SRADDET et de la prévention des déchets avec le PRPGD. Cette stratégie s’inscrit dans ce contexte et contribue à dessiner le développement des territoires régionaux. La Région a participé, à travers l’Association Régions de France, aux États Généraux de l’Alimentation. Des travaux qui ont fait clairement ressortir des propositions de mesures transversales du champ à l’assiette et l’importance d’une vision territorialisée de l’alimentation. On peut former le vœu que le projet de loi qui en sera issu tienne compte de ces travaux.

Au départ, il y a plusieurs constats que la Région a choisi de faire de manière réaliste et objective.

Tout d’abord, le constat de la situation de détresse dans laquelle sont plongés les agriculteurs. La tendance inexorable à la concentration des exploitations, l’érosion de l’emploi agricole et artisanal dans l’alimentation. Le constat, ensuite, des conséquences sur l’environnement d’une agriculture intensive à base d’entrants chimiques et minéraux, l’appauvrissement de la biodiversité, de la vie des sols, la pollution des terres et de l’eau, la forte contribution aux émissions de gaz à effet de serre. Le constat, encore, des conséquences d’une alimentation artificialisée sur notre santé physique et mentale, en particulier des enfants. Le rapport s’est attaché à faire référence à des études scientifiques qui font autorité, toujours dans un souci d’objectivité. Le constat, enfin, que fait l’ARS que ces conséquences sur la santé sont fonction du niveau social. Face à ce que l’on peut appeler des OCNI, Objets Comestibles Non Identifiés, nos concitoyens expriment une inquiétude croissante. Il y a de quoi. Car entre les perturbateurs endocriniens, les graisses hydrogénées, les sucres hydrolysés et inversés, le gluten de synthèse dont l’abus dans les pâtisseries industrielles a déjà provoqué une vague d’intolérance, et les centaines d’additifs chimiques inconnus du grand public, on ne sait plus très bien ce que l’on peut manger. Et j’ajoute un dernier constat : la quasi-totalité de ce qui est produit dans notre région, quitte notre région, soit pour partir à l’export, soit pour être transformé dans la grande agro-industrie ou la restauration rapide, soit pour être consommé en Ile de France. Nous sommes à l’évidence dans une situation extrême.

La Région a souhaité répondre à ces constats au nom de l’équité dans l’accès à une alimentation de qualité, en se donnant deux lignes de conduite : la première, c’est que l’alimentation est l’affaire de tous. Il n’est pas question d’exclure ou de signaler du doigt. Producteurs, transformateurs et consommateurs sommes dans le même bateau et, face à ces constats, sommes dans le même désarroi. La deuxième, est celle de la liberté de choix. Le choix de manger des aliments issus de l’agriculture biologique et de l’agriculture paysanne de proximité et transformés sans additifs chimiques. Là non plus, il n’est pas question d’imposer un régime alimentaire quel qu’il soit. L’alimentation fait partie de la sphère privée et familiale. Mais elle fait aussi partie de la sphère publique et de la vie de la cité. Car pour avoir le choix, encore faut-il savoir ce que l’on mange et pouvoir en payer le prix.

C’est pourquoi la Région a choisi d’agir pour la relocalisation à l’échelle des territoires de l’activité économique car c’est la relocalisation des flux de production et de transformation qui permettent à la fois de retrouver un prix accessible à tous et une juste rémunération des producteurs et des transformateurs, y compris de petite taille. C’est aussi la relocalisation qui permet de pratiquer une agriculture adaptée à l’environnement et des transformations artisanales ou industrielles de bonne qualité nutritionnelle. C’est bien sûr une relocalisation partielle, mais je rappelle que nous partons d’une situation extrême. Nous avons un problème de curseur, pas de volume. Le scenario prospectif national AFTERRE se décline au niveau régional depuis 2012 pour trouver cet équilibre important entre le développement de l’agriculture et la préservation de la santé et de l’environnement.

Pour cela, la stratégie régionale en faveur de l’alimentation se décline en vingt actions, selon une même méthodologie. La concertation tout au long de la mise en œuvre, comme cela a été le cas déjà pour l’élaboration de la stratégie, car nous considérons que l’alimentation est une mission partagée avec les autres collectivités. Le plan d’action invite les acteurs institutionnels, consulaires, économiques et associatifs à travailler en réseau et à articuler leurs missions respectives, que cette stratégie clarifie.

Comme je vous le disais, c’est une stratégie globale : elle concerne les restaurateurs commerciaux et collectifs, les artisans et PMI, les familles… tout le monde. Mais auparavant, il convient de susciter de nouvelles organisations logistiques et commerciales locales de la part des producteurs. C’est l’objet des quatre premières actions : accompagner les producteurs qui le souhaitent à se regrouper pour diversifier et sécuriser les volumes pour former un marché de producteurs ou pour organiser la livraison des établissements collectifs.

Ensuite pour la restauration collective, des actions très ambitieuses concernent en premier lieu le grand projet des cantines des lycées et des CFA qui est porté avec la vice-présidente à l’éducation et à l’apprentissage. Un projet passionnant qui a donné lieu à des concertations et des conventions locales pendant lesquelles nous avons pris connaissance des nombreuses initiatives dans le sens d’une alimentation préparée en direct à partir de produits biologiques et locaux. C’est l’ensemble de la restauration collective qui est concernée par cette invitation de la région à introduire plus de produits locaux et bio. En particulier, la région se l’applique à elle-même dans le cadre de la restauration de l’Hôtel de Région.

Les artisans et les industriels qui transforment les aliments sont convoqués, pour ceux qui le souhaitent,  pour participer à une belle dynamique : celle de relever le défi de la qualité nutritionnelle à travers le zéro additif. Dans le cadre de la signature régionale C du Centre, le comité spécialisé de Dev’Up ambitionne de devenir une véritable marque alimentaire qui contribuera à la promotion du patrimoine gastronomique et à l’amélioration de l’image de notre région. Etre reconnue comme une région où l’on mange « vraiment » bien, vraiment c’est-à-dire non seulement avec du savoir-faire, mais aussi avec des aliments produits et transformés sans additifs chimiques, permet de démultiplier l’attractivité de nos territoires. Il s’agit d’une dynamique vertueuse entre l’innovation,  l’accroissement de la demande pour les produits de notre région et le développement du tourisme à travers l’art de vivre.

Mais cette dynamique économique, cette réorganisation des producteurs pour plus de proximité doivent aussi pouvoir s’inscrire dans la durée. Il faut enraciner la relocalisation. Cet enracinement s’appelle un Système Alimentaire Territorial. C’est l’objet des trois dernières actions de la stratégie : créer des système alimentaires territoriaux sur l’ensemble du territoire régional. Pour les créer, la région compte sur un réseau d’acteurs expérimenté depuis longtemps dans la construction de liens locaux entre consommateurs et producteurs dans un même bassin de vie. Elle compte aussi sur un tissu d’initiatives citoyennes riche et vivant des habitants de notre région. Les CRST, ID en Campagne et aujourd’hui « A vos ID ! » ont permis aux territoires régionaux de bénéficier de ce bouillonnement d’initiatives. C’est le bon moment pour passer à l’étape d’après, pour donner le choix aux habitants de notre région de manger bon, juste et sain, pour mobiliser et enraciner l’économie liée à l’alimentation dans les territoires. C’est le bon moment pour bien faire ensemble.