Présentation de « Venez au lycée » : le lycée, une opportunité pour le territoire. Le territoire, une ressource pour le lycée.

Présentation de la mesure par Chantal Rebout.

Le lancement de la mesure Venez au Lycée s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu dans le monde de l’Éducation, et donc, dans les lycées dont la Région a la gestion. En effet, tandis que des réformes de fond remettent en cause structurellement les méthodes d’apprentissage, les moyens humains indispensables à mettre en parallèle de ces intentions sont singulièrement absents, mettant les parents, les élèves, et particulièrement les chefs d’établissement et les enseignants face à une gestion acrobatique des bonnes intentions de la réforme. Charles Fournier reviendra sur ces points, mais il me semblait important, au moment de communiquer sur cette mesure, d’affirmer notre solidarité avec tous les professionnels de l’Éducation, dont la valeur et l’engagement ne devraient plus être à rappeler. 
Dans ce contexte, Venez au lycée pourrait figurer, pour certains, comme la « goutte d’eau supplémentaire » jetée à la figure des acteurs du monde éducatif ; évidemment il n’en est rien, mais outre de le dire, il suffit sans doute d’évoquer les relations quotidiennes et de grande qualité que l’administration régionale et les élu(e)s de cette collectivité entretiennent, depuis maintenant plusieurs années, avec les chefs d’établissement et les équipes éducatives. On ne peut nous opposer une méconnaissance des problèmes, des besoins mais aussi des atouts, et des ENVIES des lycées de notre Région. Chaque visite, chaque rencontre est l’occasion d’autant de dialogues, d’échanges et de visions partagées.

De par sa compétence Aménagement du territoire
, la collectivité régionale a développé une perception aigüe des territoires, et là aussi de leurs atouts comme de leurs handicaps, de leurs besoins comme de leurs envies. 
Cette connaissance nous a menés à adopter dans cette assemblée, en décembre 2011, la version définitive du SRADDT (Schéma régional d’aménagement et de développement durable du territoire). 
C’est dans le cadre des forums thématiques de construction du SRADDT, que nous avons interrogé les acteurs du territoire régional sur le lycée de demain, l’éducation, la formation.
L’une des 3 priorités de ce schéma d’ambition 2020, pour l’avenir de notre région s’intitule : Des territoires attractifs organisés en réseau(x).

C’est dans cette dynamique que veut s’inscrire la mesure Venez au lycée, répondant ainsi à plusieurs des ambitions affirmées dans le SRADDT comme celles de :
– Faire partager les richesses d’un territoire,
- Développer l’ingénierie de projets, la mise en réseau des acteurs locaux, y compris le tissu associatif
– Décloisonner les approches
– Favoriser l’implication et la participation de la population aux projets locaux

Pour y parvenir, nous vous proposons de poser un autre regard sur le lycée. Je voudrais citer ici la contribution d’un membre de la CRJ (Conférence Régionale de la Jeunesse), « le lycée doit être bien plus qu’un espace de rencontre et d’enseignement des 15/20 ans. Il peut être le moteur de tout un territoire en créant ou en participant à des évènements qui sont en lien avec sa dynamique…. »

A priori, un lycée est avant tout :
une emprise foncière sur un territoire urbain ou rural,
un patrimoine immobilier à entretenir, en rénovation,
un investissement financier pour la collectivité,
un lieu d’enseignement,
une communauté d’usagers du service public de l’éducation,
un ensemble de métiers identifiés,
un service de restauration,
etc…. 

Pourtant, c’est aussi :
un élément du patrimoine architectural local,
un élément du paysage urbain ou rural,
un élément de la biodiversité locale,
un lieu de formation(s),
un levier de l’agriculture et de l’économie locale,
un groupe de citoyens et d’acteurs du territoire,
une palette de savoirs et de savoirs faire,
un acteur de la vie culturelle et sportive du territoire,
etc…..

A partir de là, nous vous proposons de mener une expérimentation qui conduise à considérer Le Lycée comme une véritable communauté vivante que nous voulons aider à s’inscrire complètement dans les projets de territoires. 
Nous savons qu’il n’existe pas UN LYCEE, mais des lycées, aux histoires et aux ambitions différentes, et c’est en conscience de cette diversité que nous voulons agir.

Car il ne s’agit pas ici de n’ouvrir que Le Lycée à son territoire, mais aussi Le territoire à son ou ses lycées. Il ne s’agit pas de déclarer ouverts les lycées, comme une caverne d’Ali Baba où chacun pourrait venir puiser ce dont il aurait besoin, sans autre retour.
De même, plutôt que de rentabiliser les investissements importants de la collectivité, il s’agit de les partager éventuellement, dans un souci de réciprocité, et en veillant à l’intégrité et à la préservation de la mission pédagogique première des établissements, ainsi qu’à la sécurité de ses usagers.
A travers « Venez au lycée » nous souhaitons faire coïncider les projets d’établissements avec les projets de territoires. 

Je me propose de vous donner quelques exemples et perspectives pour illustrer ces intentions :
– A Revin, région Champagne Ardennes, le CDI du lycée partage son fonds avec la bibliothèque municipale. 
– En région Aquitaine, une réflexion est menée à partir de constatations communes, sur l’accueil dans des internats des saisonniers, voire des touristes.
– En région Pays de Loire, les lycées professionnels industriels sont interrogés sur leurs besoins et leurs moyens en équipements partagés avec les entreprises locales.
– En région Centre, dans l’Indre, la plate forme Praxibat permet de former les élèves du lycée comme les stagiaires du GRETA, les artisans locaux, aux nouvelles techniques contribuant à l’efficacité énergétique. Ce qui induit une dynamique plus ample sur le territoire de partage des expériences, de visites du chantier de construction dans le lycée….
– A Blois, le service jeunesse de la ville travaille avec deux établissements sur les temps libres des internes…

Nous n’ignorons pas qu’il existe déjà des initiatives dans ce sens, nous proposons de les observer, de les amplifier, de les développer et d’en susciter d’autres, dans une logique de partage des projets. En en faisant un modèle de coopération pour d’autres actions et d’autres intervenants. 
Notre position sera celle de l’accompagnement de projets, de l’aide à l’ingénierie, de garde fou aussi, et d’appui aux établissements.

Nous voulons favoriser toutes les initiatives qui permettraient de construire des liens, et donc des rencontres,  entre les associations, les services municipaux, les agglomérations, les entreprises artisanales, de l’économie sociale et solidaire, coopératives. En effet, c’est une mesure provocatrice de rencontres que nous soumettons à cette assemblée ; si nous en croyons les représentants de la CRJ, les jeunes comme les adultes en ressentent le besoin pour élargir leurs horizons, leurs perspectives d’avenir et pour parfaire la formation de citoyens que nous appelons tous de nos voeux.
 
Car chacun, en son temps, et à son heure, peut devenir un acteur de l’éducation. Il ne s’agit pas non plus de se substituer aux enseignants et aux enseignements fondamentaux qui construisent le parcours scolaire. Il s’agit de faire prendre conscience à tous ceux qui participent à la vie locale, jeunes, parents, agents, salariés et bénévoles des associations, services jeunesse des villes, élu(e)s locaux, qu’ensemble nous pouvons construire une société dont l’éducation serait le coeur.

Pour atteindre ces objectifs, la Région Centre met en place un pilotage pluriel, transversal, où la direction des lycées apporte sa connaissance des établissements, aux côtés d’autres directions qui mettront en réseau les différents acteurs locaux, volontaires, dans un esprit de co construction et non descendant.
Une concertation avec l’Éducation nationale, l’Agriculture, et les établissements est d’ores et déjà amorcée pour présenter ces objectifs.
L’expérimentation menée sur 3 territoires, en cours d’identification, aura à coeur de faire face aux blocages autant que d’accueillir les bonnes volontés. Les questions de sécurité, de ressources humaines, en ce qui concerne les établissements, feront l’objet d’une vigilance particulière de notre part. Cette phase d’expérimentation  permettra d’ajuster les éléments de planification autant que les critères d’évaluation de la démarche.

Enfin, je voudrais évoquer le titre de cette mesure, tel qu’il vous est présenté aujourd’hui : Venez au lycée.
Vous l’aurez compris, la construction politique de cette mesure va bien au-delà de l’intention énoncée dans ce titre, aussi est-ce d’un commun accord que l’exécutif régional souhaite changer ce titre pour en retenir un en meilleure adéquation avec le fond de cette communication.
Dans ce but, nous avons suggéré aux représentants de la CRJ – qui nous ont fait la même remarque – de nous faire des propositions. Le nouveau titre de cette mesure apparaitra lors du rapport que nous vous présenterons à la session de décembre 2012.