Portrait Pascale Rossler

Prévention et promotion de la santé dans les lycées : les liens entre santé et environnement

Intervention de Pascale Rossler


Il nous semble essentiel de nous arrêter quelques instants sur les liens entre santé et environnement. Nous sommes là sur des enjeux importants, nouveaux et mal connus, dont on commence seulement à percevoir l’ampleur. De plus, ils concernent des impacts à moyen et long terme sur la santé pour la plupart, d’où la difficulté à les appréhender dans la vie politique, dont on constate plus que jamais combien l’horizon se résume trop souvent à la prochaine échéance électorale.

Ces liens entre santé et environnement sont mal connus mais nous en savons assez pour dire qu’ils sont très largement sous-estimés dans nos choix. Nous ne pouvons donc que nous féliciter de cet axe prévention santé et environnement de l’appel à projet qui est un axe novateur et nécessaire.

Cet axe est donc un point de départ très intéressant qui doit permettre d’ouvrir, d’initier cette réflexion autant que cette culture de la santé environnementale qui fait défaut, et pas seulement chez les jeunes. Cet enjeu de société majeur fait d’ailleurs et continuera à faire l’objet par ailleurs de politiques d’éducation à l’environnement pour tous les publics. Même si nous sommes très en retard dans la prise en compte de ces questions dont on ne sait que relativement peu de choses, nous en savons suffisamment pour savoir qu’il faut les prendre très au sérieux.

Le bilan effectué sur les 12 premiers lycées confirme la nécessaire connaissance de ces liens. Les actions conduites sur le volet santé/environnement bien moins nombreuses que les autres ont principalement porté sur l’amélioration immédiat du cadre de vie et des risques environnants immédiats. Cela montre bien la difficulté à appréhender les enjeux de long terme, et notamment pour les jeunes, qui paradoxalement seront les plus concernés à l’avenir.

Parmi les principaux impacts de la pollution de l’environnement sur la santé, on peut pourtant citer de nombreux exemples cas.

Je tiens à préciser au préalable que ce discours est à l’opposé de vouloir creuser le fossé de la stigmatisation mutuelle et défensive auquel nous assistons malheureusement trop souvent lorsqu’il s’agit de regarder LES FAITS en face. Ce sentiment de stigmatisation cristallise les défenses et cela fige toute évolution, et c’est cela qui commence à bien faire.

Les connaissances actuelles doivent nous amener à la responsabilisation de chacun, et à faire connaître les conséquences pour la santé, notamment des jeunes, de l’état de notre environnement. La connaissance est et doit être objective, elle ne devrait pas donner lieu à des prises d’otage par les partis ou intérêts de toutes sortes. Pourtant dans ce domaine, force est de constater que le poids de lobbies fait rage, et fait des ravages. Les études, par exemple, sont trop souvent réalisées par les grands groupes industriels, eux-même promoteurs des produits étudiés.

Pourtant nous savons, notamment par les études du MDRGF (Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures) que plus de malformations génitales et de cancers frappent les agriculteurs, et notamment leurs enfants, et que cela est directement lié à l’utilisation des phytosanitaires. Dois-je rappeler que la France est le troisième utilisateur de pesticides dans le monde et le premier en Europe ? Que la région Centre est la première région céréalière ? Ces réalités sont-elles taboues ? Quelqu’un ici peut-il dire avec sincérité qu’il préfère continuer à « consommer » et à faire « consommer » à ses enfants, des produits phytosanitaires au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner ?

Mon avis est que les agriculteurs sont avant tout les otages d’un système et les victimes de ce système non soutenable, et nous avons collectivement ce devoir de lucidité, et de faire évoluer les choses, parce que nous savons. Le tribunal de la sécurité sociale a reconnu chez un agriculteur du Cher de 45 ans la maladie de Parkinson comme maladie pro liée à l’usage de phytosanitaire. Mais curieusement, une étude faite par la MSA irait jusqu’à dire que les agriculteurs vivraient plus longtemps que les autres. malheureusement cette étude oublie étrangement de considérer l’incidence de certains cancers dont la fréquence est avérée beaucoup plus importante dans la population agricole (et environnante) !

L’argumentaire classique  de réponse  à ces inquiétudes, c’est que la cause des cancers est multifactorielle, ce qui dispense apparemment les pouvoirs publics de prendre suffisamment la question au sérieux. Permettez-nous de rappeler aussi que l’espérance de vie actuelle concerne des personnes qui n’ont été exposées à nos cocktails chimiques aujourd’hui omniprésents dans notre environnement que tardivement. 

Nous connaissons beaucoup de liens entre qualité de l’air et les maladies respiratoires. Le Plan National Santé Environnement lancé par l »Etat (PNSE 2) 2009-2013 estime qu’il convient dans un objectif de santé de soutenir Ecophyto 2018, améliorer les connaissances sur la contamination globale par les pesticides, mieux connaître la contamination dans l’air et les sols, et prendre en considération les CMR (substances cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques) présentes dans l’air et dans l’eau et dans tout notre environnement. En région Centre, curieusement, le deuxième Plan Régional Santé Environnement (PRSE 2) est en cours d’éxécution, mais force est de constater que les pesticides dans l’air ne sont pas pris en considération contrairement à ce que prévoit l’Etat, alors que leur un impact sur la santé humaine est avéré. 

Avons-nous peur de voir ces réalités en face ? Bien sûr que oui, mais nous avons aussi le devoir de la faire. Nous savons où le déni nous mène.

Tirer les leçons de nos expériences, de nos horreurs, pardon de nos erreurs, ce serait cela la vraie modernité.  Au lieu de cela, malheureusement, ce qui a l’apparence d ‘un intérêt économique prime et le message du bon sens est perçu au mieux comme une volonté de retour à l’âge de pierre, au pire et la plupart du temps comme une agression, une stigmatisation, et nous le déplorons. La défensive se cristallise, se fige et s’entête à défendre un modèle qui a fait les preuves de son avarie. 

Mais quel est le coût réel de nos comportements qui dégradent nos écosystèmes et notre santé avec ? Le coût réel de ces pratiques agricoles -dites « conventionnelles » (puisque le terme « intensif » est devenu tabou) ?  Le coût sur la santé humaine est mal connu, pas plus que celui sur la santé de nos écosystèmes et de ses conséquences. 

La Stratégie régionale pour la biodiversité proposera une évaluation des services que nous rend gratuitement la nature. Nous savons qu’à l’échelle mondiale, la moitié des remèdes médicaux sont de remèdes traditionnels issus de la nature et qu’un tiers des molécules thérapeutiques de synthèse sont issues de process naturels. 

Quelles seront les conséquences sur notre santé et notre économie lorsqu’on sait qu’en deux siècles, les forêts mondiales ont diminué d’environ 40 %, que la planète a perdu environ 50 % de ses zones humides, ces bouillons de culture du vivant, que 60 % des services rendus par la nature sont menacés et avec eux autant de potentialités et de remèdes thérapeutiques utilisés ou encore inconnus. 

Pourtant nous en aurons besoin plus que jamais. Nous vivons une véritable pandémie de cancers. Je vous encourage à lire le rapport de l’AFFSET qui nous apprend que 80% des cancers sont d’origine environnementale. Rien d’étonnant alors entendre parler de + 60% de cancers ces 30 dernières années. 

Mais ces symptômes quantifiables ne sont pas les seuls chiffres effarants. 

Hyperactivité, troubles du comportement, troubles anxieux, troubles de la concentration, ces symptômes difficiles à évaluer progressent de manière alarmante. Là encore, de forts faisceaux de présomption incriminent pesticides, et autres cocktails chimiques (colorants, additifs, substances cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques etc) 

Pourtant les autorisations de mise sur la marché des produits continuent à être délivrées sans qu’on connaisse l’impact des substances dont seul un très faible pourcentage fait l’objet d’études. 

Nous savons de plus que, comme pour le très fort taux de mortalité des abeilles, complexe à comprendre, l’effet cocktails de la combinaison de ces produits catalyse leur effet néfaste pour la santé. Là encore, on manque d’étude épidémiologique mais là encore, il est éminemment plus dangereux et plus onéreux de guérir que de prévenir… 

L’alimentation est un des axes de la prévention santé à part entière. Mais là encore, le lien avec la qualité de notre environnement est essentiel. Car au risque de passer pour une personne très malpolie auprès de M. Richard, je tiens à rappeler que l’alimentation est notre première médecine. Ce ne sont pas les écologistes qui l’ont dit les premiers, c’est celui qu’on considère comme le père de la médecine, 400 avant JC, Hippocrate. 

Consommer cinq fruits et légumes traités par jour est-il vraiment le meilleur des cocktails que nous puissions souhaiter à nos générations futures ? Autre exemple : les édulcorants que les jeunes consomment en grande quantités. Là encore suffisamment de faisceaux de présomption les incriminent pour inviter à l’arrêt de leur utilisation. 

Il est à déplorer que les principales certitudes dans ce domaine concernent la volonté de dissimuler les résultats de certains d’études. 

En résumé, nous savons que tout est lié, que santé et environnement sont étroitement liés. Si notre écosystème se porte bien, nous nous porterons bien aussi. Nous savons aussi que nous en sommes loin et que la tendance n’est pas des plus rassurante. 

Ainsi, au delà de leur permettre d‘éviter nos erreurs, sensibiliser les jeunes aux enjeux de l’impact environnemental sur la santé est essentiel pour modifier les comportements des futurs adultes qu’ils deviendront. 
L’importance de les positionner comme acteurs du projet et les temps d’échanges ouverts aux parents vont dans le sens de la nécessaire responsabilisation pour que chacun puisse faire preuve de libre arbitre face au poids des choix opérés, des lobbies industriels et du marketing. Permettre à chacun d’en prendre conscience est une des missions que nous sommes heureux de proposer de soutenir.

 

Session du 29 Septembre 2011
Icône fichier PDF  Rapport : La prévention et la promotion de la santé en action